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La PrEP, la pilule qui transforme les habitudes au lit

Une petite révolution sexuelle est en cours.

Par
Junior Tremblay
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« Un jour, j’ai eu une relation sexuelle et le préservatif s’est brisé. Sur le coup, ça ne m’a pas stressé, mais quelques jours après j’étais comme : oh mon Dieu ! », me raconte au bout du fil Malik*, la voix tremblante, en se remémorant les événements.

Ce sentiment atroce, où le côté cool du moment laisse place à l’angoisse de peut-être avoir contracté quelque chose, beaucoup le connaissent. Et il est encore plus marqué si ce « quelque chose » pouvait être le VIH. En la matière, la PrEP a changé bien des vies et a aussi contribué à faire baisser le nombre d’infections au virus.

Mais c’est quoi au juste ? Si on résume, c’est un médicament qui empêche le VIH de se reproduire dans le corps de l’hôte qui le prend avant une relation sexuelle à risque. La prophylaxie préexposition, « PrEP » de son petit nom (un acronyme tiré de l’anglais pre-exposure prophylaxis) s’adresse surtout aux populations plus à risque, aux utilisateurs de drogues injectables et aux travailleur.euse.s du sexe.

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« La PrEP, c’est un plan B pour se protéger de l’infection au VIH. Les études démontrent que c’est super efficace quand c’est bien pris. Ça ne remplacera jamais le préservatif, mais c’est une sûreté de plus », résume Dre Alexandra Hamel, médecin omnipraticienne en VIH-Hépatite virale, dépendance, ITSS et co-fondatrice de la clinique Agora qui se spécialise dans le domaine. Parce que bien que le médicament protège du VIH, et qu’on l’appelle souvent la pilule miracle, il n’est d’aucune utilité contre les gonorrhées et molluscums de ce monde.

Un stress en moins

Que l’on choisisse de la prendre en continu ou ponctuellement, les raisons pour lesquelles on décide de recourir à la PrEP varient d’une personne à l’autre. J’en ai discuté avec deux utilisateurs pour savoir ce qui les avait poussés, par un beau matin, à aller dans le bureau du médecin en disant « salut, j’aimerais ça me faire prescrire la PrEP ».

«C’est un truc assez anxiogène pour moi le VIH. Contrairement à toutes les autres maladies, c’est la seule qui se guérit pas avec une pilule. C’est vraiment pour ça, c’était pour pas être bloqué avec une maladie le restant de mes jours. Je le vois un peu comme prendre la pilule pour une femme, pour moi c’est semblable », me confie Jacques. En bon chevalier de la santé sexuelle, je n’ai pu m’empêcher de lui mentionner que l’herpès, entre autres, ne se guérit pas juste avec une pilule. « Ouais, sauf que l’herpès, je ne m’en soucie plus », me répond Jacques en riant de ma petite précision.

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Un commentaire qui illustre bien certaines inquiétudes de la santé publique par rapport à la PrEP : qu’elle décourage le port du préservatif et favorise l’augmentation de cas des autres ITSS. Une crainte qui n’est toutefois pas partagée par tous les chercheurs dans le domaine et que la Dre Hamel nuance.

« J’aime mieux te traiter quatre gonos par année que de te retrouver VIH positif. »

« J’aime mieux te traiter quatre gonos par année que de te retrouver positif au VIH. » Le VIH, même s’il devient indétectable grâce à la prise de médicaments combinée à un suivi médical rigoureux, reste un déclencheur de comorbidité non négligeable, rappelle-t-elle. N’empêche, rien n’égalera le préservatif pour se protéger du virus et des autres infections transmises sexuellement et par le sang, ajoutera la Dre Hamel du même souffle. « Quand tu es porteur d’une ITSS, tu augmentes tes probabilités de contracter le VIH. » Si votre corps est déjà en train de combattre une infection, c’est plus difficile d’essayer d’arrêter ce monstre-là. Bref, dans un monde idéal, la PrEP devrait toujours faire équipe avec le préservatif.

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Une petite révolution

L’épidémie du VIH/SIDA n’est plus l’horreur qu’elle était dans les années 80 et pour ça, on peut dire merci à la trithérapie. Cela dit, ça reste une maladie chronique qui n’est pas sans conséquence et une crainte manifeste subsiste dans les communautés à risque de contracter le virus. C’est ce qui a poussé Malik à finalement demander une ordonnance pour la PrEP. « L’avantage c’est que ça achète la paix d’esprit, c’est une sécurité. Comme une assurance. »

De ne plus avoir d’inquiétude par rapport au VIH/SIDA — qui tue annuellement presque 700 000 personnes et qui a fait environ 38 millions de victimes depuis sa découverte en 1981 — a aussi eu comme effet d’ouvrir les horizons de la sexualité pour plusieurs.

« Évidemment qu’on veut que les gens soient épanouis dans leur vie sexuelle. C’est vraiment un bel ajout dans l’arsenal. »

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C’est le cas de Jacques qui a vu sa vie sexuelle complètement libérée grâce à la PrEP. « J’ai eu beaucoup plus de partenaires sexuels depuis que je suis sur la PrEP. Je ne me pose plus trop de questions. J’ai envie, tu as envie ? Alright go, on y va. Sur Grindr, quand je vois qu’on est tous les deux sur la PrEP, j’ai même pas de question à avoir là-dessus », me raconte-t-il tout en flattant son chat. « Je n’ai plus peur des saunas et des trips à plusieurs. »

Malik, qui préconise aussi le port du préservatif, ne cache pas que le médicament lui a ouvert une fenêtre sur un joli paysage. « Ça me rassure d’avoir des relations sexuelles avec quelqu’un sur la PrEP, parce que pour obtenir une prescription, on doit se rendre chez le médecin tous les trois mois, et il faut avoir un résultat de dépistage négatif pour les principales ITSS. »

Ça fait écho à ce que Dre Hamel me dit pendant notre appel : les médecins ne prescrivent jamais la PrEP sans un suivi d’ITSS régulier. Elle admet aussi que c’est un médicament qui apporte une forme de douceur dans la vie de ses utilisateurs. « Certainement que ça a révolutionné la sexualité de plein de gens. C’est quand même beau ! Évidemment qu’on veut que les gens soient épanouis dans leur vie sexuelle. C’est vraiment un bel ajout dans l’arsenal [de protection]. »

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Pas juste du positif

Même si la PrEP offre un champ en fleur prêt à être butiné, elle ne vient pas sans bémol. En plus de la préoccupation par rapport aux autres ITSS, on ne peut pas passer sous silence ses effets secondaires. « Il faut vraiment faire attention parce que ça peut toucher les reins. Sinon, il y a quand même certaines données qui nous disent que, même prise sur une courte période, la PrEP pourrait diminuer la densité osseuse et mener, par exemple, à l’ostéoporose. Il y a aussi des problèmes d’ordre digestifs (nausées, diarrhées) et des maux de tête à signaler. Ce sont les symptômes majeurs associés à la PrEP », précise Dre Hamel.

Une bonne conversation s’impose avec le médecin pour évaluer si le filet de sécurité que le médicament offre fait le poids devant les effets secondaires.

Ne reste plus qu’à vous souhaiter un été doux et en santé.

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*Le nom des utilisateurs a été changé pour préserver leur anonymat.