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Pourquoi j’aime les petites bites

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Un couple d’amis est venu dîner et nous entamons le plat principal. Deux des quatre bouteilles de vin jaune du Jura coulent déjà dans nos veines.

Nos invités sont de joyeux lurons. Lui est un chanteur populaire, la quarantaine bien frappée, beau bonhomme, bien dans sa peau, surtout après quelques verres dans le corps. Elle, une beauté fatale mi-vingtaine, tendance provoc’ et séductrice dans l’âme, a rarement la langue dans sa poche et affiche une bonne humeur contagieuse.

Comme souvent, à quatre, en milieu de soirée, on se met à parler de cul. Enfin cette fois, la conversation tourne plus précisément autour des bites et notamment de leur taille. Aucun doute pour mon amie, la taille de l’attribut masculin est un essentiel à la réussite du coït et, par extension, à l’épanouissement conjugal. Inutile de préciser ici que le chanteur populaire est bien membré, ce que la beauté fatale n’hésite pas à clamer et qui me fut confirmé par une deuxième source, un ami gay qui avait accompagné le chanteur aux urinoirs.

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Simili-malaise autour de la table. Mon petit-ami n’a clairement pas une grosse bite et, quoi qu’il en dise, cela le chagrine quelque peu depuis une trentaine d’années. J’essaie de prendre subtilement la défense des modestes pénis, en apportant quelques nuances dignes des pires lieux communs. Du genre, « la taille peut-être, mais c’est aussi la façon dont on s’en sert », « la forme générale joue pour beaucoup aussi », « l’essentiel c’est que le mec soit bien dans sa peau », le tout en essayant de ne pas mettre mon mec et son sexe que j’adore dans l’embarras. Autant vous dire que j’ai clairement échoué dans ma mission : non seulement je n’ai pas convaincu mon couple d’amis, mais ils ont, de surcroît, fort bien compris que mon mec n’avait pas un énorme sexe.

Mais ce que j’aurais vraiment voulu dire, ce soir-là, si j’avais été plus sûre de moi et tout à fait à l’aise avec le sujet, ce que j’aurais vraiment voulu dire, donc, c’est que je les aime, moi, les petites bites. Tout simplement. Car, bien que je sois très loin d’avoir rencontré toutes les formes possibles inimaginables d’attributs phalliques que compte l’espèce humaine, j’ai quand même eu la chance de converser avec des organes génitaux de différentes dimensions. Je peux donc vous affirmer avec certitude que je préfère de loin un petit pénis qui s’assume qu’un énorme difficilement manipulable.

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Mon argument principal est le suivant : le vagin a beau être un muscle extensible, un sexe masculin de 10 centimètres de diamètre ne convient pas à toutes les femmes. Mon tout premier chéri faisait partie de cette catégorie d’hommes qui ne complexeront jamais sur leur pénis. Pendant les deux ans que dura notre relation adolescente, nous avons, bien évidemment, passé une bonne partie de notre temps libre à tenter de faire l’amour. Et je dis « tenter » car, pauvre de lui, nous n’avons jamais réussi. Ça ne rentrait tout simplement pas. Certes, la maladresse et le manque d’expérience y sont probablement pour quelque chose. Toujours est-il que, tanné d’avoir mal aux couilles, il m’a laissée, vierge comme la première neige de décembre, pour une nymphette plus compatible au niveau génital. J’ai eu, par la suite, d’autres partenaires très bien membrés, et, avec aucun d’entre eux, je ne peux affirmer avoir eu une expérience pleinement positive. Inconfortable voire douloureuse seraient des adjectifs plus appropriés. À ceux qui me traitent déjà de clitoridienne, j’ai envie de répondre : oui, mais non, car comment avoir du plaisir vaginal quand il y a incompatibilité de taille?

Et je ne parle pas seulement de taille de vagin, mais aussi de bouche, de seins, de mains. À tous les niveaux, il me semble plus facile de manipuler, emboucher, enfourcher une petite bite. Aux partenaires, après, de savoir en jouer pour que chacune des deux parties prenne le plein plaisir auquel elles aspirent.

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Les hommes qui ne peuvent se vanter d’être des Rocco Siffredi du pénis sont, de plus, forcés à une certaine modestie qui, à mon sens, les rend d’autant plus charmants. Une fois l’inévitable complexe digéré voire sublimé, ces hommes (allons-y franchement dans la généralisation) font souvent preuve d’un certain équilibre mental. Loin d’avoir la testostérone compétitive, ils nous offrent, humblement, leur masculinitude d’autant plus belle qu’elle ne dépend en rien d’un volume de chair mais bien d’un cheminement personnel. Je pourrais même pousser un peu plus loin, en affirmant que ces hommes-là sont un baume dans notre société du toujours plus, toujours mieux, pas mal plus axée sur l’avoir que sur l’être.

Alors, hommes, cessez, je vous prie, de vous lamenter secrètement sur la taille de votre pénis. Sa modestie est une chance, un cadeau du destin. Chérissez-la comme on chérit la vie. C’est quand on accepte qu’elle soit courte, qu’elle devient vraiment belle.