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Pourquoi l’agroécologie paysanne peut nous aider à aller mieux (vachement mieux)
Face aux sécheresses, aux pesticides et aux scandales alimentaires à répétition, et si la solution pour sauver nos assiettes (et notre santé) venait du monde paysan ?

On a beau avoir toutes ces infos en tête, l’agro-industrie et l’agriculture intensive continuent de squatter la troisième place du podium des activités humaines les plus émettrices… Pour comprendre comment l’agroécologie peut remettre notre système agricole à l’endroit, on a posé nos questions au journaliste scientifique Pierre Girard, auteur de l’ouvrage Au rythme de la terre (JC Lattès, 2025).
Entre le constat d’urgence et les raisons d’espérer, tour d’horizon des alternatives concrètes. Et parce qu’il n’y a pas qu’en France que les lignes bougent, cap sur les initiatives inspirantes venues de l’étranger. Cet article a été réalisé en partenariat avec l’association AVSF (Agronomes & Vétérinaires Sans Frontières) qui met à l’honneur des initiatives des quatre coins du globe à travers le Prix Benoît Maria. Spoiler : ça fait un bien fou.
URBANIA : La dernière fois que nous nous sommes vus, vous nous avez présenté 6 méthodes radicales pour repenser notre manière de produire et consommer. En langage khmers verts, ça s’appelle l’agroécologie. C’est quoi exactement ?
Pierre Girard : Avant tout, rappelons que l’agroécologie est une science, un terme scientifique d’une rigueur absolue. C’est l’écologie, la science des écosystèmes et des interactions du vivant, appliquée à l’agriculture. Ce terme scientifique regroupe une multitude de réalités, de la petite ferme en permaculture aux grandes fermes bio.
URBANIA : Et pourquoi est-ce disruptif ? Ses détracteurs disent même que c’est une position partisane.
Pierre Girard : Dire que c’est partisan est un leurre pour nous détourner des faits scientifiques. Il y a un consensus scientifique : pour s’attaquer aux crises environnementales et sociales, il faut appliquer ces principes scientifiques. Mais c’est disruptif parce que ça ne représente pas la majorité des fermes qui produisent nos aliments aujourd’hui. En revanche, cela incarne la totalité des tentatives de faire évoluer nos systèmes pour les rendre plus durables et plus résilients à des épreuves comme celle qu’on a vécue avec les canicules de l’été 2026 en France. Avec cette succession de six canicules et des épisodes de sécheresse intense, on a eu des pertes de rendement qui vont de 15 à 100 % selon les cultures et les régions.
URBANIA : Justement, avec les canicules de cet été, le prix des fruits et légumes risque fortement d’augmenter. L’agroécologie permet d’anticiper ce genre de problème ?
Pierre Girard : Les systèmes agroécologiques permettent d’anticiper cela en rendant nos fermes plus pérennes, avec moins d’eau et moins d’intrants. Concrètement, un sol agroécologique retient mieux l’eau : quand il pleut peu, ce peu de pluviométrie est stocké plus efficacement au niveau des racines. Côté biodiversité, un système sans produits chimiques et avec un agencement de parcelles adapté résiste bien mieux aux ravageurs pendant les fortes chaleurs, qui vont se multiplier avec la hausse des températures. L’agroécologie, c’est penser à long terme pour rendre le système plus robuste, quelles que soient les épreuves.
URBANIA : Certains croient encore à une lubie de bobo, alors que de nombreuses initiatives émergent aux quatre coins du monde. Le prix Benoît Maria de l’association AVSF met en avant tous les deux ans des initiatives inspirantes. Parmi les finalistes de 2026, on trouve une association péruvienne qui a fait revivre le maïs sur des terres délaissées grâce à des techniques ancestrales. Résultat, les populations indigènes reprennent la main sur l’agriculture péruvienne et ont en plus, doublé leur surface cultivée. Ça marche donc !
Pierre Girard : La réussite d’un système agroécologique ne se mesure pas uniquement au rendement. C’est une réussite parce que ça redonne la main aux populations locales pour produire de quoi se nourrir localement et préserver leur environnement. Mais il faut éviter de mesurer la réussite de l’agriculture uniquement à sa productivité. En bio, on produit environ 20 % de moins qu’en conventionnel, mais cette moindre production est largement compensée si on évite le gaspillage alimentaire, qui représente 30% de ce que nous produisons. L’agroécologie permet aussi d’avoir une eau plus saine : aujourd’hui, les communes dépensent des fortunes, environ 500 € par famille et par an en France, pour dépolluer l’eau à cause des pesticides. Ce sont des coûts qu’on économiserait avec des systèmes agroécologiques.
URBANIA : Oui l’agroécologie c’est une approche globale ! Au Mali par exemple, dans la région de Bandiagara, une association forme les communautés à des ouvrages anti-érosifs pour restaurer les sols afin de lutter contre l’insécurité alimentaire mais aussi la désertification.
Pierre Girard : Il ne faut pas oublier que l’agriculture détermine énormément de choses dans nos vies. Ce n’est pas seulement ce qu’on mange, c’est aussi notre cadre de vie, notre santé à travers les aliments, l’air et l’eau, mais aussi l’impact sur le climat. Ça façonne les paysages qui nous entourent dès qu’on sort de la ville. S’il y a 1000 manières de faire de l’agroécologie, elle agit principalement sur deux éléments essentiels : la vie et le sol. En réalité, tout ce qui imite le fonctionnement d’un milieu naturel comme la forêt pour produire de la nourriture s’inscrit dans cette démarche.
URBANIA : Et la question à un million d’euros, comment on fait concrètement pour que l’agroécologie devienne la norme en France par exemple ?
Pierre Girard : L’urgence est de garantir un prix rémunérateur pour sécuriser les agriculteur.rices dans leur transition. Aujourd’hui, l’agroécologie représente environ 15 % des surfaces en France. Pour aller plus loin, toute la filière doit jouer le jeu et cesser d’étouffer les producteurs à travers la grande distribution et l’industrie agroalimentaire. Et ça nécessite une vision politique !
En résumé, la transition ne se fera pas toute seule, mais elle s’écrit déjà avec celles et ceux qui réinventent notre façon de cultiver et de nourrir la planète. Et si vous avez la flemme d’ouvrir votre propre ferme, la bonne nouvelle, c’est que vous pouvez commencer par soutenir l’agroécologie en votant pour votre initiative paysanne préférée du Prix Benoît Maria !
