Logo

Entrevue

Elise Lucet : « Le journalisme de bocal, je n’y crois pas du tout »

On l'a interviewée sur son métier de journaliste et sur son dernier « Cash Investigation ».

D’où vous vient ce goût pour le journalisme ? Vous aspiriez pourtant à devenir vulcanologue, il me semble…

Quel est le secret que vous avez réussi à révéler avec votre équipe dont vous êtes le plus fier ?

Je ne suis pas trop dans l’autocélébration, même si je suis fière du travail diffusé à l’antenne. Le secret le plus intéressant est toujours le prochain, celui qu’il faudra aller déterrer en équipe. On n’est jamais un.e bon.ne journaliste d’investigation seul.e. Il faut s’entourer d’une équipe pour aller chercher les informations que certains veulent garder cachées, et les révéler au grand public.

Pouvez-vous évoquer les sujets sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

Pensez-vous à des sujets sur lesquels vous ne travaillerez absolument pas, ou tout sujet est bon à prendre ?

On ne s’interdit rien, tout est possible. Après, il y a des sujets qui ne valent pas une émission et tant mieux je dois dire, cela signifie que certaines choses fonctionnent correctement.

Quel regard portez-vous sur le journalisme d’investigation actuel ?

Au moment où on a créé l’émission Pièces à conviction, il y avait très peu d’investigation en France, encore moins en télé. Aujourd’hui il y en a beaucoup et c’est très stimulant et encourageant. L’investigation est devenue quelque chose de populaire, au sens propre et positif du terme. Il y a un réel appétit du public pour ce type de journalisme de fond.

Quelque chose à pointer du doigt dans votre métier ?

Le journalisme est en crise depuis plusieurs années, comment réinventer celui de demain ? Par le journalisme dit citoyen ancré sur un territoire ? Par le journalisme d’investigation exercé par des chercheurs et journalistes (Bellingcat) ?

Vous arrive-t-il parfois d’être à bout de souffle ?

Est-ce que la crise sanitaire a impacté votre façon de voir et de pratiquer le journalisme ?

Elle a impacté tout le monde, donc bien sûr qu’elle nous a aussi impacté. Le journalisme est un métier de contact, le plus difficile a été de devoir effectuer des interviews par visio et de ne plus pouvoir se rendre sur le terrain pour interpeller le PDG d’une entreprise par exemple. Mais je ne vais pas me plaindre, d’autres personnes ont vraiment vécu des situations plus difficiles.

En tant que femme, avez-vous déjà ressenti et/ou vécu du sexisme dans le milieu du journalisme ?

Comment arrivez-vous à garder votre sang-froid lors d’interviews face à des interlocuteurs qui déroulent leur communication bien huilée ?

Justement, vous incarnez une image inébranlable qui ne plie face à rien, ni personne. J’aurais aimé savoir quelle est votre peur ?

La véritable peur dans mon métier est celle de se planter et de délivrer une fausse information. Nous avons un vrai sens de responsabilité vis-à-vis des personnes qui nous regardent et qui nous font pleinement confiance, donc il ne faut pas les décevoir. Alors on vérifie, on survérifie, on re-survérifie les informations mais l’être humain peut être faillible. Sinon je n’ai pas spécialement de peur, sauf peut-être des chiens méchants…

Quels sont les médias que vous aimez suivre ?

Il y en a beaucoup : Les Jours, Médiapart, Disclose, Society, M le Magazine du Monde. Je suis aussi complètement dingue de Quotidien. Je trouve qu’un journaliste ne doit pas perdre ce lien avec le quotidien des gens donc je regarde des JT, j’écoute beaucoup la radio et je ne rate quasiment aucun 20h de France 2.

Pour le dernier Cash Investigation, Elise Lucet et son équipe ont enquêté pendant un an et demi sur les fameuses « données personnelles ». L’enquête est disponible en replay sur la plateforme France TV. On en a profité pour lui poser quelques questions sur la manière dont elle a pris l’habitude de protéger ses données, justement.

Comment faites-vous concrètement pour protéger vos données personnelles ?

Comment les bloquer ?

Il y a des applis mais c’est un tel enjeu… Vous imaginez bien que les gens qui se font des milliards d’euros sur la récupération des données n’ont pas très envie que ces apps voient le jour. Ça ne veut pas dire qu’elles ne verront pas le jour mais ce ne sera pas simple et elles n’auront pas beaucoup de publicités.

Est-ce que vous les utiliseriez ces apps ?

Pensez-vous que vos données soient plus convoitées parce que vous êtes un personnage public ?

Même pas ! Ce qu’ils veulent c’est juste avoir un maximum de données pour pouvoir faire de la randomisation, c’est à dire agglomérer des données pour ensuite les revendre. Je ne suis pas persuadée qu’un personnage public court plus de danger que n’importe qui. Chacun d’entre nous représente une partie du gâteau : une miette, certes, mais sans miettes, il n’y a pas de gâteau !

Et en tant que journaliste, vous vous y prenez comment pour protéger vos données ?

Vous avez plusieurs téléphones ?

J’en ai eu 3 mais je n’en ai plus qu’un maintenant. Je fais de plus en plus attention à ce que je dis et à ce que j’écris en fait. Et il y a certaines choses que je garde là (ndlr, elle montre son crâne), entre moi et moi. Là, personne ne peut rentrer, personne ne peut vous piquer vos données !

Quels conseils donneriez-vous aux plus jeunes pour préserver leurs données personnelles ?

Publicité
Publicité