C’est insensé qu’il faille un slogan pour dire que la vie des hommes et des femmes noirs compte. Cependant, je remercie de tout mon coeur ceux qui ont inventé le slogan Black Lives Matter, et ceux qui le reprennent. Je dis dans Slave We que les noirs prient tous les jours, cela peut paraitre comme une généralisation mais dans ma vie, j’ai toujours été entouré de personnes noires qui étaient dans des situations très compliquées, qui ne maitrisaient pas leur avenir, que la vie ne ménageait pas. D’abord ma famille et mes amis au Nigeria, qui cherchaient à vivre, survivre, dans la pauvreté et la violence. Puis lors de mon voyage jusqu’en Espagne, tous ces gens que j’ai croisés et qui, comme moi, tentaient leur chance. Le voyage est si dangereux que la prière est nécessaire pour continuer à avancer. Et en Europe, dans le camps de migrants, puis dans la rue et les squats… Peu importe notre origine ou notre religion, nous prions vers le ciel pour demander à notre dieu de nous offrir une meilleure vie. Mais aussi nous prions en nous-mêmes, vers nous-mêmes, pour nous donner de la force, nous encourager, et tenir. Le racisme je le vois, je le constate, je l’éprouve, je le subis mais au fond de moi je ne le comprends pas. Au XXIème siècle, les Droits de l’Homme existent depuis longtemps, mais il faut encore des slogans pour faire prendre conscience qu’on ne peut pas tuer des gens lors d’un contrôle de police, par exemple. Comment aurais je une solution contre ça ? Il faut continuer à prendre la parole, continuer à témoigner, continuer les slogans, les punchlines, continuer à chanter pour ouvrir les consciences. C’est sans doute simple et naïf mais cela me semble essentiel face à ce mépris pour la vie elle-même.