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C’est d’une voix posée et lascive, parfois haletante, que Lélé O décrit des scénarios érotiques faits de caresses, léchages et pénétrations dans Voxxx, un podcast co-créé avec Olympe de G. et Karl Kunt. Les épisodes y sont destinés aux « clitos audiophiles », mais la cam girl et performeuse, connue sous son pseudo Ohshititslele (en hommage à l’acteur porno Alex Jones) n’oublie pas les « phallus audiophiles », à qui elle raconte d’autres histoires de cul dans Coxxx. On reconnaît aussi son timbre dans Vivantes, le premier porno en audiodescription français, réalisé par Anoushka et diffusé sur Canal + fin novembre. Rencontre avec celle qui fait jouir ses auditeurs de derrière son micro.
Que peut-on entendre dans Voxxx, pour celles et ceux qui découvrent ?
On peut entendre des invitations à la masturbation, avec une voix qui guide l’auditeur et lui propose de se toucher, se caresser… C’est ce qu’on appelle les Jerk Off Instructions. Il y a aussi des histoires immersives, dans lesquelles on laisse les gens libres de faire ce qu’ils veulent avec leur corps.
Qu’est-ce que le son offre de plus que l’image ?
Avec la voix, l’imagination est sans fin : peu importe ce que je dis, ça se crée sous les yeux. On n’est pas non plus obligés de décrire un physique, un genre, une couleur de peau… On cherche un vocabulaire très neutre pour que chaque auditeur puisse s’identifier à l’histoire sans être fétichisé, comme c’est souvent le cas des personnes noires, trans ou grosses dans le porno.
J’imagine qu’exciter les gens avec sa voix n’est pas inné. Comment tu t’y es préparée ?
Je vais avoir l’air de me la raconter, mais je crois que c’est inné chez moi. Déjà avant de me lancer dans Lélé (son personnage de performeuse, ndlr), on m’avait dit : « c’est agréable de t’écouter parler, tu t’exprimes bien ». J’ai commencé à faire des vidéos dans lesquelles je montrais mes orgasmes, et un jour on m’a conseillé l’ASMR. Je n’ai pas compris ce que c’était donc j’ai raconté une histoire, qui a fini en première page sur Pornhub. Finalement, je me trouve meilleure lorsque je suis naturelle, et c’est ce que je fais pour travailler, j’improvise avant de réécrire et de m’enregistrer en studio. Je trouve ça difficile, de tromper dans le plaisir.
Est-ce que ça s’apparente à un travail de comédienne ?
Je ne sais pas vraiment en quoi consiste ce métier donc je ne peux pas comparer, mais parfois je me dis : « C’est ouf, en fait t’es peut-être comédienne ». Mon plaisir à faire ce métier, c’est d’être le plus honnête possible avec ce que je ressens, quand je lis les textes ou que je les improvise. J’essaie de m’approcher au maximum de ce qui est vrai pour moi, et je crois que c’est ça aussi la comédie. Si tu es bonne comédienne, c’est parce que tu vis tes scènes.
C’est quoi, une bonne voix de podcast érotique ?
On pense souvent que ce qui importe c’est le timbre, mais la réalité ce n’est pas du tout ça. Le plus important c’est l’interprétation, et d’être en phase avec ce que tu es en train de dire. Donc je pense que toutes les voix sont ok, même une voix étrange peut avoir un truc sexy. Et une bonne voix, c’est aussi une voix qui sait se taire et laisser la place à celui ou celle qui écoute.
On peut également entendre des bruitages dans Voxxx ou Coxxx, comment vous les fabriquez ?
Notre ingé son, Mélia Roger, nous aide beaucoup là-dessus parce qu’elle adore faire vivre les audios. Mais sinon, on essaie de faire le plus simple possible : j’utilise beaucoup mes mains, s’il faut marcher avec des talons, je marche avec des talons… Et parfois, si je suis dans l’intimité, dans mon propre studio et que je mime que je me touche, je le fais vraiment.
L’objectif de Voxxx, c’était aussi de démocratiser la masturbation féminine. Vous avez eu des échos à ce sujet ?
On a eu beaucoup de retours positifs, et ça c’est l’extra plaisir. Les femmes nous disent qu’elles se sont masturbées pour la première fois parce qu’elles n’osaient pas avec les films, qu’elles ont eu leur premier orgasme, qu’elles n’ont pas culpabilisé après… C’est hyper motivant, on se dit qu’on a créé un truc qui donne du plaisir, libère et déculpabilise.
Tu as aussi réalisé l’audiodescription du film Vivantes. En quoi c’était différent de ce que tu fais dans Voxxx ?
L’audiodescription c’est vraiment un autre métier, là le but c’était de rendre ce film accessible aux personnes déficientes visuelles. Ça veut dire que je devais l’interpréter le moins possible et m’effacer par rapport à ce que je fais d’habitude. Bien sûr je mettais de la vie à certains moments, mais l’idée n’était pas d’apporter du plaisir dans le son, là où les acteurs étaient déjà en train d’en avoir.
Vivantes est aussi le premier porno en audiodescription français. Participer à rendre ce film accessible, c’était important pour toi ?
Oui, surtout que ça a donné une visibilité à ce film qui porte un très beau message sur le handicap et les assistantes sexuelles. Ça me fait vraiment plaisir qu’on m’ait choisie pour représenter ça et rendre ce film plus accessible.
J’ai l’impression que la notion d’inclusivité est centrale dans ton travail. C’est le cas ?
Quand c’est Lélé, je m’adresse particulièrement aux hommes cisgenres, puisque c’est par eux que je suis attirée personnellement. Mais c’est vraiment grâce à Voxxx que j’ai été amenée à me poser ces questions, et on en a fait un cheval de bataille sur le podcast, parce qu’on a réalisé qu’on avait le support idéal pour ça. C’est une vraie joie de voir à quel point les gens sont touchés de se sentir inclus, on a une communauté hyper bienveillante. C’est agréable dans ce monde de brutes, avec tous ces gens qui s’excitent sur les réseaux sociaux… Avec nous, ils s’excitent dans le bon sens du terme.