Ville de la semaine : Courchevel

Loin des pauvres, proche du ciel

Courchevel. Station iconique des Alpes, hissée au coeur du domaine des 3 Vallées. Courchevel ou la 2ème capitale de la Russie. Courchevel ou la station qui ferait vriller PETA à chaque coin de rue, ton banquier à chaque verre en terrasse ou ton corps d’athlète après 2 jours sur place (cuisine savoyarde oblige).

Courchevel c’est un sacré spectacle, c’est un peu le Vegas des neiges. Il s’y passe des choses que tu ne pourrais voir ailleurs. “What happens in Courchevel stays in Courchevel.” C’est le deal. Toutes ces choses un peu folles sorties du contexte, mais qui, une fois le cap de l’altitude franchi s’accordent parfaitement avec le décor. Entre talons aiguilles, manteaux de fourrure et BMW sur glace. 

J’ai la chance d’avoir deux grands-parents qui, amoureux de nature et de pâtures, ont investi il y a des dizaines d’années dans une petite étable à la sortie d’une jolie forêt de sapins. Une grange en bois, adossée contre la pente d’une prairie alpine. Vrai petit coin de paradis dont on taira le nom, pour garder l’authenticité et la magie du lieu. Bref, tout cela pour dire que j’y suis fourré tous les week-ends depuis 22 ans. J’ai eu le temps d’en voir des choses.

Courchevel, Acte II, scène III.

La pharmacienne à une cliente régulière: “La mairie nous a viré le trottoir chauffant, je suis obligée de déneiger à la pelle tous les matins, tu te rends compte?”

Le voisin à ma grand-mère: “Oui, c’est un Russe qui a commandé le Cirque du soleil pour son anniversaire, du coup la veille il a invité tous les enfants de la station pour les répétitions, gratos” 

Un agent immobilier à une amie sur la croisette: “Non, la visite n’a pas conclu. La piscine intérieure est à refaire. Il n’y a pas d’ascenseur. Puis l’altiport est trop loin et il doit pouvoir rejoindre Monaco en peu de temps.” 

Comme toute ville de France qui se respecte, il y a un minimum de vocabulaire à maîtriser afin de ne pas passer pour le touriste en vadrouille. Déjà on ne va pas à Courchevel, “on monte à Courchevel”. Et puis d’ailleurs on ne monte pas à Courchevel mais à Courch. Obviously. 

À Courchevel, il y a 4 niveaux de stations. 1300, 1550, 1650 et 1850. Ou la version absolument littérale de l’échelle sociale. 1850 c’est un peu le haut du récif. Notre Beverly Hills local. Monter à 1850 c’est un vrai exercice de sociologie humaine. D’ailleurs prononcé “dix-huit” ou “dix-huit cinquante” par les initiés. 

Courchevel c’est le bling. Courchevel c’est la fête. Mais pas que, loin de là. Courchevel c’est aussi et avant tout une station incroyable, un domaine skiable absolument fou, magnifique, des kilomètres de randonnées sauvages et j’en passe. 

Si tu te sens l’âme d’un clubber bling, que tu rêves de poser ton Moët aux caves de 1850, ou si ton trip c’est plus la randonnée en raquettes après une partie de Monopoly au coin du feu: tu as toutes les raisons de venir y faire un tour.

On va te convaincre en 10 étapes.

Les bains chauds de l’aquamotion

Tout fraîchement sorti de terre, énorme complexe aquatique qui vaut le détour. Saunas, hammams, grotte salée, silencium, caldarium. C’est quasi le prix d’un forfait de ski. Sans les courbatures et les lèvres gercées. Personnellement j’ai fait mon choix.

La piste des indiens

Un incontournable de la vallée de 1650. Les officiels sont convaincus que, «ce n’est plus comme avant ». C’est vrai. Il me semble que le tipi de Loup Gris est toujours là? Mais je crois qu’il n’est plus possible d’y entrer pour fumer le calumet de la paix avec lui (je vous jure, ce n’est pas une blague). 

Le festival international d’art pyrotechnique

J’ai une étrange fascination pour les feux d’artifice. Je ne vous explique pas mon bonheur cet été à Montréal. Mais là, autant vous dire, il y a aussi du niveau! A l’inverse de Montréal, le long du St Laurent, une bière à la main, ce festival là, c’est en doudoune et boots qu’il a lieu, à plus de 1000 mètres d’altitude. Bonus: le vin chaud est offert par la station.

Le chocolat chaud du Bel air

Moins bling que certaines terrasses de 1800, plus convivial et le chocolat viennois est à tomber. Pour les moins sportifs, on peut profiter de la montée en oeufs (forfait piéton) et rejoindre les skieurs pour le déjeuner en terrasse. Testé et plus qu’approuvé. Le proprio, Christophe, se fera un plaisir de vous accueillir, comme à la maison. Un vrai de vrai de la vallée.

Le bleu turquoise de la rosière

Un lieu magique! Plutôt en été si on veut voir l’eau… Duuhhh. On peut même enchaîner sur la randonnée des crêtes à couper le souffle. La montée est rude mais impossible de le regretter. Pour les randonneurs, tout est détaillé sur le site de la station. Il y a de quoi se faire vraiment plaisir. Il y a aussi plein de via ferratas! ++ pour celle de la cascade de la fraîche.

La fondue du petit savoyard

Incontournable de la gastronomie savoyarde. Impossible de la louper celle-ci. Le cadre est ultra chaleureux, et la fondue est magique. Bien sûr, on demandera à casser un oeuf dans le fond du caquelon à la fin. 

Les soirées live du Funky Fox

LE bar de 1650. Voire LE bar de Courchevel. Fréquenté majoritairement par des Anglais, on y retrouve volontiers l’ambiance des pubs. Il y a souvent des concerts live de groupes Indés qui sont fous. C’est aussi le RDV des monos de la station, entre nous. De quoi réaliser quelques fantasmes…

L’art contemporain 

Partout, tout le temps. Tous les ans, « l’art au sommet » expose sur les pistes. JonOne et Orlinski cette année.  Il y a aussi de belles galeries à 1850. Oui, à Courchevel, on aime l’art, et ça se ressent. Mais on n’a jamais dit l’art du bon goût. ++ Si tu aimes le kitsch!

Les webcams de la station

Il y en a 3, qui tournent toutes les 15 minutes. Dont une à la sortie du télésiège, difficile à choper. Tout est question de timing. Il faut le prendre au bon moment. Genre 7 minutes avant pile, 15, 30 ou 45. Je ne sais pas pourquoi, c’est devenu un défi familial de se retrouver sur ces webcams. 

La piste de luge de 1850

La remontée en oeufs est gratuite pour les piétons (et les luges) à la fin de la journée. Importance cruciale de louer des luges de compétitions avec freins. J’insiste sur le caractère vital des freins. Question de survie. On oublie d’office les luges de type « pelle » achetées chez Décath la veille. Piste qui part de 1850 et descend jusqu’à 1550. Conseil d’ami: ne monte jamais devant. Conseil pour la personne de derrière: ne mets jamais les pieds. Dans le doute, ne monte jamais devant. 

En écrivant cet article, il y a 2 souvenirs d’enfance qui me sont revenus. Je me sens obligé de les partager, sans vraiment savoir pourquoi.

Le premier. J’ai 5 ans, cet âge où tu t’enfuies un peu tout le temps, partout sans t’en rendre compte. Mes parents décident de me prendre entre 6 yeux dans les oeufs. “Tu sais Owen, faut que tu arrêtes de fuir sans nous prévenir. Ça peut être dangereux, tu pourrais tomber sur quelqu’un de louche et mal intentionné”. Je découvre le concept de kidnapping qui m’inquiète soudainement assez sérieusement. On sort des oeufs. Première piste de la journée (celle des Indiens dont nous parlions plus haut). Owen, 5 ans, living his best life, coupant la piste comme pas permis. D’un coup, je ne sens plus mes jambes. Je vole. Je n’ai pas encore fumé le calumet de la paix avec Loup Gris, un inconnu en snowboard m’a chopé à la volée. C’est qui lui? Je hurle, je me débats, persuadé que: Oh. Mon. Dieu. Ça y est. Je suis en train de me faire kidnapper (tu sens le drama kid déjà?) Le snowboarder panique, s’arrête, me jette plus loin. “Eh oh, calme toi. T’as coupé la piste d’un coup, j’allais te percuter, j’ai préféré t’attraper pour ne pas te faire mal.” “Oups. My bad.”

Le deuxième. Patinoire du forum, 1850. J’ai 10 ans. Je ne me sens plus péter car j’ai pris 3 cours de patinage artistique le mois d’avant. La glace vient d’être lavée, je m’élance, prêt à dévoiler l’ensemble de mes compétences au grand public. Premier virage, je trébuche, (les patins n’étaient pas à ma taille) je n’ai pas le réflexe de sortir les mains. Dans la panique je me mets à crier (bouche ouverte, donc). Scrat? L’âge de glace? Je revois encore mes deux petites traces de dents dans la glace. Je suis resté 5 minutes face contre terre, les dents coincées dans -40 degrés. J’ai cru perdre mes 2 incisives. L’une d’entre elle est quand même un peu fendue, à jamais, celle de gauche.

Voilà. Pas grand intérêt ces anecdotes, vous me direz. Mais c’est comme si on se connaissait un peu mieux maintenant. On se retrouve à Courch?

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