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Mon père, victime du Covid et de notre système de santé

Il était en très bonne santé, mais ça n’a pas suffi. Le Covid l'a emporté.

Par
Sonia Collavizza
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Mon père est décédé du Covid. Il était en très bonne santé, mais ça n’a pas suffi. Tout est allé très vite. Trois semaines après son test PCR, il fallait lui dire au revoir. Voici mon récit.

Je suis en colère. Mon père est mort du Covid il y a un mois. À ce moment-là, la France passait la barre des 100 000 morts du Covid. Sacré chiffre, mais ça représente quoi ? Mon père est 1 parmi 100 000. Mais il était plus qu’un chiffre qu’on balance aux infos…

Mon Papa était en parfaite santé. Il avait 68 ans et il avait la forme. Chaque été, il faisait du canoë, à l’automne il ramassait des cèpes et en hiver il coupait du bois dans la forêt. Là, il s’apprêtait à faire son potager quand ça lui est tombé dessus. Un texto d’abord pour nous prévenir : « Pour info, je l’ai chopé. Pour le moment ça va, j’ai mal à la gorge et pas trop de fièvre. Bisous. » Puis l’engrenage a commencé.

“Saturation”

La saturation des hôpitaux, c’est une expression qu’on entend en boucle dans les médias. Mais je n’avais pas réalisé l’impact que ça avait sur les malades. Voici aujourd’hui ma perception de la saturation : après une semaine à souffrir tout seul et attendre que ça passe, mon père a fini par avoir un rendez-vous avec un médecin en visio. Il lui a dit de faire rapidement un scanner des poumons. Mon père s’est rendu aux urgences, mais on ne lui a pas fait de scanner. On l’a rapidement ausculté et renvoyé chez lui, en lui disant qu’une infirmière devrait passer une fois par jour. A son premier passage, elle l’a trouvé en mauvais état, elle a donc décidé de repasser le jour même. Quand elle est revenue quelques heures plus tard, il était encore plus mal. Elle a donc appelé le SAMU pour le faire hospitaliser. Mais on lui a dit que l’état de mon père n’était pas suffisamment grave, qu’il fallait qu’elle continue de passer le voir mais qu’ils le laissaient chez lui.

Le lendemain, une autre infirmière a voulu aussi le faire hospitaliser. Pour que son coup de fil aboutisse, elle a décidé de mentir sur les chiffres de son niveau d’oxygène.

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Le lendemain, une autre infirmière a voulu aussi le faire hospitaliser. Pour que son coup de fil aboutisse, elle a décidé de mentir sur les chiffres de son niveau d’oxygène. Cela a obligé les pompiers à venir et ils ont finalement hospitalisé mon père. Une fois qu’il était admis à l’hôpital, sous oxygène et cortisone, ma sœur a demandé pourquoi il n’avait pas été pris en charge avant. Réponse de la médecin : « Ça a permis de soigner quelqu’un d’autre ».

Ok soit… Mais quand on s’appelle Roselyne Bachelot, on n’attend pas pour être hospitalisé.


“Réa”

Quelques jours après, il s’est retrouvé dans le service qu’on redoutait, la “réa”. Il était conscient, mais sous oxygène à haute dose. A partir de ce moment-là, c’est devenu mission impossible de parler aux médecins.

Ma soeur, qui était la seule autorisée à lui rendre visite, patientait des heures dans la salle d’attente sans pouvoir parler à personne. On appelait régulièrement, mais personne n’était jamais disponible pour nous parler. On se disait : « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». Sauf que deux jours plus tard, il a fait une crise d’angoisse et personne ne nous a prévenu. Quand ma soeur est allée le voir ce jour-là, il était en souffrance. Il avait très mal au dos et au ventre. Pourtant mon père avait une résistance incroyable à la douleur. Rien n’a été fait, à ce moment-là, ni scanner ni examen approfondi. On nous a dit que c’était sûrement lié à la crise d’angoisse.

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Deux jours plus tard, on nous a appelés à trois heures du matin. Il avait fait des thromboses, il n’en avait plus que pour quelques heures. Nous nous sommes donc tous rendus à son chevet.

Difficile à ce moment-là de se dire que ce qu’on traverse, des centaines de familles le vivent chaque jour avec le Covid.

Quand mes frères sont arrivés du sud de la France, nous avons essayé de parler à un médecin. Encore une fois c’était impossible : il était occupé, il y avait des urgences. Je bouillais intérieurement. Pendant plusieurs heures, on attendait de lui parler et il n’était jamais dispo. Difficile à ce moment-là de se dire que ce qu’on traverse, des centaines de familles le vivent chaque jour avec le Covid. C’est devenu banal. Oui, c’est une énième victime du Covid, mais c’est quand même mon père qui était en train de mourir. Pourquoi devoir encore patienter pour parler à un médecin ?

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Après quelques heures, il a fini par nous recevoir et a pris le temps de nous expliquer avec des mots scientifiques ce qui s’était passé dans le corps de mon père. Est-ce que les thromboses ont commencé avec ses douleurs au ventre et au dos ? C’est possible… On ne saura probablement jamais quelle aurait été l’issue si ses thromboses avaient été détectées avant. Est-ce qu’une hospitalisation plus précoce aurait pu le guérir? Le médecin réfute, mais moi je doute.

Je n’en veux pas aux personnels soignants qui sont sous l’eau. J’en veux à la “saturation des hôpitaux”. J’en veux au gouvernement qui n’a pas mis les moyens.

Je n’en veux pas aux personnels soignants qui sont sous l’eau. J’en veux à la “saturation des hôpitaux”. J’en veux au gouvernement qui n’a pas mis les moyens. Et je m’en veux d’avoir fait confiance à notre système de santé, de ne pas m’être battue pour qu’il soit hospitalisé avant, pour qu’un scanner soit fait, pour parler aux médecins…

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“Vaccination”

Je ne regarde plus les infos, je ne lis plus l’actu, tout ce qui se dit m’énerve. L’autre jour, j’ai mis la radio et j’entends que le Conseil de défense sanitaire ne recommande pas la réouverture qui se profile les semaines prochaines. Puis un journaliste enchaîne en disant que le gouvernement le fait pour les élections. Ah oui, il y a des élections ! Depuis quand des résultats d’élections pèsent plus que des vies ?

Et puis maintenant que le tourbillon des pompes funèbres, certificat de décès, funérailles, notaire… est passé, qu’est-ce qu’on fait ? On reprend notre vie ? Il est où l’Etat pour nous accompagner ? Je n’ai trouvé ni groupe de soutien ni cellule psychologique ni séances de psy remboursées : rien n’est mis en place. Ok, chaque jour on annonce le nombre de morts, mais que se passe-t-il pour toutes ces familles endeuillées ? L’Etat nous a pris notre père et nous a laissés tomber. C’est comme ça que je le vois.

Si mon père avait été aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, il aurait été vacciné bien avant d’attraper le Covid.

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Ah et puis il y a la vaccination. Encore une belle réussite du gouvernement. Si mon père avait été aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, il aurait été vacciné bien avant d’attraper le Covid. Au début, ça me faisait rire de voir comment la France était à la traîne pour des questions de lourdeurs administratives. Mais maintenant, je ne rigole plus. Combien de vies ont été prises parce que le gouvernement n’a pas réussi à déployer rapidement la vaccination ?

Et puis je suis tombée sur cet article, sur des personnes non prioritaires qui ont été vaccinées dès mars parce qu’elles connaissaient quelqu’un ou qu’elles ont baratiné. Super, donc en fait si mon père avait menti ou connaissait quelqu’un pour le pistonner, il aurait pu être vacciné ? Pourtant, il regardait les infos religieusement tous les jours. On parlait à ce moment-là de vacciner les plus de 70 ans. Il en avait 68, donc il attendait son tour…

J’aimerais que toutes les familles de victimes se fassent entendre.

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Je sais bien que rien ne me rendra mon père, c’est trop tard. Mais, j’aimerais que toutes les familles de victimes se fassent entendre. Oui, c’est sûr que le gouvernement n’est pas responsable du Covid, mais est-ce qu’il aurait pu faire mieux pour nous protéger et nous soigner ? Oui, je le pense. Surveiller mieux les frontières à l’arrivée du Covid puis des variants, imposer un troisième confinement strict, faire appliquer réellement le télétravail, préparer mieux la vaccination, garantir un traitement égal à tous les malades du Covid…

Pour moi, mon père est une victime collatérale de la politique de Macron. Il avait 68 ans, il était plein de vie, il aimait voyager dans son van Volkswagen, assister à des concerts et faire du VTT en forêt. Le Covid l’a pris et je suis en colère.