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On a trouvé l’hôtel le plus à gauche (rive droite)

La planète brûle, les mauvaises nouvelles pleuvent. Au milieu de tout ça, niché au cœur du 12e arrondissement de la capitale, le Zazie Hôtel mène sa petite vie et redonne de l’espoir. Nous sommes allés découvrir comment cet établissement qui se dit “parisien, amical et solidaire” met en œuvre une offre d’hébergement, voire une façon de travailler, plus éthique et responsable. 

7 septembre 2026
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11h14, au début de la rue de Chaligny, dans le 12e arrondissement de Paris, Anne-Sophie passe un appel téléphonique, installée à une table rouge vif. C’est le seul mobilier présent devant l’entrée du Zazie hotel, avec quelques plantes. À l’intérieur, David est à l’accueil, assis entre une gigantesque affiche de Willy Ronis et un bureau en bois clair. Il répond au téléphone, tape à l’ordinateur et acceuille les nouveaux arrivants, comme moi, avec le sourire.

De l’eau et du sirop sont mis à disposition dans la salle commune, face à la réception. Je m’en sers pendant que David m’explique : “Le plus gros de notre clientèle c’est des déplacements professionnels”. Peu surprenant pour un hôtel situé à deux pas de la Gare de Lyon. Alors qu’une cliente déboule et se présente à David, un homme descend les escaliers au fond du couloir. C’est Eric, aujourd’hui, il est le responsable d’étage. Armé d’un aspirateur et d’une serpillière, il traverse le couloir, me salue et se rend dans la buanderie.

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Proposer un emploi et un salaire à des personnes précaires pour les aider à se réinsérer

À l’extérieur, Anne-Sophie, la fondatrice et propriétaire a raccroché et m’invite à prendre place sur la chaise en face d’elle. “C’est un hôtel que j’ai repris il y a 14 ans pour le transformer en entreprise d’insertion” commence-t-elle en fouillant dans ses souvenirs. Avec David et Eric, elle fait partie des trois personnes permanentes dans l’établissement. Pour compléter l’équipe, Anne-Sophie ne recrute que des personnes en situation de précarité. L’objectif est de proposer un emploi et un revenu à ces personnes pour deux ans maximum et de les aider ainsi à se qualifier professionnellement. Chaque travailleur est employé à temps plein dans l’hôtel, pour leur garantir, en plus de la formation, une stabilité financière. Voilà pourquoi le Zazie hôtel est “solidaire”. On appelle ce genre de structure des entreprises d’insertions.

Au sein des murs colorés du Zazie, les employés peuvent se voir attribuer deux rôles : soit ils sont formés à la réception, soit à l’entretien des étages, parfois les deux . “Bien souvent, les employés qui arrivent chez nous ne parlent pas très bien le français donc on les aide aussi pour se former à ça” précise la directrice. Pour régler les problèmes de logement ou de santé allant bien souvent de paire avec la précarité de leurs membres, l’équipe du Zazie travaille avec d’autres structures et associations. C’est d’ailleurs notamment grâce à des structures telles que les centres d’hébergement d’urgence qu’Anne-Sophie entre en contact avec de potentiels futurs employés. “On passe beaucoup par la plateforme de l’inclusion” précise-t-elle “où toutes les structures d’insertion publient leurs offres d’emploi”. Ensuite, les assistants sociaux des différentes structures d’aide font le lien entre la directrice et ses futurs employés.

Un labo pour trouver comment redonner du sens au travail

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Quand elle a créé ce lieu pas comme les autres, Anne-Sophie était habitée par une interrogation : “comment travailler mieux et être vraiment utile ?”. Pour elle, redonner du sens au travail implique de replacer la notion de solidarité au centre de son activité. Depuis l’ouverture du Zazie en 2012, la gérante ne cesse de questionner le monde du travail et tente de l’améliorer à son échelle : “le Zazie hotel c’est comme un petit labo expérimental” où l’on apprend à communiquer, même quand on ne partage pas les mêmes langues maternelles, à inclure et à gérer les rythmes éreintants de l’hôtellerie.

Son hôtel prouve qu’il est possible de voyager autrement en arrêtant de polluer juste pour polluer, en prenant conscience de l’urgence climatique et en questionnant nos comportements (et en plus ça marche , qui l’eût cru !). Durant ses deux premières années d’existence, il n’était spécifié nulle part que l’hôtel s’engageait pour la réinsertion et pour le combat écologique. L’équipe de l’établissement n’a pas utilisé ces caractéristiques comme faire-valoir ou comme arguments commerciaux jusqu’en 2015, lorsque l’hôtel à obtenu des labels certifiants son engagement écoresponsable. Même si aujourd’hui ces informations sont trouvables sur leur site, elles ne sont pas en première page bien mises en avant. Que voulez-vous, cet hôtel n’a rien à prouver.

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Si le tourisme mondial représente 8 à 10% des émissions de gaz à effet de serre, à l’heure de l’urgence climatique, cet établissement prouve qu’il est possible de voyager autrement en arrêtant de polluer pour polluer, en prenant conscience de notre impact environnementale et en questionnant nos comportements.

L’écologie est une priorité, “on se chauffe au gaz vert et on a de l’électricité verte”. Avec un bilan carbone annoncé de 40 tonnes par an d’après la propriétaire, le Zazie hôtel fait le maximum : “on va en compenser 30 en finançant un projet de renaturalisation, il ne restera donc que 10 tonnes” annonce Anne Sophie fièrement. Le petit-déjeuner proposé par l’hôtel est 100% bio, le lavage des draps internalisé et optimisé pour consommer le moins possible et… il n’y a pas la clim. Aïe, sujet sensible.

“Les gens sont désagréables quand ils ont chaud” déplore la propriétaire, “certains commentaires semblent venir de personnes très énervées qui s’insurgent en disant “Y’a pas la clim !””. Si toutes les chambres sont équipées de deux ventilateurs et de volets (souvent maintenus fermés par les employés), David et Anne-Sophie ont conscience que ce n’est parfois pas suffisant. “On réfléchit à installer des ventilateurs au plafond” lance le premier. Lorsque les températures ont atteint les 40 degrés cet été à Paris, le Zazie Hotel avait d’ailleurs permis à ses clients d’annuler leurs réservations sans frais (même si justement ils cherchaient du frais).

Un engagement jusqu’au bout de la literie

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Je m’engouffre ensuite dans les étages, guidée par Eric. Après être passée par la petite cuisine où les employés cuisinent des yaourts et des cakes pour le petit déjeuner, il m’emmène dans la buanderie. Le Zazie a réinternalisé le lavage de ses draps, ce qui n’est pas commun pour un établissement parisien. Dans cette salle tout est millimétré : “une machine c’est pour quatre chambres” raconte l’employé “pas plus, pas moins”. Il se saisit ensuite de flacons de produits ménagers et me les tend, avant j’étais valet de chambre, et à cause des produits on avait mal aux poumons, ici on utilise que des produits écolabellisés.” Son préféré : le percarbonate. “Quand je retourne voir ma mère au Cameroun elle me demande de lui en ramener car c’est vraiment magique”.

Employé dans cet établissement depuis plus de 20 ans, Éric a connu l’ouverture du Zazie. À mesure qu’il me fait visiter cet hôtel qu’il connaît comme sa poche je remarque rapidement un détail : dans chaque chambre, des livres de poches sont mis à disposition des clients. “C’est Anne-Sophie qui les choisit et les clients peuvent repartir avec en laissant 2€ à la réception”.

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Dans les chambres aussi, on trouvera évidemment des poubelles de tri, mais aussi pommeaux de douche GJOSA, conçus pour économiser l’eau (environ 4L par minute) sans mettre à mal le confort des clients. Pourquoi on n’a pas tous ça en fait ? (Article non-sponsorisé par la marque, je précise).

De retour dans le couloir à la moquette bariolée et aux murs orange, Éric me confie que l’hôtel, à ses débuts, se refusait à mettre des télés dans les chambres, mais… ils n’ont pas vraiment eu le choix. “Parfois les clients nous demandaient “vous n’avez pas la télé, on voudrait regarder Koh-lanta ?””. Grr.

Pas besoin de visiter les 21 chambres pour capter que chacune d’elle est unique. Papiers peints, livres et déco : tout est fait pour sortir du lot.

Lorsqu’on redescend, nous rejoignons Anne-Sophie et David en pleine discussion sur le parcours d’anciens employés passés par le Zazie. “Amine est Taxi, Mercy est cheffe cuisinière, Seko est valet de chambre et il y’en a même un qui est devenu réceptionniste dans un 4 étoiles !” se réjouit la directrice. “En ayant travaillé ici on est formé à la réception, aux normes d’hygiène à l’entretien des étages, on peut donc travailler en hôtel mais aussi à l’hôpital ou en EHPAD en blanchisseries par exemple”.

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Lorsque j’annonce que je vais m’en aller, David regarde par la porte, maintenue ouverte la journée et lance “ça fait longtemps qu’on n’a pas vu Marcel !”. Marcel, c’est un pigeon (or nous on est fans de pigeons je vous rappelle). Très à l’aise avec l’équipe, il semble, comme moi, aimer l’ambiance du Zazie car “quand on ne le surveille pas il entre et se faufile jusqu’à la salle commune. Pendant le petit déj’ des clients c’est bof bof” raconte David en riant.

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