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Au cœur des Jeux olympiques d’hiver, le tricot s’est invité dans la vie des biathlètes. Adam Runnalls, biathlète canadien, publiait un réel le montrant en plein tricotage dans le bus. Pour ce sportif habituellement mis en lumière dans des épreuves mêlant ski de fond et tir sur cibles à 50 mètres, quelle soudaine retombée ! 111 000 like et une renommée de tricoteur en plein décollage.
Et il est loin d’être le seul « J’ai l’impression que j’ai eu plus d’interviews à propos du tricot que de mes performances », sourit Maxime Germain, unique biathlète masculin de la délégation américaine à sortir ses aiguilles dès que le temps se fait long.
RELAXATION SAUCE TRICOT
Pour la trentaine de biathlètes mordus de pelotes, le tricot est un moyen efficace de ne pas se jeter sur leur téléphone à chaque creux dans l’emploi du temps. « Je voulais faire quelque chose de mes mains, et j’ai trouvé cette occupation qui ne me demande pas trop d’énergie physique grâce aux filles de mon groupe », raconte le représentant de l’équipe américaine, cinquième du relais masculin. Son partenaire de tricot canadien, Jasper Fleming, résiste lui aussi à l’appel des réseaux sociaux pendant les périodes de repos, porté par son ouvrage à accomplir.
Les phases de récupération sont essentielles pour performer, mais elles laissent finalement peu d’options pour se divertir. Dans ces moments-là, l’attente s’éternise, l’ennui se fait sentir, tandis que la pression de la compétition s’intensifie. Le tricot offre alors un véritable moment de sérénité. Les gestes répétitifs et réguliers agissent notamment sur l’amygdale, la zone du cerveau dédiée à la régulation des émotions, et aident à relâcher la pression. « La cortisol (l’hormone du stress) diminue et la dopamine (le neurotransmetteur du plaisir et de la motivation) augmente », précise Camille Rybak, psychologue du sport. La fréquence cardiaque peut même ralentir : « 30 minutes de tricot font baisser jusqu’à 11 battements de cœur par minute. »
Pas étonnant donc que cette activité soit souvent décrite comme « méditative », presque « hypnotique », selon l’experte en préparation mentale. Certains sportifs la préfèrent largement aux méthodes de relaxation classiques.
UN ART AU SERVICE DU TIR
LE PULL LE PLUS FIÈREMENT PORTÉ
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Si s’adonner au tricot apaise, ce n’est pas sa seule vertu. Les performances sportives peuvent en bénéficier. Lorsqu’on rate une maille, la clé est de rester concentré. Cette mentalité rappelle exactement celle du biathlète qui manque une cible et doit immédiatement se ressaisir, en restant pleinement dans le moment présent. « Tout le système sensoriel est mis à l’œuvre dans le tricot, grâce au contact avec la laine, aux cliquetis des aiguilles, à l’odeur et aux couleurs de certaines pelotes, souligne Marion Baradji L’Arbalestrier, psychothérapeute. Toutes cette sensorialité favorise un ancrage dans l’ici et le maintenant, détournant l’attention des ruminations et réduisant l’anxiété. » Dans l’un comme l’autre, il faut parfois savoir se remobiliser. « Perdre un fil peut frustrer, perdre une balle au tir aussi. Dans les deux cas, tu dois te calmer, prendre une seconde et rectifier le tir, en atteignant la cible ou en retrouvant le fil », déclare Maxime Germain, qui est entré dans l’histoire avec ses coéquipiers sur le relais mixte ce dimanche 15 mars à Otepää (Estonie), en remportant une médaille de bronze.
Si la performance ne suit pas, qu’elle se fait désirer malgré une bonne séance la veille, avoir un hobby permet de relativiser. « J’aime penser à autre chose que mon sport », assure la biathlète britannique Shawna Pendry, forte de sa première expérience olympique. Après un ratage, voire un carnage, rien de mieux que de couper et de se mettre dans sa bulle. Faire du tricot permet de développer un rapport plus sain avec son sport en prenant le recul nécessaire.
L’estime de soi est boostée par cette activité sur laquelle chaque sportif, en tant qu’individu à part entière, a totalement le contrôle. « L’avancée d’un pull leur apporte un résultat concret. Ça peut leur donner confiance de voir qu’ils ont réalisé leur propre habit », insiste Camille Rybak, rejointe par sa consoeur Marion Baradji L’Arbalestrier : « Le fait de faire quelque chose de leurs mains, qui reste et qui va au-delà d’un simple chiffre ou d’un score, nourrit le sentiment d’accomplissement. »
Le tricot, c’est aussi un passeport pour sociabiliser et intégrer une communauté différente. Au « club de tricot » canadien, les échanges dépassent le biathlon. Les nationalités se mêlent, les conversations dévient, et les liens se tissent dans la sphère sportive. « Certains biathlètes américains sont venus à notre club quand nous étions dans le même hôtel », raconte Helene Jorgensen, l’entraîneuse à l’initiative du projet. Et même à l’extérieur : « Quand tu tricotes à l’aéroport, un passionné vient souvent te demander ce que tu fais », indique Maxime.
« Je crois en la puissance des chiffres », s’amuse Helene, en évoquant le nombre croissant de tricoteurs autour d’elle. Il existe mille et une raisons de se lancer dans l’aventure du tricot : au-delà du plaisir créatif, il peut même créer de nouvelles connexions neuronales. Adam Runnalls, comme tous les autres sportifs adeptes du tricot, n’hésite pas à casser les clichés en portant fièrement son pull lors de la cérémonie de clôture des JO. Une manière originale de mettre en lumière son travail et celui de ses camarades biathlètes, peu médiatisés mais admirables à bien des égards.
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