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Top ! J’ai joué, samedi 25 avril dernier, à un jeu culte de France 3. Je suis originaire de Taninges en Haute-Savoie. J’ai échoué de peu à me qualifier pour la finale. Je suis, je suis…? Je suis Monique ! Et si l’on parle encore d’elle aujourd’hui, c’est parce que la candidate de Questions pour un champion a marqué des points autrement qu’en répondant aux questions de Samuel Etienne.
En effet, après sa défaite, Monique a eu le droit de dire un dernier mot. Et plutôt que d’en profiter pour saluer ses proches comme le veut l’usage, la candidate a évoqué la question de la transidentité et de la non-binarité. «Mon enfant ne veut être ni une fille ni un garçon, ni avoir forcément un prénom genré, et c’est très compliqué. Bien que la société fasse des progrès, mon enfant est souvent maltraité·e dans l’espace public, voire agressé·e», explique t-elle.
«On a le droit de s’interroger sur son genre», abonde dans son sens l’animateur, déjà monté au créneau par le passé, suite à des propos transphobes proférés envers une candidate du jeu sur les réseaux sociaux. « Et ce n’est pas une mode comme on l’entend !», ajoute Monique, rappelant qu’en des temps plus anciens, la fluidité du genre de quelqu’un était «plutôt très bien tolérée».
Encore aujourd’hui, les chiffres manquent. D’après un rapport remis au Ministère de la Santé en 2022, on estime entre 20 000 et 60 000 le nombre de personnes transgenres actuellement en France. Autre donnée connue : elles étaient 9000, en 2020, à bénéficier de l’ALD (Affection de Longue Durée) au titre d’un diagnostic pour transidentité. En d’autres termes, 9000 personnes ont vu leurs soins de transition être pris en charge jusqu’à 100% par la sécurité sociale, dont 294 mineur·e·s.
Depuis son passage dans Questions pour un champion, Monique et son message sont salués sur les réseaux sociaux. «Dur de bien traiter le sujet en 1min30 dans un jeu sur France 3 et franchement, c’est plutôt bien fait et c’est, en tout cas, très mimi et sincère», a réagi @LesTweetsDeRomi. «MAMAN D’ENFANT NON BINAIRE ULTRA BASÉE QUI FAIT UN MESSAGE PRO TRANS SUR LE SERVICE PUBLIC MAIS MERCI OMGGGGGGGG ??!», s’enthousiasme, de son côté, @stupide_poete.
Pour sa part, Sylvain a conscience qu’en grandissant, sa fille sera amenée à se poser d’autres questions en lien avec sa transidentité, que ce soit la manière d’aborder les relations amoureuses, ou bien le fait de se faire opérer ou non. Mais le papa d’Eure-et-Loir ne s’en fait pas (trop) pour elle.
«Ma fille est dans une agence de pub et de cinéma. On n’a jamais fait mystère de sa transidentité et ça ne lui a jamais fermé de porte», fait-il remarquer. «En sport, c’est pareil. Ça ne l’a pas empêché d’être championne de France avec l’équipe féminine de gym», poursuit Sylvain.
Pour lui, «l’important, c’est qu’elle soit heureuse». Lui qui l’a vu «revivre» depuis qu’elle se sait «écoutée et suivie» a bien senti récemment à quel point être désormais sous bloqueur d’hormones a été «un très grand soulagement pour elle». «Que ce soit un garçon ou une fille, ça reste notre enfant», résume Sylvain.
* Les prénoms ont été modifiés.
So*, mère d’une petite fille transgenre de neuf ans, a également «beaucoup apprécié» l’intervention de Monique, jugée «très bien amenée». «J’ai trouvé la séquence très douce, surtout le message de Samuel Etienne», commente-t-elle. «Ces sujets sont souvent maltraités dans les médias, alors assister à cet échange, sur un média de grande écoute, et dans un jeu dont la cible est plutôt un public âgé, c’est un bonheur pour les oreilles». En effet, comme la co-fondatrice du collectif Nos enfants trans a coutume de dire, «lorsqu’une personne transitionne, c’est tout le monde autour qui transitionne avec».
Dans le cas de sa fille, la question s’est posée «avant même que le langage n’arrive», vers trois ans et demi. «J’ai eu des jumeaux, donc on a vraiment pu voir la différence, dans les tenues, l’identification aux personnages de princesses plutôt que de chevaliers, le fait d’avoir beaucoup plus de copines que de copains…», se souvient So. «Très peu éduquée à la question de la transidentité», la maman de la Drôme a donc «commencé par [se] sensibiliser [elle-même] avant d’en parler avec [sa] fille». Une liste de ressources ensuite partagée autour d’elle à qui est «ouvert à la discussion».
Sylvain*, père d’une ado transgenre de quatorze ans, a, lui, d’abord cru que son enfant était gay. «Je lui ai dit : ‘Mais tu sais, tu as le droit d’aimer les garçons sans être une fille’. Ce à quoi elle m’a répondu : ‘Non mais c’est pas ça, je suis une fille’», se rappelle-t-il. Pour son enfant, tout a commencé vers l’âge de deux ans et demi, au détour d’une histoire de petite graine lue, un jour, pour l’endormir. Et puis, cette phrase. «Bah pour moi, la petite graine, elle s’est trompée. En vrai, je suis une fille.» «Je ne savais même pas que ça existait la transidentité», nous explique Sylvain. Un rendez-vous chez un spécialiste plus tard, le papa d’Eure-et-Loir y voit un peu plus clair. Mais sa fille ne l’a pas attendu. «Avec internet, elle s’était vachement renseignée par elle-même. Elle était déjà quasiment au courant de tout. C’est même elle, par la suite, qui nous a appris des choses et dit comment ça allait se passer», garde en mémoire Sylvain.
Pour So, les groupes de parents concernés jouent également un rôle «primordial». «Ça permet de déposer tout ce qui ne va pas, se dire qu’on n’est pas les seuls à vivre ça, écouter les conseils d’autres personnes déjà passées par là…», juge celle qui se sent parfois «un peu seule». «J’habite une petite ville de province, alors on sait qu’il y a forcément d’autres enfants trans autour de nous mais on est souvent les seuls connus.» Sylvain, lui, préfère faire sans. «Je ne me sens pas prêt à écouter les histoires compliquées d’autres personnes», estime t-il.
Le père de trois enfants tente déjà de composer avec ses propres craintes. A commencer par celle de voir la transidentité parler aux gens dans les grandes villes, mais pas à la campagne, où il vit. «En fin de compte, pas du tout. Les gens ont fait preuve de beaucoup de bienveillance. Là, ma fille passe son brevet dans un mois après avoir continué sa scolarité sans souci», constate Sylvain.
L’école n’a pas non plus été un problème pour la fille de So. «Au début, ce qu’on a fait, c’est d’aller voir les instits pour leur dire ‘On a observé ça chez notre enfant, et vous ?’. Il faut faire des profs des partenaires sur ce questionnement», assure la mère de deux enfants, estimant que la circulaire Blanquer, du nom de l’ancien ministre de l’Education Nationale, est «un bon point d’entrée» sur la transidentité. So avertit toutefois : «il ne faut pas aller les voir en disant ‘Mon enfant est trans’. Si votre enfant questionne son genre, ce qui est fréquent entre trois et sept ans, ça ne veut pas forcément dire qu’il va entamer une transition».
Mais si cela arrive, la co-fondatrice du collectif Nos enfants trans recommande deux choses. D’une part, de «ne jamais devancer, et encore moins réfréner, les demandes de son enfant». «C’est de là que va naître un mal-être», affirme-t-elle. D’autre part, d’«outiller les enfants à répondre aux questions des autres». «En tant que parent, on a cette tentation de vouloir surprotéger notre enfant. Seulement, il y aura forcément des moments où vous ne serez pas avec et, le jour où il sera confronté à de la transphobie, il se retrouvera complètement démuni», développe So.