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Profession : conservateur de cimetière

Quatrième épisode de notre série sur les métiers de la mort.

Par
Lucie Inland
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« C’est se frotter à la mort, aux défunts de tous horizons et à leurs proches endeuillés. Parler de cercueils, de cendres, de réduction de corps, d’exhumation, de caveaux, et droit à inhumation et de pierres tombales. Assurer la tenue des convois funéraires et celle des cérémonies commémoratives. Gérer un établissement dont les usagers ont pour point commun d’être tristes. » C’est ainsi que Benoît Gallot présente son métier de conservateur de cimetière dans son passionnant livre La vie secrète d’un cimetière. Rien à voir avec la conservation du patrimoine, bien que le lieu puisse prêter à confusion : Benoît Gallot travaille au cimetière du Père-Lachaise. À la tête d’une équipe de 80 personnes, il gère la bonne tenue des inhumations, les concessions funéraires et les demandes des usager·es d’un des plus célèbres cimetières au monde.

Le cimetière du Père-Lachaise est, depuis le 1er août 2018, le lieu de travail donc, et aussi de vie de Benoît Gallot avec sa femme et leurs quatre enfants. Du fait d’une importante charge de travail toute l’année, ils vivent dans un logement de fonction au cœur du cimetière. Ce qui peut sembler atypique pour bien des personnes ne l’est pas pour ce fils de gérants d’une entreprise familiale de marbrerie. Le jeune Benoît a l’habitude de croiser des client·es endeuillé·es ou prévoyant leurs propres obsèques sous le même toit que son domicile, et il joue dans le jardin non loin des monuments funéraires proposés à la vente. Il n’est pas éduqué à reprendre un jour l’affaire parentale et ne s’imagine pas retomber dans le monde funéraire plus tard.

« Mourir est vraiment la dernière chose à faire. »

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Après des études de droit et une première carrière de juriste dans l’audiovisuel qui l’ennuie vite, Benoît Gallot s’inscrit à un concours administratif de la Ville de Paris en 2006. Il se voit proposer « un très beau poste » mais « atypique » : adjoint au chef du bureau des concessions du cimetière du Père-Lachaise. C’est au cimetière d’Ivry qu’il commencera à exercer comme conservateur, de 2010 à 2018. Il a suivi à la lettre son intitulé puisqu’il s’est appliqué à conserver au mieux toutes les archives des registres du cimetière. Malgré les 28 hectares et les 1900 arbres présents dans ce beau cimetière, son intérêt pour la faune et la flore des cimetières lui est venu plus tard.

Le Conseil de Paris vote la fin des produits phytosanitaires en 2011. Cette décision est progressivement appliquée au cimetière d’Ivry, jusqu’à l’arrêt total de l’utilisation de ces produits fin 2014. D’abord « hostile » le regard de Benoît Gallot évolue. Lui qui pensait que laisser la verdure vivre était un manque de respect envers les mort·es et leurs proches se passionne pour la flore sauvage qui reprend sa place. Il se met à photographier les petits détails des monuments funéraires, les oiseaux et les « chatombales » de passage.

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Un jour de 2017 une famille de renards apparaît devant son objectif. Cette rencontre émouvante est le point de départ de la création de son compte Instagram “La vie au cimetière”, désormais suivi par plus de 58000 féru·es de mythiques défunt·es et merveilleux vivants à poils, plumes ou feuilles.

« Peut-être que dans vingt ans je serai encore là ou que dans trois ans je n’y serai plus … peut-être que je serai mort, aussi ! » D’un rire chaleureux, il explique au téléphone ses multiples projets envisageables au Père-Lachaise (accueil touristique, mise en valeur du patrimoine funéraire, gestion des concessions) et aussi ce destin qu’on ne maîtrise pas complètement et peut nous mener sur d’autres chemins. En attendant, il aime bien ne pas savoir de quoi demain sera fait, tant au travail que dans sa vie. Comme est écrit sur une épitaphe visible au columbarium : « Mourir est vraiment la dernière chose à faire. »

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