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Bili Bellegarde et Mascare forment un couple dans la vie. Et sur scène, elles sont Namoro. Cassia Popée est leur premier album. Entre poésie et électro, elles rendent un femmage ( « hommage ») très fort à Monique Wittig, romancière et militante française qui défendait, au-delà du genre, une approche sociale du féminisme. Cette ode moderne donne envie de découvrir une auteure encore trop peu connue en France et pourtant déterminante du féminisme d’aujourd’hui. Mais surtout, on rêve d’assister à une performance de ce groupe qui exprime toute sa liberté sur scène. Si vous ne les connaissez pas encore, c’est normal : vous êtes au bon endroit.
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Félicitations pour la sortie de votre album Cassia Popée. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de la création de Namoro ?
Bili : Je suis chanteuse et je fais pas mal de cabarets à Paris, notamment chez Madame Arthur, un cabaret à Pigalle, et au Cabaret de l’Oeil aussi. Avec Namoro, j’écris les lignes mélodiques des paroles des chansons. Et je les chante aussi.
Mascare : Moi, je viens de la scène théâtrale. Quand on a créé Namoro, l’idée était d’arriver avec des propositions scéniques où on pouvait mélanger les éléments d’un concert traditionnel à des choses qui sont plus de l’ordre de la performance, du théâtral, comme le « spoken word ». C’est une forme à laquelle on est attachées et c’est vrai qu’en France, il n’y en a pas beaucoup. Moi, j’écris la musique. Namoro, c’est beaucoup assisté par ordinateur, une musique synthétique mais sur laquelle je viens rajouter de la guitare électrique ou d’autres instruments. À la base, on voulait faire des poèmes mis sur de la musique électronique pour que la poésie ne soit pas un espace ornemental qui s’enfermerait dans les codes de culture où les gens se diraient : « Ah non c’est pas pour moi ! ». Avec des kicks et des lignes de basse, ça permet d’amener la poésie sur un terrain plus actuel.
Bili : On appelle ça de la poésie « bling-bling »!
Mascare : Ouais, c’est de la poésie comme dans les clips de rap où il va y avoir des grosses mercedes et des grosses chaînes en or (rires) !
Namoro, ça siginifie quoi d’ailleurs ?
Bili : Namoro, c’est un mot portugais qu’on a découvert dans la littérature du poète Pessoa. C’est un mot assez précis dans le champ lexical de l’amour. En portugais, le namoro c’est pour signifier une intensité dans la passion amoureuse. Et aussi, que cet amour peut être limité dans le temps. Du coup, le fait de savoir qu’il peut avoir une fin, ça permet de garder ce feu-là.
Mascare : C’est un amour qui sait que tout finit toujours en fait. Comment est-ce qu’on peut vivre intensément tout en ayant conscience que la finitude est partout…
Dans cet album, vous rendez un véritable hommage ou femmage à Monique Wittig et au féminisme en général.
Bili : Oui complètement. C’est un peu un autel en fait notre album. Il se trouve que le titre Cassia Popée renvoie à plusieurs choses. Cassia et Popée sont deux noms que l’on retrouve dans une œuvre de Monique Wittig qui s’appelle Les Guerrillères. Nous, on a pris ces deux noms-là et on en a fait une entité. On a créé une créature avec l’artiste Aldéric Trevel. Ensemble, on a créé une chimère, un peu comme la muse de cet album. Aussi, pour nous, sa littérature a été un vrai choc. Dans notre album, il y a énormément d’échos très concrets à son travail parce qu’on avait envie aussi de perpétuer dans cette voie qu’elle a lancée.
Mascare : Monique Wittig, c’est aussi une personne qui a beaucoup d’importance aux États-Unis mais pas trop en France parce que ça a clivé avec certains courants féministes. Du coup, en France, on a perdu 50 ans. Tout ce qu’elle a écrit dans les années 70, est partie avec elle. Et maintenant, ça revient. Mais aussi, ce qui nous intéressait, c’était de ne pas être dans un truc essentialiste : « Une femme, c’est un vagin et un homme, un pénis ». Les luttes sont au-delà de ces catégorisations. Monique Wittig, c’est quelqu’un qui fait éclater tous ces faux repères de la binarité comme instruments de domination. C’est pour ça que notre chimère, elle est au-delà du genre. Ça ne nous intéresse pas d’être dans un féminisme qui nous réduirait.
Quelles ont été vos inspirations pour cet album ?
Mascare : Moi je suis vachement inspirée par DJ Sextoy. C’est incroyable comme ça ne vieillit pas ! Il y a des sons qui ont pourtant plus de 20 ans. C’est un peu comme Kraftwerk. Ce sont des gens qui sont allés chercher un endroit qui continue à exister. Après, j’aime beaucoup une fille qui s’appelle Camilla Sparksss. Une électro un peu colère, un peu vénère. J’aime beaucoup la rappeuse Casey aussi. Il y a d’ailleurs une chanson de l’album en hommage à elle, Hyène sœur de louve. On écoute des trucs de niche aussi ou des trucs très pop comme Céline Dion à Las Vegas. Il n’y a pas de murs !
Bili : Dans la poétique et dans la liberté d’écriture, il y a pas mal d’Alain Bashung aussi. Il y a Sexy Sushi qu’on adore, qu’on a beaucoup écouté. Et Rebeka Warrior avec ses autres projets.
Pouvez-vous nous décrire votre processus d’écriture et de composition ?
Mascare : Moi je travaille d’abord sur une prod et après on l’écoute, on en discute un peu. On a eu des titres qui sont partis d’impros totales et qui le sont restés. Comme Magny, sur Paulette Magny, c’est vraiment un one-shot.
Bili : Ça part souvent d’impros, c’est vrai. Je vois le texte écrit et puis je vois comment ça vient. Il y a des mots qui arrivent. C’est comme si on faisait des aller-retours, comme si on se répondait à travers la musique.
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Est-ce que sur scène vous faites aussi de l’impro ?
Mascare : Oui l’impro est hyper présente. Par exemple, en 2019, on avait fait un concert à Nantes dans un lieu plutôt métal, la salle Michelet. Sur scène, il restait des éléments de batterie d’un gros concert de la veille. On a commencé le concert en impro totale avec cette batterie en samplant des petites choses. Les gens ont cru que l’intro avait été hyper bossée alors qu’on était juste dans le moment, dans ce lieu improbable.
Bili : En fait, on est assez libres ! Comme en ce moment les concerts sont assis, on ne balance pas du son hyper transpirant. On a travaillé pas mal de nappes sonores, des lectures de textes aussi. On s’adapte.
Est-ce que vous travaillez sur d’autres projets ?
Bili : Oui, là on bosse. On a un single qui sort le 9 mai et un EP 4 titres XTRA CAXXIA qui sort le 11 juin. On l’a signé avec un label queer américain qui s’appelle Grimalkin records, très engagé politiquement. L’EP sort en digital mais aussi en vinyle et en cassettes. Les bénéfices des ventes des cassettes seront reversés à un syndicat des travailleuses du sexe qui s’appelle le Strass.
Mascare : Cet EP est un condensé de Namoro avec deux titres extrêmement dansant où c’est vraiment la fête et deux titres plus expérimentaux et poétiques. Ce sont aussi des hommages. Un que je fais à Audre Lorde et un que Bili fait à Sarah Moon.
À suivre…
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