Tout est parti d’une conversation – un peu éméchée – avec une amie (coucou Élise). 2h40, point de désaccord : elle refuse de se déclarer féministe (alors qu’au-delà du mot, ses valeurs coïncident avec celles du mouvement). Pour rappel, voici la définition du Robert : « Le féminisme est la doctrine qui préconise l’égalité entre l’homme et la femme, et l’extension du rôle de la femme dans la société ». C’est tout. Mais dans sa tête, il semblerait que cela ressemble davantage à une mystérieuse religion qui descendrait d’une obscure sorcière agressive, mal-aimée et mal-b***, qui interdirait aux femmes de se maquiller, de s’envoyer en l’air le premier soir et qui les encouragerait à insulter tous les hommes qui souhaiteraient s’occuper du barbecue. Alors non… Justement Élise, le féminisme c’est tout l’inverse. Je t’expliquerais bien cela moi-même mais il est tard. Sans compter que d’autres l’ont fait avant moi et bien mieux. Voici donc une liste non exhaustive des livres qui risqueraient de te faire changer d’avis.
Tu ne vas pas sortir comme ça ? Le féminisme expliqué à mon père, Fanny Anseaume (2021)
Pour moi, c’est Élise. Pour Fanny Anseaume, étudiante en sociologie et féministe convaincue, c’est son père – et plus globalement la génération des papas soixante-huitards – qui, lorsqu’ils prononcent des phrases comme : « Les garçons, une bière ? », « Tu es une vraie maîtresse de maison », « Ce sont des trucs de bonnes femmes », « C’est qui cette coquine ? », « Est-ce qu’elle a un Jules ? », « On ne peut plus rien dire », font preuve – sans en avoir conscience – de sexisme ordinaire. Dans cet ouvrage, elle décide donc de rectifier le tir et de leur répondre. « Je me souviens, après chaque débat que nous avions avec mon père, ou après chaque petite réflexion, je me disais : “ah j’aurais dû répondre ça” », confie-t-elle. C’est désormais chose faite, avec ce livre. Fanny, une bière ?
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Un autre regard, Emma (2017)
« Fallait demander ! », c’est ce que répond monsieur à madame lorsque celle-ci lui fait remarquer qu’il ne s’est occupé ni de la vaisselle, ni de la lessive, ni des poubelles… « Parce que tu ne pouvais pas y penser toi-même ? », a-t-elle alors très envie de lui rétorquer. Quoi de plus parlant que cet exemple, croqué par la dessinatrice et militante Emma dans sa BD Un autre regard, pour définir la charge mentale. Soit ce travail, « épuisant, permanent et invisible », qui, dans les couples hétérosexuels, pèse surtout sur les femmes – héritage sociologique et culturel oblige -, qui se retrouvent alors obligées d’ajouter ce poids psychologique à leur journée de travail. Quand il suffirait juste de le répartir de façon égalitaire au sein du couple… Élise, là aussi, la charge mentale, cela devrait te parler non ? Ce n’est pas toi la reine des to-do lists ? Ah oui et parmi les autres sujets abordés par l’ingénieure informaticienne de 36 ans dans cet opus, le retour de congé maternité, le sacro-saint instinct maternel, le baby blues ou encore le clitoris.
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Sorcières, Mona Chollet (2018)
Difficile de s’initier au féminisme – ou de sensibiliser ses proches (encore un big up à toi Élise) – sans passer par une lecture approfondie du livre Sorcières de Mona Chollet, dans lequel l’auteure décrit comment les femmes d’aujourd’hui, celles qui tentent de gagner en indépendance, celles qui parlent haut, les carriéristes, celles qui assument leurs cheveux blancs, celles dont la sexualité est un peu trop libre ou celles qui décident de ne pas devenir mères, sont les héritières directes de celles qu’on traquait, chassait, réprimait, tuait il y a des centaines d’années, parce que considérées comme sorcières. Un livre bourré de références, et d’anecdotes historiques. Le tout écrit de façon accessible, pédagogique, militante et souvent drôle. Tu vas voir Élise, tu vas apprendre un paquet de choses.
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Tu seras un homme féministe mon fils, Aurélia Blanc (2018)
Prendre le problème à la racine. Depuis des décennies, on ne cesse de réfléchir sur le sens de la féminité, sur l’éducation des filles, que l’on veut voir fières et émancipées ; on lutte à l’école, dans la rue, dans les familles, pour leur donner les mêmes chances qu’aux garçons. Mais on continue pourtant d’élever ces messieurs dans le même moule qu’avant, comme si on pouvait déconstruire le sexisme sans s’interroger sur la masculinité ! C’est donc dans cet objectif – d’humanité plus apaisée et plus égalitaire – que la journaliste Aurélia Blanc s’est efforcée de démanteler les idées reçues qui entourent l’éducation « virile » et « macho » des garçons : non, les cerveaux des garçons et des filles ne sont pas « câblés » différemment, non jouer à la poupée ne « rend » pas un garçon gay, oui, les garçons ont le droit de pleurer et cela n’en fera pas moins des hommes et non, il n’existe pas de « trucs de filles ». Tu vois Élise, encore une fois tu es d’accord avec tout cela. Et je sais que ton fils, si tu en as un, sera féministe.
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Bad féminist, Roxane Gay, (2014)
Je te connais, c’est le livre par lequel tu vas vouloir commencer. Pourquoi ? Parce qu’il revendique un féminisme décomplexé, bien loin des plaidoyers dont tu as horreur, et qui, « racontent tous la même chose », selon toi. Ici, l’écrivaine Roxane Gay, lassée des prises de positions parfois trop clivantes de certaines organisations féministes, rappelle que la défense de l’égalité des sexes ne dispensent pas d’assumer ses contradictions. On peut aimer la télé-réalité, être fan de rose, entrer régulièrement en guerre contre ses poils et aimer chanter brailler sur du R&B sexiste, tout en étant profondément féministe. Tu vois, je savais que ça te plairait. Bonne lecture Élise !
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