.jpg.webp)

Si comme nous, votre temps d’écran ne baisse pas malgré la météo estivale, vous avez probablement vu passer le plus gros coup de com du moment, signé Sojasun, qui a décidé de troller ses plus grands détracteurs : les mascus. Le pitch : spécialiste de l’alimentation végétale, la marque bretonne a contacté les influenceurs masculinistes pour leur proposer d’être Soja Man, leur nouvelle égérie tout en protéines et alimentation respectueuse du bien-être animal. Le résultat : des hommes “virils” qui se sentent insultés dans leur masculinité parce qu’on leur a suggéré autre chose que de la viande. Mais avant tout chose, ça vient d’où cette obsession anti-soja chez les mascus ?
L’origine même du terme est assez floue : plusieurs influenceurs étasuniens de l’Alt-right comme Mike Cernovich ou James Allsup revendiquent l’invention de l’expression (un motif de fierté apparemment). Pour la bible Know your meme, le mot viendrait du site 4Chan en 2017 – assez toxique pour être régulièrement traité de poubelle du web – dont le forum a longtemps été le refuge des pires comportements racistes, misogynes, homophobes et on en passe.
Côté pop culture, la première occurrence référencée remonte à Kurt Cobain qui écrivait dans son journal intime publié post-mortem en 2002 “secoue toi homme soja”. Mais plus mainstream, le mot apparait aussi bien en 2008 dans le clip Ur so gay de Katy Perry que plus récemment dans la série Succession où le veule cousin Greg chouine après s’être fait traiter de soy boy.
Bref, le terme irrigue le web réac, les sphères virilistes et se fond dans la pop culture pour devenir une notion parapluie qui abrite les pires menaces des mascus : les gens faibles, les supposées carences en nutriments.
Parmi leurs arguments, l’hypothèse – largement débattue – selon laquelle la consommation de soja pourrait faire baisser la qualité du sperme. Une hérésie pour le fantasme viriliste du mascu dont rien ne doit entacher les facultés reproductives. Bref, tout le monde cherche à vraiment comprendre ce qui les irrite à ce point car pour les mascus, le soja devient le symbole d’un truc de femme et de faible, à mille lieux de tous les codes virils qu’ils défendent (l’agressivité, les muscles, la puissance physique, l’acharnement sur tout ce qui n’est pas eux)
En 1979 déjà, le sociologue Pierre Bourdieu écrivait dans La Distinction “la viande nourriture nourrissante par excellence, forte et donnant la force de la vigueur, du sang, de la santé, est le plat des hommes, qui en prennent deux fois, tandis que les femmes se servent une petite part”.
La viande serait donc le suppôt du patriarcat ? Sans surprise oui. Et depuis très longtemps. Une étude publiée en mars 2026 dans la revue scientifique PNAS Nexus montre que dès le
Néolithique, les femmes ont été sous-nourries par rapport aux hommes qui consommaient bien plus de viande qu’elles. Les chercheurs ont analysé les isotopes contenus dans le collagène des ossements de plus de 12 000 individus de différentes zones géographiques et les résultats sont sans appel : même il y a 10 000 ans, les inégalités de genre commençaient déjà dans l’assiette. Un besoin physiologique ? Non, une construction sociale déjà organisée autour de la domination masculine.
Des travaux qui viennent corroborer des thèses culturelles documentée dans de nombreux essais comme l’ouvrage culte La Politique sexuelle de la viande de l’autrice féministe Carol J. Adams, paru en 1990, qui expliquait déjà les liens entre virilité, exploitation animale et sexisme, mais aussi plus récemment dans Steaksisme : en finir avec le mythe de la végé et du viandard de Nora Bouazzouni ou Tu seras carnivore, mon fils d’Amanda Castillo.
On l’aura compris, pour les masculinistes, décentrer la viande de l’alimentation demande de sortir des grilles de lecture virilistes et anciennes. Le changement de paradigme est-il possible ? En 2022, un chiffre de l’IFOP avançait que 72% des français désapprouvent le terme “Soy Boy”. La déconstruction est lente mais avance : quelques “vegan bros” existent aussi dans le paysage de l’influence comme le montrait par exemple le documentaire Netflix The Game Changers.
Par Sandie Dubois (journaliste URBANIA)
Collaboration commerciale x SOJASUN
En janvier dernier, l’influenceur nutrition Jacob Smith – qui se définit comme un ancien “primal bro” et continue de manger de la viande – proposait des recettes et faits autour du tofu et autres aides culinaires végétales. Les “Soy Boy Chronicles” de Jacob Smith ont évidemment entraîné une déferlante de commentaires et de contenus TikTok de mascus en sueur. Lui ne s’est pas démonté et continue de promouvoir les bienfaits d’une alimentation moins carnée. Les shakers de boissons végétales sont-ils en train de gagner les salles de sport ? Oui à en croire de plus en plus d’influenceurs fitness comme le coach sportif Brad the Boxer ou Fritz Horstmann. La réhabilitation de l’homme soja est en marche.