.png.webp)
“C’est une loi poison” : la loi urgence agricole, ou le doigt d’honneur du gouvernement face à notre santé
Après une épopée législative de plusieurs mois, le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles est adopté par le Sénat et l'Assemblée Nationale.
Réintroduction de pesticides nocifs et interdits, modifications de la gouvernance de l’eau et recul des protections environnementales, on vous aide à comprendre ce projet de loi qui nous laisse un arrière goût Duplomb dans la bouche.
Débats houleux mais vote clair, en ce début de semaine : le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole a été adopté à l’Assemblée nationale puis au Sénat, grâce à des votes allant de l’extrême droite au centre. La gauche seule s’est opposée à cette loi qu’elle qualifie d’écocide. Pourquoi ? Parce qu’alors que la France brûle, prise en étaux entre des canicules et des feux de forêt, la teneur de ce texte sonne comme le paroxysme du déni climatique.
Un pied de nez à l’heure de la crise climatique
Ce projet de loi est complexe, mais un point en particulier attire l’attention : l’article 5A qui fixe notamment pour objectif “le doublement des volumes de stockage d’eau pour les usages agricoles d’ici à 2035” et donne donc la priorité à l’usage agricole de l’eau, pour le plus grand plaisir de la FNSEA (le premier syndicat agricole).
Cette captation de l’eau va se traduire très concrètement par des méga bassines, qui vont se multiplier grâce à une simplification majeure des projets de retenue destinée à l’irrigation agricole, par l’augmentation des représentants agricoles dans les parlements locaux de l’eau, jusque là considéré comme des instances de médiation, et par la création d’un régime d’exception agricole, même en cas de restriction sur l’eau.
Pour Daniel Salmon – sénateur d’Ille et Vilaine et membre du groupe écologiste – il ne faut pas se leurrer : certes “il y aura besoin davantage de stocker l’eau à l’avenir, du fait du réchauffement climatique” mais les cultures agricoles concernées par ces lois “sont vouées avant tout à l’exportation ou à la nutrition animale”.
“C’est complètement aberrant, à l’heure où on a déjà des villages qu’on doit approvisionner avec des camions citernes pour l’eau potable” s’insurge la députée Aurélie Trouvé.
Mais alors à qui fait plaisir cette loi ? Pour Nicolas Garnier – délégué général d’AMORCE (Association nationale des collectivités et des entreprises pour la gestion des déchets, les réseaux de chaleurs et la gestion locale de l’énergie) – le gouvernement cherche à “consoler” la souffrance des agriculteurs alors même qu’aucune des réclamations de fond qu’ils ont formulées ces dernières années, et qui ne sont pas portées par la FNSEA, ne sont abordées.
Encore selon lui, “95% des département ont fait face à des restrictions d’eau durant les dernières années”, ce bouleversement dans la gestion de l’eau, dictée désormais par les besoins de l’agriculture intensive et non par l’état réel de nos ressources d’eau est simplement “monstrueux”.
Santé publique des Français < santé économique des betteraves
L’un des autres sujets de crispation autour de ce projet de loi concerne la réintroduction de pesticides toxiques, contre lesquels plus de 2 millions de français s’étaient pourtant mobilisés en 2025.
L’acétamipride et le flupyradifurone sont des néonicotinoïdes interdits en France depuis 2018, car reconnus dangereux pour la santé et pour la biodiversité. Grâce à cette loi, permettant à l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) de délivrer des dérogations autorisant sous certaines conditions l’usage de ces pesticides pour des périodes de 1 an – renouvelables deux fois – ils pourront à nouveau être épandus sur les cultures de betteraves ou de noisettes. OKLM.
Un gigantesque doigt d’honneur aussi à toutes celles et ceux qui avaient manifesté leur inquiétude à travers une des pétitions les plus signées de l’histoire de la Vème République et grâce à qui la Loi Duplomb était censurée, il n’y a même pas un an, par le conseil constitutionnel.
“On fait passer la santé publique derrière de basses considérations lobbyistes de quelques grands betteraviers” résume Aurélie Trouvé qui rappelle aussi que “c’est la première fois que l’Ordre des médecins et 16 sociétés savantes et médicales s’expriment publiquement ensemble pour dire aux députés, aux sénateurs, de voter contre cette loi dangereuse pour la santé publique.”
“C’est honteux, c’est scandaleux, quand on connaît la détresse de tous les gens qui développent des cancers” dénonce Daniel Salmon, le sénateur écologiste.
Par ailleurs, la loi permet de suspendre la redevance “pollutions diffuses”, une taxe sur les pesticides censée financer …. la dépollution. En sacrifiant le principe du pollueur-payeur, les surcoûts de traitement de l’eau vont inévitablement se répercuter sur la facture des ménages, ce qui indigne, Nicolas Garnier d’AMORCE “Ce qui est fou dans cette histoire de pollution, c’est que l’acteur principal du délit n’est pas autour de la table, il s’appelle Bayer, Monsanto et Chim Chayna”.
Des lobbys agro-industriels qui sortent donc grands gagnants de ces débats tandis que les petits agriculteurs, eux, ne gagnent que le droit de se contaminer grâce à des produits toxiques.
Une loi pour ““““““aider les agriculteurs”””””
Rappelons-le : ce projet de loi a été initié à la suite des manifestations du monde agricole à l’hiver 2025 et promettait de répondre à leurs inquiétudes. Pourtant, “ce n’est pas une loi qui aide les agriculteurs, au contraire, ça leur fait faire une fuite en avant mortelle” analyse la députée Aurélie Trouvé. Daniel Salmon corrobore, “ça ne répond en rien aux attentes d’une majorité d’agriculteurs”, en revanche “ça répond, aux attentes d’une petite minorité d’agro-industriels, qui ont comme objectif de construire une industrie agricole de demain, avec des fermes toujours plus grandes”.
Dans ce monde de demain, les fermes françaises indépendantes, elles, fermeront les unes après les autres.
Déni démocratique et passage en force
Pour le sénateur Daniel Salmon, il faut se rendre à l’évidence : c’est “le trumpisme à l’œuvre“. C’est-à-dire un déni démocratique au service d’intérêts capitalistes, et peu importe les revendications du peuple français.
Car nombreux sont ceux qui se sont exprimés ces dernières semaines contre ce texte ; des mobilisations citoyennes, des pétitions et des communiqués d’associations ont dénoncé cette “loi poison”. L’ONG Greenpeace, elle, a pointé du doigt sa « logique néolibérale et de compétitivité à tout prix » qui sacrifie la santé publique, l’environnement et l’avenir même des paysans. Ils n’ont évidemment pas été écoutés ni considérés.
Car à la conversation, et pour imposer ses idées productivistes et néolibérales, le gouvernement préfère le passage en force. Pour preuve, le texte autorise par exemple le gouvernement à modifier par ordonnance – c’est-à-dire sans vote du Parlement – les règles environnementales des élevages. Ce qui permettra aux immenses « fermes-usines » de s’agrandir en échappant aux enquêtes publiques et à l’avis des riverains.
Un déni démocratique qui ne se fera pas sans muselage de l’opposition, cette même loi créent en effet des circonstances aggravantes en cas d’intrusion dans les abattoirs ou les fermes, visant directement les lanceurs d’alerte cherchant à éveiller les consciences sur les questions de maltraitance animale, par exemple.
Face à tout cela, comment ne pas baisser les bras ? Daniel Salmon se tourne déjà vers les futures élections, “il faut changer le personnel politique” résume-t-il, tandis que plusieurs députés, dont Aurélie Trouvé (LFI) ont annoncé vouloir “saisir le Conseil Constitutionnel” avec l’espoir que la jurisprudence de la loi Duplomb pèse en leur faveur.
Pour le reste, et pour savoir à qui nous devons tout cela, on vous laisse avec cette infographie de nos bons potes de chez Bon Pote.
.jpg.webp)
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
Soyez le premier à commenter!
