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Touchés en plein coeur par le spectacle 37 heures
Camille, adolescente des années 2000, va croiser le pire sur son chemin. Victime d’abus sexuels, il lui faudra des années avant de réaliser, comprendre et faire le deuil (du moins essayer) de ce traumatisme. C’est seulement à l’âge adulte que cet épisode remonte à la surface et qu’elle décide porter plainte. En dénonçant les violences, ce seul en scène subtil met en lumière les mécanismes post-traumatiques et pointe du doigt la justice et les difficultés innommables auxquelles sont confrontées les victimes de VSS. Elsa Adroguer nous prend aux tripes provoquant inéluctablement chez le spectateur la révolte, les frissons, les rires, les larmes et le dégoût.
Bonjour Elsa, votre spectacle s’appelle 37h alors qu’il ne dure pas du tout 37 heures. Pourquoi ce titre ?
37 heures, c’est le nombre d’heures que Camille passe en voiture, seule avec son moniteur d’auto-école en conduite accompagnée. 37 heures pour que l’emprise s’installe, heure après heure. 37 heures décisives qui vont changer le cours de sa vie entière.
(Mais bien sûr oui, je vous rassure le spectateur ne sera pas en conduite accompagnée durant 37 heures pendant le spectacle ! La magie de l’écriture et du théâtre c’est de pouvoir faire des ellipses et des sauts dans le temps…)
Vous êtes comédienne, auteure et metteuse en scène, et vous avez également un diplôme d’art thérapie, c’est quoi le concept ? Est-ce que ça a influencé dans la construction de votre spectacle ?
J’ai travaillé pendant 22 ans pour un CDN (Centre Dramatique National) en tant que comédienne intervenante et j’ai passé ce diplôme Universitaire à la fac de médecine en parallèle après des études de lettres. D’abord parce que mes parents ne voulaient pas que je sois juste comédienne (c’était pas un vrai métier pour eux, il fallait faire des études) et aussi parce que je suis vite devenue le “Robin des Bois” des intervenant.es de théâtre du CDN où je travaillais. J’allais partout où les autres ne voulaient pas trop aller : en prison, dans les camps des gens du voyage, en hôpital de jour, en maison familiale, auprès de personnes en situation de handicap etc… Et en faisant du théâtre avec des publics présentant toutes les difficultés du monde, sociales, physiques ou psychiques, j’ai eu envie de comprendre comment fonctionne l’Art sur les mécanismes humains. Comment il peut s’avérer vertueux et salvateur même parfois.
Je n’ai jamais exercé en tant qu’art-thérapeute, je suis devenue comédienne et intervenante à temps plein, mais il est évident que cette expérience et cette formation ont façonné un bout de ma personnalité “artistique”. J’ai mis du temps à l’assumer, mais aujourd’hui ce qui m’intéresse c’est le monde des émotions, l’humain et sa “petite” histoire qui vient raconter la grande. On le retrouve bien sûr dans 37 heures.
Vous jouez plein de personnages (l’agresseur, la mère, l’endocrinologue, l’avocate, les policiers…) : comment ces interprétations vous ont aidées à mettre en lumière le drame vécu par le personnage Camille ?
C’est justement ça… mettre en lumière le drame en trouvant de la lumière dans l’interprétation de ces personnages, y compris en passant par la comédie, parce que cela souligne l’absurdité des comportements face au drame.
Si les mots sont sortis du réel, l’interprétation, elle, a fait l’objet de choix pour chacun.e de ces personnages. Il y en a des burlesques, par exemple le banquier, le flic (un espèce de super héros de type Bruce Willis) et d’autres plus subtils, ambivalents et manipulants comme Christian, le moniteur.
Ces personnages, beaucoup de gens s’y retrouvent.
Comment on fait pour écrire quelque chose de drôle sur un sujet qui ne l’est pas du tout ?
Je crois que dans la vie, le drame et la légèreté ne sont pas dissociés. On vit un drame et en même temps faut faire ses courses et on s’effondre parce qu’on a raté son gâteau et on rit d’une situation absurde même si c’est pendant des obsèques. La vie quoi.
C’est mon endroit d’écriture préféré et de jeu le plus jubilatoire : ces petits détails de l’histoire qui appartiennent à chacun.e et qui sont parfois franchement drôles, beaux et tendres.
Et s’il y a de la poésie dans mon écriture, c’est la poésie de tous ces détails.
Et je crois aussi que c’est nécessaire dans ce spectacle pour faire respirer les spectateur.ices.
Comment les spectateurs réagissent-ils à votre seule en scène ? Avez-vous eu des retours auxquels vous ne vous attendiez pas ?
En vérité, la réaction du public depuis 5 ans est incroyable. Les gens sont “scotchés”, “c’est une claque ce spectacle et ce texte”…voilà ce qui ressort tout le temps. C’est difficile de le dire avec humilité mais c’est la vérité. Ce sont les retours que j’ai tout le temps. Les gens passent par toutes les émotions dans ce spectacle parce que tout simplement, ils et elles s’attachent terriblement au personnage de Camille. Cette jeune fille de 16 ans, avec ses p’tits trucs à elle, typique de l’ado mal dans sa peau qui n’est pas en capacité de voir venir le drame et puis à la femme qu’elle devient avec toutes ses galères pour s’en sortir. Il y a aussi beaucoup de gens qui me disent qu’ils comprennent des choses par ce spectacle dans leur chair, notamment sur ce qu’est exactement l’emprise, la sidération ou la mémoire traumatique.
La chose à laquelle je ne m’attendais pas c’est le nombre de jeunes filles qui m’ont écrit sur Instagram pour me remercier et me dire qu’elles s’étaient identifiées totalement à Camille. Je croyais être une vieille avec mes références des années 90- 2000. Je ne savais pas du tout si ça allait marcher sur la jeunesse.
Et puis enfin et surtout, le nombre de victimes qui m’ont attendu.es à la sortie du spectacle pour me raconter leurs histoires. Parfois une file indienne. Surtout quand je dédicaçais le livre à la fin.
Je connaissais les chiffres, mais là quand il y a un visage, un nom et une histoire à chaque fois différente en face, ” moi c’était avec tonton”, ” moi avec mon éducateur sportif” etc…. J’ai pris conscience de l’ampleur du fléau que représentent les violences sexuelles.
En tournée dans toute la France depuis 2021, elle pose ses valises à La Scala Paris jusqu’au 28 mars 2026 .
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