.jpg)
Dans un passé pas si lointain, pour nos soirées télé, on avait le choix entre le film de la une… et le film de la deux. Après avoir fait son choix dans les pages de Télé 7 Jours et s’être battu avec les membres de sa famille pour le contrôle de la télécommande, il fallait arriver à l’heure pour ne pas louper le dernier Bruce Willis ou la rediffusion d’un De Funès. Et encore, ce n’était que deux fois par semaine : le mardi et le dimanche. Ceux qui étaient privés de télé un soir d’école (j’en fais partie) se rattrapaient avec un enregistrement sur une VHS fatiguée le samedi matin. Regarder un film, c’était alors un luxe rare et précieux qu’on savourait pleinement.
.jpg)
L’arrivée du DVD a dynamité notre consommation de films et de séries (ah, les premiers coffrets de Friends ou d’Oz…), Mais c’est surtout le téléchargement (légal ou pas) et bien sûr l’avènement des plateformes qui nous donnent depuis quelques années un accès à un catalogue quasi illimité de films et de séries. Regarder un film n’a plus rien de rare ni d’exceptionnel, cela fait partie de notre quotidien.
Le nombre de films produits chaque année dans le monde a d’ailleurs explosé depuis le début des années 2000.
.png)
Pour les séries, la croissance est encore plus impressionnante. De 2010 à 2019, le nombre de séries produites chaque année rien qu’à Hollywood est passé de 216 à 532. Même confiné à l’année, impossible de tout regarder.
Si la multiplication du nombre des chaines et l’avènement des plateformes aux budgets illimités évoque un âge d’or pour les créateurs… c’est un enfer pour les spectateurs. Comment s’y retrouver ? Comment faire son choix ? Télé 7 Jours ne suffit plus !
Alors on regarde… des bandes-annonces/trailers/teasers/ce que vous voulez.
La bande-annonce devrait être la clé pour guider nos choix. En moins de deux minutes, elle devrait éveiller notre intérêt, nous faire rêver, et simplement nous donner envie de voir le programme en entier.
La plupart des bandes-annonces sont devenues bien trop bavardes.
En 1996, le premier teaser d’Independance Day durait une minute. Il ne dévoilait rien de l’intrigue, ne révélait pas les personnages principaux (même pas Will Smith), et on ne voyait pas un seul alien envahisseur. Quelques ombres suffisaient à induire une menace. C’est efficace, on veut en savoir plus.
En 2010, Sony fait encore plus fort avec le teaser de The Social Network. Pas une seule image du film n’est montrée. Il suffit de quelques mots à l’écran et du visage de Mark Zuckerberg pour filer des frissons et l’envie de se plonger dans ce biopic du milliardaire controversé. Mystérieuse, envoutante, elle excelle à susciter l’intérêt. On a envie de regarder le film.
Le problème, c’est que ce genre de teasers avares en spoilers sont rares, et que la plupart des bandes-annonces sont devenues bien trop bavardes.
Et j’en connais qui font ça. Ils passent des soirées à regarder des bandes-annonces sur Youtube, ils rigolent devant l’une et s’excitent devant l’autre.
Un exemple. En regardant récemment Spencer Confidential, grosse prod Netflix avec Mark Whalberg, une drôle d’impression m’envahit. Celle d’avoir déjà vu le film, d’en connaître toute l’histoire, d’avoir vu un bout de chaque scène. Et effectivement, j ‘avais déjà tout vu. Dans la bande-annonce. Sur un format exceptionnellement long de 3 minutes, celle-ci révélait toute l’intrigue, du début jusqu’à la quasi fin. Même la scène avec Post Malone, qui aurait pu être une jolie surprise, avait été dévoilée dans le trailer.
Ce n’était pas une bande annonce, c’était un véritable concentré du film. J’aurais pu économiser deux heures de ma vie en me contentant d’une version réduite du film de 3 minutes.
Et j’en connais qui font ça. Ils passent des soirées à regarder des bandes-annonces sur Youtube, ils rigolent devant l’une et s’excitent devant l’autre. « Ça a l’air pas mal ? On regarde ça ? ». Trop tard, Youtube leur a suggéré une nouvelle BA à mater, c’est reparti pour 3 minutes.
Et ils enchainent ainsi des playlists de trailers… pour finalement se dire à minuit qu’il est trop tard pour lancer un film ou une série. Trop de choix, pas assez de temps. On privilégie la version 3 minutes. Les trailers sont tellement longs que ça leur suffit. « De toutes manières, les meilleurs gags sont dans la bande-annonce ».
Avant, un trailer te donnait envie de voir un film. Aujourd’hui, il te donne l’impression de l’avoir déjà vu. Dommage.