Les Misérables de Ladj Ly : le cri des banlieues

Et une lueur d'espoir

Les Misérables. On ne parle pas du chef d’œuvre de Victor Hugo mais de celui de Ladj Ly, son premier long-métrage qui a fait du bruit avant même sa sortie en salle (ce 20 novembre 2019). Le point commun entre les deux oeuvres? Montfermeil, là où a grandi le réalisateur français et où la misère sociale fait toujours rage. Tours HLM, halls d’immeubles, scooters, groupes de jeunes : le décor de la cité est planté. Sans oublier les flics qui rôdent là où la précarité règne en maître. Ça vous rappellera peut-être des souvenirs si, comme moi, vous avez grandi en banlieue (9.1).

Au programme : un film choc sur les violences policières en banlieue parisienne, récipiendaire du Prix du jury au dernier Festival de Cannes, et dans la course à l’Oscar 2020 du Meilleur Film International. Une ascension bien méritée pour ce brûlot social qui sonne l’alerte et met en garde, comme le prédit cette réplique culte du film : «Vous n’éviterez pas la colère et les cris». Presque 25 ans après la sortie de La Haine, le film de Ladj Ly prouve qu’il y a encore du chemin à parcourir en matière de justice sociale, pas seulement dans les cités mais dans la société française en général.

Le pitch du film est efficace : Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux “bacqueux” d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drône filme leurs moindres faits et gestes.

Alexis Manenti, qui a co-écrit le scénario des Misérables et qui incarne (l’insupportable) Chris à l’écran, l’avoue : son personnage est un « pauvre type » à la déontologie douteuse. « Mais comme tous les personnages que je joue, je le défends. Malgré tout, c’est quelqu’un de fragile, de peureux derrière son côté un peu violent. J’aimais bien la différence entre ce qu’il est dans l’intimité et dans son rôle de flic », nous a confié l’acteur français, habitué aux rôles de « méchants garçons » mais qui ne serait pas contre l’idée de jouer bientôt dans une comédie romantique (à bon entendeur).

« Le message c’est qu’il est peut-être encore temps d’éviter que ça explose mais qu’il faut faire vite pour régler les choses. »

Inspirés de faits réels comme l’a confié Damien Bonnard ici, le film de Ladj Ly tombe au bon moment d’après Alexis Manenti. « À la base, Les Misérables c’est l’adaptation d’un court-métrage du même nom qu’on a sorti au moment de l’affaire Théo. Et là on sort la version longue un an après les premières manifestations des Gilets Jaunes durant lesquelles plusieurs personnes ont été blessées par des tirs de flash-ball », a rapporté l’acteur qui, déjà en 2016, s’était posé la question de savoir s’il fallait ou non sortir le court-métrage. Même hésitation cette année au regard des événements. « Malheureusement, tout porte à croire que les violences policières seront toujours d’actualité, ça ne va pas se régler tout de suite », lance Alexis Manenti qui considère Les Misérables comme un cri d’alerte adressé aux politiques et une main tendue. « À la fin du film, il y a quand même une lueur d’espoir. Le message c’est qu’il est peut-être encore temps d’éviter que ça explose mais qu’il faut faire vite pour régler les choses. »

« Développer l’éducation, modifier l’urbanisme, changer le système répressif mis à l’oeuvre en France et ailleurs, etc. C’est aux politiques de trouver des solutions et de passer à l’action »

Quoi faire pour changer la donne concrètement?  « Développer l’éducation, modifier l’urbanisme, changer le système répressif mis à l’oeuvre en France et ailleurs, etc. C’est aux politiques de trouver des solutions et de passer à l’action. Moi, en tant qu’artiste, je n’ai pas la solution miracle et mon but ce n’est pas forcément d’en trouver mais de montrer ce qui se passe », lance celui qui espère que le film de Ladj Ly aidera certaines personnes à changer leur regard sur les dynamiques de groupe, l’enfance, l’avenir, les violences policières, et ces quartiers qu’on appelle « défavorisés ».

À la veille de la sortie du film en salle, Emmanuel Macron s’est dit « bouleversé » par Les Misérables et a fait savoir qu’il cherchait des pistes pour améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers.

Le cinéma est un puissant outil de transformation sociale, on le sait : gageons que le film de Ladj Ly nous en donne bientôt la preuve.

En attendant, foncez voir Les Misérables et (re)lisez le livre de Victor Hugo, tant qu’à faire. 

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