Être un parent, c’est faire face à une montagne de paperasse, chose que l’on n’avait peut-être pas anticipée dans toute son amplitude. Inscriptions crèche ou nounou, Caf, Sécurité sociale, assurances diverses. Eh bien un deuil, c’est carrément une chaîne de montagnes. Je vais, une fois de plus, revenir sur mon histoire : le décès de mon conjoint, il y a bientôt quatre ans. Nous étions les parents de deux petites filles de deux ans et demi et cinq mois (elles sont toujours des petites filles, en plus âgées). J’ai tellement transpiré là-dessus que je n’ai plus rien fait depuis quatre ans (alors que je n’ai pas tout réglé).
- Les obsèques, ça s’enchaîne assez vite. S’en sans rendre compte, on est déjà à choisir un cercueil. Pour les obsèques, si rien n’était prévu, l’entreprise de la personne qui a pris le plus long chemin pour nulle part peut filer un coup de pouce financier via l’organisme de prévoyance complémentaire, ou le comité d’entreprise même !
- Le certificat de décès, rempli par un médecin. À envoyer à tout le monde le plus vite possible. Pour obtenir… l’acte de décès. C’est pas pareil. Attention, hein ! L’acte de décès c’est l’inscription sur le registre d’état civil. Tout cela pour bien prouver le changement de votre situation. Faut contacter la Caf, pour obtenir des aides le plus vite (sachant qu’il y a un mois de carence pour percevoir l’Allocation pour les parents isolés, ah ah), par exemple. Mon conseil : rencontrer un.e assistant.e social.e pour déterminer ce qui est possible. Allez aussi voir les impôts, pour que ça soit vite rectifié.
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Le gros morceau qui donne envie de vomir tellement il est amer : mettre un terme au forfait du téléphone portable de la personne décédée.
- Aller à la banque, c’est un coup à avoir des sueurs froides, en fonction des comptes que le.a disparu.e possédait avec vous, ou non. Puis, dans la série des réjouissances : le notaire, dans certains cas, s’il y avait des dispositions particulières (dans mon cas, je dois encore annuler la succession pour mes filles, car il s’agit de dettes, et il faut tellement de papiers que je risque d’épuiser un lot de cinq cartouches d’encre noire).
- Employeur ou Pôle emploi, Urssaf éventuellement, l’assurance auto et la préfecture pour le changement de carte grise (à ce moment-là, on est déjà archi saoulé.es et même si on est rôdé.es, ça commence à peser lourd) et les différents opérateurs d’énergie pour changer le numéro du contrat.
- Le gros morceau qui donne envie de vomir tellement il est amer : mettre un terme au forfait du téléphone portable de la personne décédée. Rien que d’y penser, j’ai envie d’écrire en lettres capitales pour signifier à quel point je les déteste, ces opérateurs qui mentent, embrouillent, manipulent et menacent sans aucun respect des personnes endeuillées. Normalement, c’est archi simple. On en envoie en lettre recommandée l’acte de décès et on ne doit rien payer. RIEN. Aucune pénalité ne doit être appliquée. Tous les opérateurs tv, câble (si ça existe encore, je ne suis pas très au courant de la modernité), etc., ont leurs techniques pas très légales pour vous obliger à rester chez eux (transférer le compte à votre nom, ne pas résilier mais renouveler l’abonnement « par erreur »)… Avec la banque, vérifiez tous les prestataires et entreprises qui recevaient un virement automatique pour les prévenir de la même manière. Et fermez le compte de la personne, s’il n’était pas commun.
« Il s’est suicidé ? Nous allons étudier cela. Ah non, vous ne pouvez pas récupérer l’assurance vie »
Je ne vous parle de certaines absurdités cyniques liées à la manière dont la personne est décédée. « Il s’est suicidé ? Nous allons étudier cela. Ah non, vous ne pouvez pas récupérer l’assurance vie ». Ensuite ? Bah vous découvrirez que votre assurance n’a pas résilié telle ou telle option que vous aviez oubliée, dans votre contrat, spécifique à votre situation de couple, par exemple. Ou bien vous recevrez des lettres d’huissiers ou de relances sous n’importe quel prétexte. Ne répondez jamais en versant les sommes demandées. Enfin bon, perso j’ai jamais cédé. Parce que faut pas pousser mamoune dans les orties, hein, j’avais autre chose à gérer : obtenir un logement social d’urgence (en termes de paperasserie, je me suis régalée), par exemple.
Mon conseil, même si c’est difficile, qu’on se sent inutile, débordé.e : c’est d’aller voir un.e assistant.e social.e, plusieurs même !
Pour obtenir un logement social, il faut faire une demande. En ligne ou « au guichet » (perso, je suis allée voir le CCAS de ma ville). Ça tombe bien, nous avions fait la démarche. Oh no ! C’était au nom de monsieur, il faut recommencer à zéro ! Ensuite, il faut serrer les dents le temps que ça soit pris en charge et faut aller chercher de l’aide pour payer le loyer qu’on ne peut plus payer avec un seul revenu (à l’époque j’étais à mi-temps 24 heures par semaine, en CDD, dans une asso, alors non, je n’avais pas les moyens). J’ai plutôt eu de la veine, c’est pas le cas de tout le monde, alors, mon conseil, même si c’est difficile, qu’on se sent inutile, débordé.e : c’est d’aller voir un.e assistant.e social.e, plusieurs même ! Il y a celle du Pôle déficience visuel où est suivie ma fille, par exemple, qui peut m’accompagner dans mes relations avec la Maison départementale des personnes handicapées (toi et moi, c’est pour la vie bébé). Il y a une autre assistante sociale, plus généraliste, du département. Elle connaît pas mal de trucs et elle a un bon réseau. Elle peut m’aider avec l’assistante sociale de la Caf qui est super utile pour débusquer les petits gags administratifs qu’on adore.
Faut se préparer à entendre tout et son contraire, à remplir quatorze fois les mêmes fiches d’infos, à répondre à des questions indiscrètes et des remarques déplacées.
Un exemple ? Ma fille, aveugle de naissance, perçoit un aide financière particulière. Qui ne me donne pas normalement droit à la majoration de l’allocation parent isolé (et je peux vous dire que ces cinquante balles par mois, tu les prends, hein). Sauf si j’étais éligible à d’autres aides pour ma fille, qu’on me les a proposées. Je ne sais pas si vous me suivez ? Moi non, je ne suis pas. Parce que franchement, on nage dans l’absurdité la plus totale. Mais avec la MDPH, on est rarement déçu.es si on aime imiter Astérix dans les Douze travaux avec son fameux laisser-passer A38.
Et tout ça, faut le faire vite, parce que les administratives en ont besoin dans les 48 heures, ou six jours, ou trois mois, ou on ne sait plus, parce que rien n’est pareil, nulle part. Faut se préparer à entendre tout et son contraire, à remplir quatorze fois les mêmes fiches d’infos, à répondre à des questions indiscrètes (« Mais votre famille est où ? Si loin ? Pourquoi vous ne déménagez pas ? ») et des remarques déplacées (« Franchement, vous avez l’air en forme », alors que t’as perdu dix kilos de tristesse). Il paraît que ça aide dans le processus de deuil, on organise les choses, on trouve des solutions, on reprend sa vie en main.
Ça n’enlève rien à la douleur. Il n’y a pas de papier pour ça.