Quel honneur, quel privilège, quel exercice passionnant de pouvoir dédier une telle tribune au village de son enfance. Carte blanche sur la déclaration d’amour pittoresque. Voyage dans le temps. Passage par la case départ obligatoire, le décor faisant partie intégrante de l’histoire. Et dans un sens, quelle pression… L’insignifiance d’un point de vue singulier contre des années et une multitude d’histoires troublantes. Trouver des mots pour tout ça. Tenter d’apporter un point de vue objectif sur une telle charge émotionnelle… c’est impossible. S’il y a une chose que cet article ne sera pas, c’est objectif.
Et puis qu’on se le dise, les nouvelles circulent vite, très vite à Chazay et ce n’est pas comme si la moitié du village était en train de me lire, là, en ce moment. Genre sur le marché: «T’as vu l’article du fils Barrow? Sur Chazay là?» Mais bon, Kamini l’a bien fait pour Marly-Gaumont, alors allons-y.
Chazay fait partie de ces bourgades de France qui n’ont pas ou encore que trop peu été écrites, décrites, chantées, montrées, desquelles on pourrait volontiers passer à côté si l’on n’avait pas la curiosité de s’y poser un instant. De retour à Chazay pour ces quelques semaines de confinement, je me le répète, une fois de plus: quel bonheur d’être ici. On s’y sent bien, c’est un peu la dolce vita à la française, les vacances à l’année longue. Et puis promis, c’est la première et dernière fois qu’on parle de COVID ici.
On va faire ça bien et on va essayer de ne rien oublier. J’aimerais vous emmener un par un, vous montrer tous les petits recoins du village, vous faire revenir plusieurs fois dans l’année afin d’apprécier les meilleures périodes, les événements incontournables, mais ça va être compliqué. Alors suivez le guide et vivez la visite, à votre rythme.
Pour commencer: il est important de se rendre compte de la charge historique de ce petit village. Il y a donc 3 options qui s’offrent à vous.
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La légende du “Baboin”
Cette histoire est folle, complètement folle. Pour tout savoir sur la légende, il y a un tour ultra cool et complètement guidé à faire, mais absolument inaccessible aux mobilités réduites, en revanche… Ou alors il faut zapper l’étape des remparts dont les escaliers donnent le vertige. On peut commencer au pied de l’église et suivre les panneaux. C’est vraiment bien fait, très clair, c’est une chouette balade. D’ailleurs, qu’est ce qu’elle est belle cette église, allez jeter un coup d’oeil aux vitraux…
En attendant, je vous donne un aperçu. Pendant la guerre de Cent Ans, il y avait une fête sur la place du village pour fêter les vendanges. Déjà à l’époque, on savait fêter. Tout se passait bien et les 3/4 du village devaient être drunk AF, quand soudainement, un incendie se déclara dans la maison du sire de Chatillon. La châtelaine et la fille, prises au piège dans la tourelle, sont en panique. *Dramatic Music* C’est sans compter sur le courage incroyable du “baboin”, saltimbanque, acrobate déguisé en ours (c’est la où on se dit que le beaujolais nouveau a sûrement entâché un peu quelques parties de l’histoire) qui enfila sa peau, monta sauver les 2 femmes. Il fut alors anobli et le seigneur lui accorda la main de sa fille. Depuis, le baboin, qui se souvient quand même d’où il vient (de saltimbanque à chevalier mais il n’oublie pas ses racines, chouette type) offre une dote à toutes les jeunes filles pauvres de Chazay. D’où le «célèbre» dicton chazéen: «Toutes les filles qui n’ont pas vu le baboin, oncque mari ne trouveront point » Bon, pour l’aspect féministe de l’histoire on repassera. Mais c’est quand même une cool légende, allez voir cette tourelle.
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On enchaîne avec les remparts, le pigeonnier et la porte du baboin. Là encore, sacrée histoire… Milieu du 19ème, le conseil municipal de Chazay décide le remplacement de la statue en bois du baboin: deux conseillers sont envoyés à Lyon pour en racheter une. Arrêt obligatoire par un petit bouchon lyonnais, déjeuner bien bien arrosé, bien sûr. Et là, c’est le drame: ils achètent la première chose qu’ils trouvent, une cible en fonte représentant un soldat romain. Absolument pas médiéval, rien à voir avec le baboin mais qu’importe, c’est ainsi qu’un centurion romain fut installé en grande pompe sur la porte.
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Le musée de Chazay
C’est l’endroit idéal pour tout savoir sur l’héraldique, la science du blason, la seigneurie des abbés d’Ainay et impressionner vos potes en soirée, rencontrer l’équipe de passionné.e.s des ami.e.s du vieux Chazay, avec un peu de chance essayer une armure ET si le temps le permet, monter en haut de la tour. Ça vaut le détour… Panorama incroyable sur la région.
La fête médiévale
Il ne faut pas se louper sur le créneau car ça n’arrive pas tous les ans! C’est un peu l’équivalent médiéval de l’année bissextile. Mais quand ça arrive, c’est la folie. Combats de chevaliers, cérémonies d’adoubements: l’occasion de revivre la légende du baboin version live et grandeur nature. Une sorte de puy du fou chazéen.
Après tout cela, si l’on maîtrise désormais l’histoire de Chazay, que la seigneurie des abbés d’Ainay n’est d’aucun mystère pour nous, et qu’on sait parfaitement ce que veut dire «de gueules au besant d’argent mis au canton dextre de la pointe», c’est qu’on est parés pour la suite. À Chazay, on fait la fête, et on adore ça. Encore une fois, plusieurs options sont possibles…
Les conscrits
Grosse influence de Villefranche sur Saône qui fait de Chazay d’Azergues une ville de “conscrits” particulièrement animée. A tel point que le mot fait partie intégrante du parler chazéen. Je vous explique: on n’est pas né la même année que son voisin, on est “conscrit” avec son voisin. «On est de la classe en 5» signifie qu’on est nés en 1965, 1975, 1985, 1995, etc. Durant un week-end, les défilés des classes et l’open bar sur la place du village, c’est la folie…
Le beaujolais nouveau
Tous les ans sans exception, on fête le… beaujolais nouveau. On déguste, on boit, on danse, on chante. On fait le tour des caves de la région, et on est fiers, très fiers, et on affirme, haut et fort, partout où l’on va que « CE N’EST PAS DE LA PIQUETTE ».
Les vendanges musicales
Vous allez commencer à croire que tout tourne autour du vin. Oui, bon, d’accord, presque. Mais pas que. En tout cas! Ce n’est pas à Chazay mais à Charnay, magnifique village en pierres dorées, tout proche. Festival de musique qui a lieu tous les mois de septembre, avec une programmation incroyable, un caractère intimiste: ambiance fête de village. D’ailleurs, les pierres dorées, on n’en a pas encore parlé. Cette roche, propre à la région, dont sont faits la plupart des bâtiments: une roche proche de l’ocre, qui, par de belles journées ensoleillées donne à la région des airs de Toscane.
Tant qu’à profiter de Chazay, de son histoire et de sa festivité, autant profiter du cadre de vie. On prend l’air, on inspire et on apprécie.
Le marché du jeudi / samedi
Bon alors là, c’est mon coeur qui parle, mais c’est surement le paragraphe le plus objectif de cet article: LES MEILLEURS PRODUITS DE LA REGION sont là-bas. Pour assumer pleinement le côté bobo de Chazay, on s’y rend à vélo et pas trop tôt. Un vrai air de vacances, on s’y retrouve avec les amis, et on fait directement le plein pour le BBQ du midi.
Les balades
Dans les vignes ou aux bords de l’Azergues, on monte jusqu’a Saint-Jean-des-Vignes pour avoir une vue magnifique sur Chazay, ses deux clochers, et sur le Mont Blanc les jours les plus dégagés. On passe par Charnay, Belmont et le musée des pierres folles. Pléthore d’itinéraires à suivre, tout est balisé, et dans le doute, on s’aventure dans les sentiers environnants. Pour les plus sportifs: il y a la possibilité de découvrir tous les villages alentours grâce à la course des 9 clochers, il faut aimer le dénivelé, en revanche…
Aller faire un tour à Lyon
Quand même, on a beau être chauvin: Lyon est une ville qui vaut le détour. Mais je ne m’aventure pas sur ce sujet, vous avez tous les bons plans nécessaires ici. Mieux que le petit paumé.
En me relisant avant de conclure, je me rends finalement compte que cet article est assez objectif. Peut-être trop même. Mince. J’aurais pu vous parler des mes pique-niques dans les vignes, des matchs de basket du samedi, des après-midis à la déchèterie, de la fois où j’ai enlevé les petites roues de mon vélo, sur la place du marché, ou de celle où je jouais à cache-cache avec ma grand-mère route Saint-Antoine. J’aurais pu vous parler de mon brevet de français au collège Alexis Kandelaft, de ma première représentation de théâtre salle Jeanne d’Arc, ma première soirée route de Villefranche ou mon premier film d’horreur rue des Varennes…
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Aujourd’hui, c’est la tempête dehors. (J’ai dit que je ne parlais plus de covid dans ce papier, alors entendez ce que vous voulez par « tempête »). Mais j’ai l’impression, qu’ici, rien ne peut nous atteindre, sur notre colline. On parle beaucoup du syndrome de la cabane en ce moment. Je réalise maintenant que le baboin et ses ancêtres nous ont planté les fondations d’une jolie cabane. Dorénavant, les remparts ne sont plus que symboliques, mais cela suffit. Ouverture des rideaux, trois coups: Chazay est alors le théâtre d’histoires subjectives et singulières, dans de jolies cabanes en pierres dorées.