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PÉDALE RURALE, le docu qui donne envie de faire des nudes dans une brouette
N’en déplaise à l’académie des César, tous les grands documentaires ne sont pas forcément animaliers. Pédale Rurale fait partie de ces rares films pour lesquels même une porte de prison s’émouvrait d’une petite larme et dont on sort pourtant avec un immense sourire aux lèvres, même un jour glacial d’averses hivernales (c’est du vécu, promis). Si on avait bossé pour un autre média, on aurait tous mis sans hésiter au moins 7 « T » à ce long-métrage. Même si en vrai on n’aime pas trop juger le travail des autres (faux).
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Comment vivre – aujourd ’hui – en tant que pédé dans une campagne française ? C’est la question que se posait Antoine Vazquez en allant à la rencontre des quelques queers qui habitent le Périgord. Et pareil que pour les truffes de cette belle région, si on ouvre bien l’oeil, à la campagne, il y en a plus qu’on ne pourrait le croire. C’est là que le réalisateur rencontre Benoît qui deviendra le personnage principal de son merveilleux documentaire.
Comme beaucoup de jeunes gays ruraux, Benoît a quitté la campagne qui l’a vu grandir, pour s’installer à la ville. Histoire de se sentir moins seul, moins différent, moins regardé du coin de l’oeil. Mais il n’a pas vraiment trouvé sa place non plus dans cette grande ville. La nature lui manquait trop. Il a finalement décidé de venir se réinstaller dans son village natal. Un choix qui ne manque pas d’interpeller et d’intriguer tous les « petits garçons différents » qui ont fuit une campagne hostile, à l’instar d’Antoine Vazquez qui va poser sa caméra pendant près de 3 ans dans le havre de paix que s’est construit, seul et à l’abri des regards, le protagoniste solaire de ce film.
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Au fur et à mesure des saisons, des floraisons de son merveilleux jardin (plus si secret), on prend plaisir à voir Benoît éclore et prendre conscience que son existence-même est politique. On chemine avec lui dans son désir naissant d’enfin rencontrer les autres isolés de son territoire et on prend un plaisir dingue à les voir -ensemble- construire ce projet (aussi fou qu’inimaginable) d’une marche des fiertés dans leur campagne. Comme eux, on a peur qu’il n’y ait personne, comme eux, on aime l’idée, mais comme eux on est pas à l’aise de l’imaginer dans le village où on a grandi : un peu plus loin ça semble plus facile. Parce que comme ils l’expliquent bien et sans mépris dans le film : à la ville, on peut passer des années sans parler à son voisin de palier mais à la campagne, il est bien plus compliqué de se mettre à dos le seul voisin qu’on ait à des kilomètres à la ronde.
Sans vouloir vous divulgâcher le dénouement de leur quête locale, quand on voit l’état du monde actuel qui recule chaque jour un peu plus sur la questions des droits LGBT+ et sur la tolérance à toutes formes de différences, avoir la chance d’admirer une troupe aussi belle qu’émouvante porter avec autant de panache un tel projet ne peut qu’émouvoir. [Mention spéciale à la merveilleuse personne qui rêve d’un tracteur clito.] Parce que c’est aussi ça la beauté de ce film, Benoît prend en ampleur grâce à la force du collectif qui lui permet enfin d’assumer qui il est vraiment aux yeux de tous et l’aide sûrement un peu à adoucir la part d’homophobie intégrée dont il n’est pas toujours facile de se défaire.
Et même si tout ce qui s’y passe n’est pas tout rose, le réalisateur parvient à livrer un film flamboyant et militant qui ne tombe pas dans le cliché d’un fantasme de la campagne, ni dans l’aigreur de beaucoup trop de vécus marqués par la dureté des microcosmes ruraux. Si on devait pointer un défaut, une seule question restée sans réponse, comme le pointe ma collègue Louise : « Il a répondu quoi au final le gars Grindr à qui ils ont envoyé les photos dans la brouette ? ».
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