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Avoir le « ick », ou quand votre partenaire vous dégoûte soudainement

Un morceau de salade coincé entre les dents ? Je te bloque. 

Par
Malia Kounkou
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Avez-vous déjà été répugné par la simple respiration de votre date ? Mis fin à toute communication après l’avoir vu tirer une porte qu’il fallait pousser ? Supprimé son numéro en l’observant courir derrière une serviette en papier emportée par le vent ? Fait immédiatement vœu de célibat parce que le nœud de ses lacets était trop grand ?

Si oui, sachez que ce haut-le-cœur de magnitude 9,5 se nomme « avoir le ick » et qu’il se prononce généralement avec une grimace de répulsion.

Employé pour la toute première fois en 1998, dans la série américaine Ally McBeal, le terme est progressivement revenu au goût du jour grâce à la version britannique de la téléréalité Love Island. Il n’en faudra pas plus pour que TikTok jette son dévolu dessus, trouvant dans ces trois lettres une parfaite description de ce dégoût soudain et irréversible éprouvé envers une fréquentation amoureuse qui nous attirait pourtant, vingt secondes plus tôt.

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Et ce dégoût peut se déclencher à tout moment, dans n’importe quel contexte et sous n’importe quel prétexte. J’insiste : n’importe quel prétexte, qu’ils paraissent valables ou tout bonnement absurdes. À titre d’exemples, voici quelques icks d’internautes féminines (car ce sont les femmes qui portent majoritairement cette tendance) relevés en vrac d’un bout à l’autre du web :

– Chanter les mauvaises paroles d’une chanson

– Ne pas danser sur le bon rythme

– Être ignoré par Siri

– Être impoli envers ses parents ou le personnel d’un établissement

– Posséder un portefeuille avec une attache en velcro

– Faire une blague et la répéter, sans que personne ne rigole, les deux fois

– S’exclamer « Oups! »

– Se vanter régulièrement d’être féministe

– Frissonner quand il fait froid

– Faire des fautes d’orthographe dans ses messages

– Ne pas prendre soin de son hygiène corporelle

– Être trop affectueux

– Investir dans la cryptomonnaie

– Avoir un peu de sauce à spaghetti sur le coin de la bouche

– Être homophobe

– Perdre l’équilibre dans un wagon de métro en mouvement

– S’asseoir sur un tabouret sans que ses pieds ne touchent le sol

– Courir avec un sac à dos

– S’énerver en frappant des poings sur la table

– Dire « wouhou ! » dans un manège de parc d’attraction

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Aussi imprévisibles qu’irréversibles, ces tue-l’amour, une fois remarqués, ne peuvent plus être ignorés, éteignant sur leur chemin toute attirance possible. Pas le choix, donc, de couper court à ce qui, sans cette salade coincée entre les dents, aurait pu être une très belle histoire d’amour.

Même les relations longues ne sont pas épargnées de ce tri. Rhik Samadder, chroniqueur pour The Guardian, donnera l’exemple d’une amie qui a eu le ick pour son partenaire après avoir contemplé le tableau d’un petit bébé nymphe lors d’une visite du musée du Prado, à Madrid.

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« J’ai réalisé que c’était son portrait craché », a-t-elle confié au journaliste. « Nous avons rompu peu de temps après, mais je ne pouvais pas lui dire pourquoi. »

Faux caprice ou vrai danger ?

Si ce frisson de répulsion peut paraître radical, il n’en reste pas moins un outil naturel de survie pour autant. « Au cours de l’évolution, le dégoût a envoyé un message puissant à nos compatriotes hommes des cavernes : ce que vous sentez, voyez, goûtez ou ressentez est dégoûtant ! Cela pourrait vous nuire, vous empoisonner ou menacer vos moyens de subsistance », rappelle la journaliste Andi Eisen dans le média Coveteur.

Toutefois, dans une société moderne où notre survie ne dépend plus d’un bon odorat, mais du pourcentage de batterie de notre téléphone, le ick est-il une boussole relationnelle solide ? En d’autres termes :

est-ce nécessairement mauvais signe si votre date parle la bouche pleine ou doit répéter un peu plus fort sa commande dans le micro au drive du Mcdo ?

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À cela, 60 % de femmes répondent un retentissant oui. Selon ce qu’en dit la neuropsychologue Sanam Hafeez dans Shape, cependant, « cela dépend si les comportements qui vous irritent sont négociables et s’ils peuvent changer. »

Il y a donc des icks pour lesquels vous, comme la personne que vous fréquentez, n’y pourrez rien; tomber à plat ventre dans le bus, par contre. Le seul aspect contrôlable, ici serait votre réaction : soit vous en riez avec elle, soit vous riez d’elle.

D’autres icks encore sont non-négociables, car en incompatibilité directe avec vos valeurs. Personne ne vous en voudra donc de partir sans vous retourner si votre date s’avère être un puits sans fond de misogynie.

@doingrelationshipsright ICK VS RED FLAG? Is that “thing” they do just “icky,” or is it something that you need to be careful of? Does it annoy you and make you question dating this person? Or does the hair on the back of your neck stand up, and you feel the need to escape and never look back? Ick vs. Red Flag. Sure, if they chew with their mouth open or brush their teeth less often than you’d like, that’s no reason to drop them like a bad habit. But…if you were to ask them to stop cracking their gum incessantly and they say you’re being overly sensitive and pop that Bubbliciuos right in your face? Houston, we’ve got a problem! If you trust your intuition, you shouldn’t have a problem- if clapping at the movie’s end makes you break it off, then so be it! This is your relationship, and only YOU know what you can tolerate. Happy Dating and Healthy Relationships, y’all! DROP YOUR ICKS BELOW ⬇️ and let’s see what drives YOU nuts in a relationship! xo j #icks #redflags #doingrelationshipsright #datingafter40 #datingaftermidlife #datingtips #relationshipadvice #jenniferhurvitz ♬ Bad Habit – Steve Lacy
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Puis, il y a des icks qui se situent un peu entre, car oui, ils peuvent être changés… mais ils peuvent aussi être tolérés. Une tache de sauce s’enlève en quatre secondes, montre en main, mais la laisser vivre sa vie ne serait toutefois pas la fin du monde. D’autres diront même que cette petite imperfection ajouterait du charme au tableau. Donc la véritable question est plutôt celle de notre capacité à supporter ce petit détail inoffensif.

Enfin, un dernier aspect à élucider serait celui du degré de dégoût.

Sommes-nous ici en présence d’une poussière que notre esprit transforme en montagne, ou bien est-ce notre conscience qui flaire un véritable danger relationnel ?

Un discernement aiguisé est alors de mise. « Les red flags incluent la violence verbale, émotionnelle ou physique, et les yellow flags incluent des problèmes de comportement non préjudiciables qui affectent votre relation ou [soulignent] des écarts de valeurs. », peut-on lire dans Very Well Mind.

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Peut-être, donc, que l’inconfort ressenti face à l’attention croissante de votre nouveau partenaire est en fait une mise en alerte de votre esprit face à ce qui semble être du bombardement amoureux, cette technique de manipulation émotionnelle fréquemment utilisée par des personnes narcissiques en début de relation.

Comme quoi, cette mystérieuse aversion peut parfois être un filet de survie.

Miroir, miroir

D’autres fois, le ick est la partie émergée d’un plus grand iceberg qui en révélerait plus sur vous-même que sur les autres. Beaucoup d’experts affirment d’ailleurs qu’il est totalement possible de se remettre de ce sentiment de dégoût… après avoir accepté qu’il vient de nous.

« Le ick est une projection de notre propre honte, à travers la critique », révèle en ce sens la psychothérapeute Jo Nicholls dans le podcast britannique Love Maps.

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Ce n’est donc ni l’action en elle-même et ni la personne qui la pose qui nous procurent ces frissons d’horreur pure, mais plutôt le fait de s’imaginer être humilié socialement à la place de la personne qui nous embarrasse et l’insécurité profonde que ce scénario vient réveiller en nous.

« On se dit que l’autre est enfantin, simplet et sans style, parce que c’est ce que nous sommes nous-mêmes conscients d’être et nous ne pouvons pas le supporter », révèle Rhik Samadder.

« Donc personne ne vous donne le ick – vous vous le donnez vous-même. »

De plus, il n’y a pas de prétexte plus infaillible que le ick pour ne pas s’engager. Après tout, c’est bien plus facile de se convaincre d’une incompatibilité romantique avec une personne dont les pieds ne toucheraient pas le sol une fois assise au bar, que de tenter sa chance, se montrer vulnérable et s’exposer à la terrifiante possibilité d’un cœur en miettes. Avoir le ick est la dernière porte de sortie avant que ne se produise cette prophétie autoréalisatrice.

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Pour preuve : certains internautes iront même jusqu’à inventer des situations fictives qui leur donneraient le ick pour tuer dans l’œuf tout début d’attirance pour qui que ce soit. Cela peut aller de visualiser son date en train de se battre pour ne le vent ne retourne pas son parapluie à imaginer la mort inélégante qu’il aurait s’il décédait dans un accident de voiture.

Derrière ce mécanisme d’autoprotection se cache une peur du rejet aux racines profondes et dont découle tout un conditionnement. « Pour surmonter le fait de ne pas être vu, entendu, tenu [en tant qu’enfant, dans des relations passées, etc], vous devez vous convaincre que vous n’avez pas besoin de ces choses », explique Elizabeth Cohen, psychologue clinique, thérapeute cognitive comportementaliste et experte en relation, dans Shape.

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« [Si] vous grandissiez [sans que ces besoins soient satisfaits], vous devez en quelque sorte vous dire que c’est “dégoûtant” quand quelqu’un est vraiment sensible, attentif, réfléchi et suffisamment curieux pour vous demander ce que vous ressentez, ou même vous reprendre sur vos manquements », poursuit-elle.

Questionner un ick, c’est aussi questionner certaines des croyances populaires que nous tenions comme vérités générales. Car, si on creuse : qu’est-ce qui nous dérange autant, dans le fait que les pieds de notre date ne touchent pas le sol ? Serait-ce l’idée reçue selon laquelle la virilité d’un homme est nécessairement proportionnelle à sa taille ? Si oui, c’est qu’il y a un petit travail de déconstruction à faire et que le ick, loin d’être à fuir, est l’indice qu’il nous faut pour creuser plus loin.

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« Si notre partenaire va à l’encontre de ce qu’on nous a appris, cela peut conduire à un sentiment de dégoût », développe Sanam Hafeez.

« Parfois [ce qu’on appelle un ick], c’est simplement nous qui remarquons les différences par rapport à ce à quoi nous sommes habitués. »

Un bon côté de ce fameux ick (oui oui, il y en a) est qu’il signale l’arrivée d’une assurance nouvelle et positive dans la culture du dating. Les gens savent désormais parfaitement ce qu’ils veulent, mais surtout ce qu’ils ne veulent pas et ne souhaitent plus se contenter du moins pire quand le meilleur se trouve à trois ou quatre swipes près.

Mais gare à ceux qui rechercheraient le partenaire parfait; non seulement celui-ci n’existe pas (mmh, quoique), mais se lancer dans cette quête perdue d’avance est une autre forme d’autosabotage.

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La solution ? Apprivoiser cet inconfort jusqu’à ce qu’il résulte en une décision éclairée, car il serait dommage de passer à côté d’une belle relation juste parce que vous haïssez sa sonnerie de téléphone. Par contre, si c’est le refrain de Wonderwall… bon.