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Je me dois d’être honnête avec vous. Je ne sais pas pourquoi, mais ces derniers temps, ça ne va pas trop. Je me sens morose, assez vide, complètement patraque. C’est peut-être lié à l’hiver, au retour du froid, etc. Même mon entourage commence à se poser des questions à mon sujet: je les comprends, j’ai moi-même remarqué quelques changements étranges dans mon comportement.
La semaine dernière par exemple, j’assistais au show d’Emile Bilodeau, à Lyon. Sans raison, sans prévenir, je me suis effondré pendant son live de « Mont Royal ». C’est une musique complètement joyeuse pourtant, je ne comprends pas…
Ce lundi, j’ai lancé la semaine du film québécois à la maison, tous les soirs j’en impose un choisi parmi Dolan, Chokri ou Lesage, mais en off je me suis maté La femme de mon frère, 3 fois en 3 semaines.
Et puis Spotify aussi m’a alerté: 72h d’écoute de Lydia Képinski le mois dernier, hissant la pop indie québécoise numéro 1 dans mon répertoire musical. Non, vraiment, ça commence à faire beaucoup.
Tous les jours, sur le chemin du retour, je m’autorise un détour par le marché de Noël, celui place Carnot. Autant vous dire qu’ils me connaissent par coeur à la cabane à sucre. Ils me voient arriver et d’emblée remplissent le panier. C’est en jasant avec Paul et Virginie Tremblay que j’ai compris. Je leur ai expliqué ce qu’il se passait, les symptômes, les remarques de mes proches… Autour d‘une bonne shot de sirop, ils m’ont éclairé. « Bin là c’est correc, c’juste le québécomanco tsé, inquiète toi pas pour ça, c’tout à fait normal ».
Mais c’est quoi ça, le “québécomanco”?
Manco, terme italien signifiant le manque, l’absence, sans quoi la vie n’a pas la même saveur. Québéco, un dérivé du Québec. Le manque du Québec en somme. C’est une névrose assez commune chez les expats, tous ceux rentrés après un séjour plus ou moins long de l’autre côté (de l’Atlantique) le savent. On l’appelle aussi «choc culturel inversé» ou «blues des expatriés». J’en ai rencontré pas mal depuis, des gens comme moi, souffrant quotidiennement, en silence. Evidemment, je peux les comprendre. Tant de choses viennent à manquer quand on rentre en France après avoir vécu au Québec… Comme par exemple:
La politesse
Dans les transports en commun, dans la rue, au restaurant. Partout en fait. Vous avez surement déjà vu une photo de Québécois faisant la queue pour attendre le bus. Vous avez tous vu cette vidéo du métro lors de la grève à la Gare du Nord, à Paris. Les images parlent d’elles-même finalement. Depuis mon retour, je me suis armé d’une patience extrême, digne des moines Shaolin.
La bienveillance
Je ne sais pas si vous vous êtes déjà retrouvés dans un pogo, en France ou au Québec, mais ça n’a rien à voir d’un côté de l’océan ou de l’autre. J’ai expérimenté ça lors d’un live d’Hubert Lenoir: j’ai été tellement surpris de voir les gens s’écarter pour me relever (car oui, j’ai fini à terre). C’était limite « Stooooop arrêtez tout, écartez vous, quelqu’un est tombé ». Les pogos français c’est plutôt fight for your life et lace bien tes chaussures. De manière générale, tu te sens quand même plus safe au Québec. Seul.e dans la rue, devant une audience, en boîte, etc…
L’ouverture d’esprit
Essayez 2 secondes de sortir en drag dans la rue par exemple, vous vous rendrez vite compte de la violence que cela implique en France. Le concept du my body my choice n’est pas encore ultra intégré ici. Il y a encore des progrès à faire en matière d’ouverture d’esprit sur certains sujets (majeurs) de société. L’homophobie et le racisme défraient encore régulièrement la chronique, par exemple… C’est con. Espérons que ça bouge dans le bon sens en 2020. Comme quoi, le savoir-vivre n’est pas forcément inné.
Le prix de l’immobilier
On vous en a déjà parlé mais le ratio est assez incroyable et pas uniquement lié à la conversion des devises.
L’offre culturelle
Je ne vais pas m’en plaindre, il y a une richesse en France dans ce milieu là assez incroyable et complètement unique. Mais la gratuité de tous les festivals montréalais, la nouvelle vague du cinéma québécois, tous ces artistes qui osent la rupture… Ça manque.
Le tutoiement
Déjà, c’est plus simple, on ne se prend plus la tête à hésiter et on risque moins sa vie quand on tente un « tu » improvisé. Et puis ça apporte un certain climat tout de suite plus convivial, plus friendly, comme si on était tous copains. Ce sont des petits détails qui ont l’air de rien, mais ce sont des vrais petits plaisirs de la vie. Je donnerais tout pour y avoir droit, là tout de suite…
La Banquise en rentrant de soirée
On a les kebabs, c’est vrai, dont j’ai longtemps été le fervent défenseur. Mais la poutine en sortant de boîte, ça n’a pas de prix. Et puis le bonheur de se faire servir à table, au chaud alors que tu ne tiens plus debout, ça c’est inexplicable. Evidemment on recommande la savoyarde, pour l’audace de la recette, pluri culturelle, et pour la crème fraîche, bien sûr.
Les balades sur le Mont Royal
Au lever ou au coucher du soleil, le soir après le travail ou en journée. Se perdre hors des sentiers, croiser une horde de ratons laveurs, respirer, admirer le Lac aux castors, respirer encore. Quel bonheur, Montréal. Je suis un homme de la nature habituellement, mais là, une ville pareille, si verte, si fraîche, je signe direct.
Les week-ends au chalet
Car même si la ville est verte, on peut ressentir le besoin de s’évader un peu. 2 heures de voiture et on y est. Trouver refuge dans les Laurentides, pour un week-end entre amoureux, en famille ou entre amis. C’est un classique du lifestyle québécois, et qu’est ce que c’est agréable.
Les terrasses non fumeur
Je suis sûr que même les fumeurs sont d’accord avec moi. Passer une soirée où respirer est possible, une soirée où tes fringues ne sentiront pas le tabac froid le lendemain matin: c’est jouissif.
À lire tout ça, on pourrait croire que je hais France. Mais point du tout. J’adore la France! Et puis les Français ont leur charme aussi: toujours à râler ou chercher la faille pour l’embrouille, les serveu.rs.ses des terrasses de cafés parisiens, les débats révoltés, l’odeur d’une boulangerie, nos châteaux, notre histoire et notre art, la french touch, le fromage de chèvre, le bon vin, l’air pur des Alpes ou l’iode de la côte Atlantique… Non. J’aime la France, je l’aime. C’est chez moi la France, elle est belle la France.
Mais c’est certain, je reviendrai à Montréal, non pas pour me marier avec l’hiver, mais j’ai vraiment besoin de ma petite dose là, ma cure de bien-être sur mesure. Le all inclusive québécois. Ça ferait du bien à beaucoup d’entre nous d’ailleurs, un petit tour au Québec. Oh et puis allez, je me prends des billets, tant pis pour l’empreinte carbone.