.jpg)
Olympe de G, pornographe féministe – Le porno bienveillant pour salut
Olympe de G., pour Olympe de Gouges. La pionnière du féminisme qui s’est battue jusqu’à ce que son combat lui coûte la vie, mais aussi un clin d’oeil au point G, celui que vous connaissez (on l’espère). C’est sous ce pseudo que la Bretonne s’est lancée dans la pornographie en 2016, du haut de ses 33 ans. Elle nous raconte son évolution et ses révolutions personnelles.
« Je n’en pouvais plus : de mes 13 à mes 33 ans, j’ai été slut shamée parce que toute ma vie, on m’a dit que je devrais avoir honte de mon désir ». Comme si la femme ne pouvait pas être désirante, ne pouvait pas être celle qui accoste ou qui drague ouvertement, celle qui a plusieurs partenaires, etc. « J’étais en proie à une énorme colère. C’est pour ça que je me suis lancée dans la pornographie : je voulais dire à celles et ceux qui essayaient de me faire honte à quel point je n’avais pas à avoir honte ».
Une pornographie éthique, alternative et féministe
Olympe est devenue réalisatrice, actrice pornographique ainsi qu’autrice de pornophonie sous forme de podcasts. Sa pornographie est éthique, alternative et féministe. « Je veux proposer une autre voie que celle du porno mainstream, à mi-chemin entre ce dernier et l’industrie cinématographique ». Mais représenter la sexualité, a fortiori la sexualité féminine, est un combat. « On subit un mépris, un regard très stigmatisant de la société, dès qu’il s’agit de s’occuper de la sexualité, comme si le sexe n’était pas une partie importante de la vie des gens ». Sans parler du fait que choisir une troisième voie ne rend pas la chose facile.
La pornographie d’Olympe se veut l’antithèse du porno mainstream, phallo-hétéro-centré, où l’homme désire, pénètre puis jouit. Ce porno où « 80% des femmes ne se sentent pas représentées dans les corps qu’on y montre », et où les actions autour du clitoris, sans pénétration nécessaire, comme le humping (qui consiste à caresser et frotter la zone clitoridienne) sont presque inexistantes. Olympe a choisi de représenter le désir en prenant du recul. « On a le cul entre deux chaises quand on essaie de proposer autre chose, parce qu’on se fait mépriser par les deux industries. On a la place ni dans l’industrie du cinéma ni dans celle du porno. Donc aucune aide financière afin de garantir un porno intelligent. Pour le moment, on a accès à aucun levier financier afin de garantir un porno réglo ». Le point commun entre l’industrie du cinéma et celle du porno mainstream ? Le désir n’est que masculin et hétéro, et il s’arrête souvent à l’éjaculation.
Se lancer dans cette voie alternative a été pour Olympe « une révolution personnelle », malgré la difficulté d’exister en tant que femme dans une industrie masculine. « Je voulais me réapproprier mon corps en le mettant en scène », explique la trentenaire. « Aussi, dans ce porno mainstream que je regardais pour, par exemple, apprendre à faire une bonne pipe, j’en sortais dégoûtée et sale. » Dégoûtée parce que son corps n’y était pas représenté et salie parce que la sexualité qu’elle y découvrait ne ressemblait en rien à la sienne. « Je me posais la question : suis-je désirable ? Au lieu de me camper dans la position de femme désirante. Au fond, moi je ne souhaite qu’une seule chose : qu’on sorte de mon porno apaisé.e, et non pas sali.e. Je veux faire des belles choses et que les gens se sentent bien après avoir vu mon film ».
« J’ai trouvé dans le porno mon vrai moi, mon moi féministe. »
L’aspect féministe de ce porno réside dans le point de vue adopté, celui d’une femme, le female gaze. Il y a pourtant toute une branche de féministes qui assurent que le porno ne peut pas être féministe. La jeune femme a d’ailleurs été victime de harcèlement plusieurs fois, de la part de certaines féministes, et a même dû porter plainte. Olympe reste toutefois « forte » et « certaine du contraire : le porno peut être féministe. Qu’y-a-t-il de plus féministe que de se réapproprier, représenter son corps et son désir en en faisant ce qu’on en veut ? J’ai trouvé dans le porno mon vrai moi, mon moi féministe. »
Proposer un porno différent et bienveillant est un exercice subtil. Il s’agit de placer la question du consentement au centre . « Cela demande énormément de préparation de faire du porno dans cette industrie qui n’a pas de standard permettant de garantir le consentement, il faut donc le créer ». On construit le consentement comme on construit le film.
Pour tourner son dernier long-métrage paru à l’aube de 2020, Une dernière fois, où la très célèbre Brigitte Lahaie, âgée de 65 ans, campe le personnage principal, il a fallu avoir recours à une coordinatrice d’intimité. Cette profession vient tout droit de l’industrie du cinéma pour accompagner les scènes sensuelles et doit assurer à chaque acteur qu’ils sont à l’aise avec ce qu’on leur demande de produire à l’écran, notamment dans une industrie où le consentement est une question de tous les instants. Il faudrait, selon la jeune femme, que les acteurs aient un vrai statut et non pas seulement celui de travailleurs du sexe afin d’éviter des scandales de viols et d’agressions sexuelles comme l’affaire très médiatisée des viols de plusieurs actrices lors de tournages produits par Jacquie et Michel.
S’attaquer aux tabous par le porno
« On a formé notre coordinatrice d’intimité en lisant énormément de livres sur le consentement ». Elle a suivi les acteurs tout au long du tournage et a établi dans les moindres détails chaque scène de sexe, afin que les performeurs puissent donner leur consentement à chaque caresse, baiser, frottement, pénétration, etc. Tous ont rempli un formulaire de consentement en entourant les parties de leurs corps qu’ils acceptaient de se faire toucher et en précisant les actes sexuels qu’ils acceptaient de faire. « Cela demande une connaissance de soi-même extrême de dire ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas, de s’écouter à chaque instant. » Pour Olympe, il s’agit aussi de dialogue : « Le consentement pourrait être mieux représenté à l’écran si les dialogues entre les acteurs.rices étaient mis sur le devant. »
Pour réaliser Une dernière fois, Olympe de G. a fait beaucoup de rencontres. « Le porno alternatif est un petit milieu, on s’y croise et on s’y rencontre. J’ai choisi pour mon film des acteurs venus directement du théâtre et qui n’avaient jamais mis un orteil dans la pornographie, à côté d’acteurs qui ont joué pour Dorcel. C’est la rencontre hyper intéressante de plusieurs milieux, nous ne rentrons dans aucune case ». Dans Une dernière fois, Brigitte Lahaie brise le tabou de l’âge. Pourquoi une femme plus âgée ne pourrait-elle pas être désirante ? « Il y a tellement d’autres tabous, à côté de celui du vieillissement, que je veux attaquer dans mes prochains films, comme celui du manque de diversité dans les corps qu’on met en scène. Je voudrais mettre en scène des gens invalides, ou qui ne correspondent pas au stéréotype de la minceur, ou de la pilosité. Tout ce qui sort de la norme est un tabou et pour chaque tabou, je voudrais réaliser un film qui leur est dédié. »
La participation de Brigitte Lahaie au long métrage signé par Olympe de G. témoigne aussi d’une porosité entre les milieux, puisque être un pur produit du porno mainstream n’empêche pas de tourner pour le porno éthique, alternatif et féministe.
Enfin, il ne faut pas oublier qu’Olympe compte parmi son public la communauté LGBTQ+. « Le porno alternatif est complètement affilié à la communauté queer parce que le porno mainstream la prend mal, voir pas du tout, en charge. » Cela va main dans la main, puisque la pornographie alternative sort de l’hétéronormalité pour se diriger vers une fluidité des genres, une diversité des identités de genre. « Pour parler à mon public, j’essaie d’abord de me parler à moi-même, et tant mieux si cela plaît à tous les genres et tous les âges ».
Pour les décennies à venir, Olympe a un souhait : elle aimerait, à travers son art, donner envie aux gens de ne plus se cacher, de ne plus avoir honte et d’être fiers de ce qu’ils sont. Le message est passé.