.jpg)
« The Ultimatum: Queer Love » : enfin du drama pour toustes
Je n’ai pas l’habitude de regarder des émissions de téléréalité, à la différence de ma dulcinée qui a l’air d’avoir plusieurs doctorats en la matière. Elle est passionnée mais aussi sincèrement concernée par tout ce qui arrive à celles et ceux qui squattent son tout petit écran. C’est fascinant, surtout pour la (fausse) cynique que je suis, persuadée que tout est mis en scène et écrit à l’avance.
La semaine dernière, j’ai cru qu’elle allait faire un AVC en regardant les derniers épisodes de Vanderpump Rules : la regarder mater ce show est une émission en soi (perso, tout ce que je sais c’est que les candidat.e.s sont bouffis d’avoir passé trop de temps sous le bistouri, dans une ruche ou chez le dentiste – ou les trois à la fois – mais si vous voulez en savoir vraiment plus, lisez ça).
Bref, tout ça pour dire que lorsque la bande-annonce de « The Ultimatum: Queer Love » est sortie sur Netflix, j’ai vrillé. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu hâte de voir une émission de téléréalité. Enfin !! Il aura fallu attendre 2023 et mes 35 ans pour que ça arrive. Mieux vaut tard que jamais. J’ai eu la même sensation qu’en découvrant la bande-annonce du film La Répétition avec Emmanuelle Béart ou celle de The L Word (Carmennnnnnnnnn). « QUOI ? DES LESBIENNES ? AVEC D’AUTRES LESBIENNES ? ARRÊTEZ TOUT CE QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE FAIRE: ENFIN UN TRUC QUI ME PARLE ».
C’est triste mais j’envie parfois les âmes (queer ou non) plus flexibles que moi qui parviennent à s’intéresser réellement aux sempiternelles histoires d’amour ou de cul hétéros qu’on nous ressert à toutes les sauces depuis des millénaires. Je n’y arrive toujours pas. C’est comme si on me proposait en permanence un plat trop épicé alors que j’ai fait savoir, plusieurs fois, que je détestais les épices, quelles qu’elles soient. Au bout d’un moment, on s’abstient juste de consommer. C’est exactement ce que j’ai fait avec la majorité des programmes télévisés.
Ma dulcinée, docteure en téléréalité donc, me rappelle tout de même qu’il y a bien eu un show dans le genre en 2007 : A Shot at Love with Tila Tequila, un genre de Bachelor mais version bisexuelle avec 16 prétendants hétéros et 16 prétendantes lesbiennes, prêts à faire chavirer le coeur de Tila. Mais ça n’a pas duré et ce n’était pas si médiatisé que ça. « Et puis Tila Tequila est devenue folle entre temps, c’est dommage ! », me lance mon experte que je dérange pendant qu’elle regarde Below Deck (googlez vous-même).
« The Ultimatum: Queer Love » a touché mon petit coeur pour plusieurs raisons :
- La diversité des coupes de cheveux queer proposées (je sais enfin quoi montrer à mon coiffeur-barbier la prochaine fois que je le verrai)
- La diversité dans le casting des lesbiennes et personnes non-binaires sélectionnées : des masculines, des féminines, des whatever, etc. Il n’y a pas que des lesbiennes Quechua et il y en a vraiment pour tous les goûts.
- Le DRAMAAAAAA potentiel que ce joyeux bordel allait bien pouvoir générer… Que celle qui n’a pas vécu une adulescence lesbienne avec des moments d’amitiés-amoureuses absolument ingérables (physiquement et mentalement) mais ô combien vibrants me jette sa diva cup.
- L’impression que ça me concerne, que ces personnes me ressemblent, qu’on partage certaines réalités et certains questionnements existentiels. C’est peut-être un détail pour vous (maudits hétéros cis blancs pétés de thunes) mais pour nous (queer pauvres et poilu.e.s), ça veut dire beaucoup.
- Elles vont forcément nous faire penser à certaines de nos ex et on va pouvoir bitcher/se consoler en les comparant.
- Enfin autre chose que du true crime sur Netflix !
« It’s a shit show! »
Je dois avouer que, novice en matière de tv réalité, je n’avais pas compris l’entièreté du concept un peu tordu de l’émission avant de regarder le premier épisode : l’un.e est prêt.e pour le mariage, l’autre pas tellement… Elles décident donc de passer à l’action en participant à une émission de téléréalité en se lançant un ultimatum pour y voir plus clair : LOL. Ça parait aussi logique que de faire un enfant pour raviver la flamme au sein d’un couple déjà mort. Bref, le but de l’émission est simple: briser le couple à tout jamais, repartir célibataire ou trouver la perle rare grâce au show. Intense. « It’s a shit show ! », comme le résume bien Vanessa-la-reloue l’une des participantes.
C’est d’autant plus tordu que les protagonistes doivent rompre (symboliquement) avec leur “moitié” pour ensuite flirter avec les autres prétendantes sous le nez de leur ex… Disons que c’est le scénario idéal pour que tout le monde se crêpe le chignon/le rasé-dégradé, et pour rendre les spectateurs.trices accros. Tout est fait pour qu’on en redemande : les caméras over présentes, les effets de montage, les gros blancs qui rendent les moments encore plus gênants qu’ils ne le sont réellement (quoique), les verres en métal argenté qui font “cling-cling” (mais mal aux dents), la musique reloue qui extrapole nos émotions (“dramatic, overwhelming music playing”), les regards jaloux des ex qui se matent, les répliques cultes (« Elle a mis ma main sur son vagin !», « Veux-tu t’asseoir sur ma face ? », « Si tu n’acceptes pas mon chien, tu dégages ! » (ndlr: plus lesbien que ça, tu meurs.), et le fameux “U-Haul lesbian” ou “U-Haul syndrome” sur lequel toute l’émission repose. Si vous n’avez jamais entendu parler de cet étrange phénomène, LeaDelaria vous explique tout :
Show américain oblige, on retrouve évidemment cette obsession pour l’institution sacrée du mariage, c’est même le fil conducteur de l’émission. Et même si j’ai dit “oui pour le meilleur et pour le pire” à ma douce en 2015, je reconnais évidemment que le mariage n’est absolument pas une fin en soi et que ça ne peut pas convenir à tout le monde (idem pour les enfants). D’ailleurs, à plusieurs reprises, je me suis interrogée sur l’intérêt que telle ou telle personne participe à l’émission (j’essaie de ne pas spoiler mais si vous regardez l’émission, vous savez) : est-ce qu’elle a compris qu’elle participait à une émission où le mariage est roi ? Ou est-ce qu’elle a juste confondu le show avec le Dinah Shore ? Rien n’est moins sûr.
Quoiqu’il en soit, ça fait du bien de voir sur Netflix des personnes de la communauté queer discuter librement de leurs aspirations, de leurs envies, de leurs emmerdes, de leur vie tout simplement. Pour une fois qu’elles ne sont pas la touche exotique d’un programme hétéronormé, ça fait plaisir. Grâce à des conversations triviales et des peines de coeur random, « The Ultimate: Queer Love » a le mérite de rappeler qu’on est toustes dans le même bateau, queer ou non : on est des milliards d’humain.e.s bordéliques et chaotiques pris dans le tourbillon de la vie (vous l’avez dans la tête maintenant). Un petit pas pour la téléréalité, un grand pas pour la communauté queer.