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Des fois, je m’imagine gagner un lip-sync dans une saison de RuPaul’s Drag Race All Stars. J’aurais emprunté le liquid paper de BenDeLaCreme pour trafiquer mon lipstick. « Which queen have you chosen to get the chop? » me demanderait RuPaul. « Sashay, away », que je lui répondrais en dévoilant son propre nom.
Parce que non, RuPaul n’est pas nécessaire à Drag Race. Et parfois, je me dis que sa présence n’est carrément pas (plus) souhaitable.
« As-tu vraiment osé? » C’est ce que je me suis dit il y a quelques semaines, durant la finale de la douzième saison. Déjà qu’elle ne se prend pas pour de la merde, elle poussait l’hypocrisie jusque là. Pour une deuxième émission cons écutive, RuPaul couvrait son visage avec un masque. Pas de maquillage, pas de robe, pas de perruque, pas d’effort. Juste un masque.
Non, RuPaul n’est pas nécessaire à Drag Race.
Pour l’épisode Reunion, ça passait, considérant que la vedette ne se présente jamais en drag durant cette « heure de vérité ». Mais pour la grande finale, vraiment? Pourtant, les 12 queens de la saison s’étaient toutes démerdées, chez elles, en confinement, pour respecter leurs standards habituels et, dans le cas des trois finalistes, offrir un spectacle aussi potable que possible, sans la puissante machine télé habituelle.
Pendant ce temps, l’animatrice menait le bal avec un look pourri digne d’El Zorro. Certains fans ont émis l’hypothèse qu’elle avait des cicatrices post-chirurgie esthétique (ah oui? Ta clinique était ouverte pendant la crise?). Mais la majorité pointait plutôt le fait qu’elle a l’habitude de se faire maquiller par Raven (concurrente de la saison 2 et All Stars 1) et coiffer par Delta Work (saison 3). Or, en situation de confinement, RuPaul devait se débrouiller avec les moyens du bord. Et elle a préféré ne pas s’arranger, justement. Pourquoi se forcer? L’argent rentre quand même.
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Après plus de 10 ans à critiquer des drag queens à propos de leurs maquillages, looks, humour, talents en couture, « padding », professionnalisme… la voilà qui ne daignait même pas faire le minimum. Comme elle le dirait elle-même: « You betta werk » ! Entre le gros égo, la paresse ou le profond manque d’éthique, mon cœur balance.
Et en la matière, ce n’est pas la première fois que Mama Ru me déçoit.
Déjà, j’ai toujours été agacé par les rôles qu’elle joue dans la production de Drag Race. Productrice exécutive et animatrice, ça va. Mais d’être à la fois mentor et juge, ça crie le conflit d’intérêts. C’est comme si un coach de plongeon se retrouvait à juger une compétition olympique à laquelle participent ses poulains. Et c’est pire encore quand l’individu a un pouvoir 100% discrétionnaire pour l’élimination. « I’ve made my decision » ne témoigne d’aucun processus de consultation de ses squirrel friends.
Être à la fois mentor et juge, ça crie le conflit d’intérêts. C’est comme si un coach de plongeon se retrouvait à juger une compétition olympique à laquelle participent ses poulains.
C’est sans compter que son empire détient en quelque sorte le monopole de la culture drag. Ru impose sa propre version (plutôt limitée) d’une culture qui est pourtant tellement plus riche – si vous avez la chance de découvrir The Boulet Brothers’ Dragula, vous aurez accès à des artistes d’un tout autre acabit! Ainsi, les queens qui réussissent dans l’industrie sont celles qui sont passées par la grosse machine à RuPaul parce qu’elles correspondaient à ses critères. On se souviendra que la star se fait souvent critiquer, notamment, pour sa tendance à exclure les personnes trans de la compétition.
Avez-vous remarqué qu’elle n’invite jamais d’autres queens sur le panel de juges? Résultat: sa parole est loi. Pourquoi ne pas laisser différentes voix définir cet art si, à la base, il s’agit d’une culture basée sur la volonté de ne pas entrer dans un moule?
Toujours sur le plan éthique, on ne pourrait passer sous silence sa tendance à exploiter sans pudeur chaque ramification de son empire. Ses chansons, son DragCon, son podcast, sa tournée Werk The World… La culture drag se limite-t-elle à ce que RuPaul produit? Pourquoi ne pas profiter de cette puissante tribune pour offrir quelques fenêtres sur autres choses?
« With great power comes great responsibility », dit toujours RuPaul quand une All Star doit éliminer une queen en danger. Mais que fait-elle de son pouvoir, elle?
C’est là le noeud du problème. Quand tu réussis à amener une sous-culture au statut de phénomène culturel populaire, tu as une lourde responsabilité sur les épaules et tu ne peux moralement te contenter d’encaisser l’argent, bien emmitouflé dans ton propre nombril. Et encore plus quand tu joues avec des carrières.
Le concept de Drag Race est d’une efficacité épatante. Le show est ultra formaté et même si la formule n’évolue pas, l’audience continue de grandir.
Le concept de Drag Race est d’une efficacité épatante. Le show est ultra formaté et même si la formule n’évolue pas, l’audience continue de grandir. L’émission dévoile la complexité de l’art du drag, démarginalise cette culture et nous fait découvrir des talents absolument exceptionnels! Qu’on me comprenne bien: je suis fan. Cela dit, je suis d’avis que la valeur du show serait rehaussée si on reconsidérait le rôle de RuPaul – sans parler de ses grandes leçons de vie à deux balles que les concurrentes boivent comme du petit jus pendant que je roule des yeux en vomissant par les oreilles.
RuPaul: « I’m sorry my dear but you are up for elimination. »