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À la découverte de Franky Gogo

Montez le son.

Par
Barbara Paul-Foos
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Après avoir accompagné à la batterie de nombreux artistes comme Bertrand Belin, Theo Hakola ou Discodeine, Franky Gogo s’impose dans le monde de la pop électro avec son EP Fast and Too Much. C’est avec quatre histoires incarnées par cet.te artiste transgenre qu’on découvre son univers brouillant les préjugés et les idées reçues, défendant la non-binarité. Donner la parole à son corps, à soi, à ses extrêmes qui fondent une âme, c’est le but de Franky Gogo. Un groove qui nous emporte facilement dans nos identités profondes et qui met le doigt sur tout ce qu’on ignore encore. Si vous ne le.la connaissez pas encore, c’est normal : vous êtes au bon endroit.

Comment définirais-tu Franky Gogo, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas encore ?

J’ai envie de répondre des choses différentes à chaque fois (rires). Alors qu’est-ce que je suis aujourd’hui ? Je dirais que je chante, que j’écris des textes qui comptent beaucoup pour moi. Je raconte des histoires qui donnent à la fois envie de danser et de pleurer. Je n’ai pas un style qui me définit, mais sur cet EP, on trouve plutôt du son électronique soit très violent, soit très doux.

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Tu as joué de la batterie pour beaucoup d’autres artistes, quelle est ton histoire avec la musique ?

Ça a commencé par une histoire de haine, de rejet. Quand j’avais 4 ans, je semblais avoir des prédispositions pour la musique, j’avais appris quelques morceaux du compositeur Erik Satie juste en les écoutant. Mes parents m’avaient inscrit.e à des cours de piano avec une dame très méchante, sadique, qui ne faisait que m’humilier. Alors j’ai arrêté le piano et je n’écoutais plus de musique du tout. J’étais la seule personne qui n’avait pas de casque sur les oreilles à l’époque. Et puis au lycée, j’ai rencontré un ami, Thomas, qui était très mélomane. Il m’a réinitié au plaisir d’en écouter et d’en jouer, il était batteur. Rapidement, j’ai eu l’envie d’en faire aussi, et j’ai remis la musique dans ma vie à ce moment-là. Je n’ai pas suivi un chemin « classique » mais quand c’est revenu, c’était d’un coup. J’ai aimé en écouter, de tous les styles, du rap au métal en passant par du classique.

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Comment s’est passé la création de cet EP ? Avec Thibault Frisoni aux synthés et Katel au mixage.

J’ai commencé à bosser dans mon coin, c’est plus simple pour moi de composer comme ça. Ensuite pour des raisons aussi bien musicales qu’amicales, j’ai demandé à Thibault et Katel de participer à ce projet. Thibault a joué quelques synthés et Katel au-delà du mixage, on a travaillé sur du contenu additionnel, qui permet du reliage supplémentaire. Les deux sont des amis et des musiciens de talent. Ils me permettent d’avoir un retour et d’aller plus loin dans la création. Les quatre morceaux de l’EP sont venus parmi plein d’autres. J’ai choisi ceux-là parce que j’avais envie de les mettre ensemble. Je n’ai pas de rituel d’écriture, je fais de la musique tous les jours. Quand les choses me touchent physiquement, alors je les mets de côté et je les retravaille. J’ai beaucoup d’idées qui me viennent en marchant, ou alors la nuit, je ne dors pas très bien d’ailleurs. Je pense avoir écrit de nombreux morceaux la nuit, en fait !

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Tu racontes des histoires d’outsiders. Quelles sont les choses, les événements, les personnes qui t’inspirent ?

En général ce sont des gens que je croise. Les gens qui m’entourent, mes proches et moins proches. Ce sont des gens issus de pleins de milieux différents, de tous les âges, j’ai autour de moi un éventail de personnes très diversifiées. Je suis attiré.e et inspiré.e, aussi bien en amitié, amour ou camaraderie musicale, par ces gens qui sont eux-mêmes des outsiders pour X raison. Je m’adresse aux gens qui sont à la marge, parce que j’y suis moi aussi. Par exemple, des vieilles personnes dans une campagne, qui ont une vie totalement opposée à la mienne, mais dont je vais me sentir bien plus proche que des gens plus « semblables » à moi. C’est ça qui m’inspire : la marge. Le fait de ne pas correspondre, d’en souffrir ou d’en faire une force, les deux sont possibles dans une vie.

Pourquoi ce titre « Fast and too much » ?

Déjà parce que c’est le titre d’un des morceaux, et que ça sonnait bien. Mais aussi parce que le morceau raconte l’histoire de quelqu’un qui rentre d’une fête, et qui doit traverser un parc. Avec l’aube qui se lève, il distingue des silhouettes d’hommes qui s’embrassent, qui font l’amour, comme ceux qui doivent se cacher pour le faire : vite et trop fort. C’est une ode aux personnes comme moi (gay, trans, autres) qui connaissent cette sensation de se retourner pour voir si quelqu’un les suit. Dans la rue, c’était quasiment impossible d’embrasser ma copine sans avoir une réflexion, ou une réaction dangereuse. Cette chanson traduit cette intranquillité, même dans la musique on ressent cette notion de danger.

Un morceau qui te rend fier.e ?

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Le plus autobiographique : « The Purple Rest ». Je raconte une chose qui m’est arrivée, une overdose, j’ai failli y passer. Ce n’est pas dit de façon littérale dans le texte, c’est une ballade un peu triste. Je ne sais pas si j’en suis plus fier.e que les autres mais il a une résonance particulière pour moi quand je le chante.

Concernant la non-binarité, encore trop rare dans le monde de la musique, comment aimerais-tu que les choses évoluent à ce sujet ?

Ce que j’aimerais, c’est que les générations actuelles et futures prennent ce sujet à bras le corps. Il y a beaucoup plus de gens que ce qu’on imagine qui se reconnaissent là-dedans. Cette non binarité c’est avant tout le refus de l’injonction qui nous est faite, d’avoir tel ou tel comportement en fonction de ce qu’on a entre les jambes. Les codes qui nous sont imposés à cause de tout ça ne sont plus recevables et ne sont pas souhaitables. Ce que je voudrais c’est que plus de personnes qui se sentent proches de la non-binarité, osent assumer ce qu’ils sont, s’affirmer dans cette voie-là. C’est là la clé pour que l’histoire du patriarcat, qui nous les brise et qui empêche des tas de gens d’avoir une vie normale, s’arrête et qu’on passe à autre chose.

Des projets pour 2021 ?

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Je continue à écrire plein d’autres morceaux pour faire un album. J’écris un long métrage, sur l’histoire d’un groupe de musique qui rentre après une tournée dans laquelle le bassiste est mort. Un jour un couple âgé s’installe dans la maison dans laquelle le groupe habite, en pensant que c’est chez eux, et ils deviennent leurs confidents. Je finis aussi une série d’une vingtaine de très très courts métrages (15 secondes).

Je joue également dans une pièce de théâtre, L’aventure invisible de Marcus Lindeen , qui va reprendre courant 2021 avec une tournée en France et en Europe. C’est une pièce documentaire qui, à travers les récits de trois personnes existantes, raconte les identités multiples.

Des choses à ajouter ?

Je saluerai au sens large les gens avec qui je travaille, le label CryBaby, qui est le premier label français queer, féministe, aussi bien mélomane que militant. Les gens avec qui je travaille, c’est évidemment pour des raisons musicales mais aussi pour des raisons politiques, de valeurs. C’est un choix de se lier les uns aux autres, il n’y a pas que la musique. On a envie de faire avancer les choses par nos comportements respectifs. À bon entendeur…

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