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La photographie du mois : tendresse argentique et « heureux hasard » par Nanténé Traoré
Désormais, tous les mois, URBANIA donne la parole à un ou une photographe professionnel ou amateur, blogueur ou instragrammeur, pour qu’il nous raconte son travail à travers une photo. Pour ce deuxième épisode, c’est le photographe Nanténé Traoré qui se prête à l’exercice…
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J’ai longtemps hésité mais j’ai finalement choisi cette photo, parce que c’est ma préférée. Et pourtant, elle n’est pas du tout représentative de mon travail de manière générale. D’ordinaire, mon travail s’articule autour des notions d’intime et de quotidien. Je m’attache à visibiliser les corps et les vécus des personnes LGBTQIA+. Je réalise des portraits. Je travaille mes compositions, mes éclairages. Là, rien à voir. C’est simplement ma bande de potes, qui remettaient leurs chaussures après la plage. C’est tout.
« Avec l’expérience, j’ai de moins en moins de naïveté »
C’était au printemps 2020, à Nantes. J’étais en week-end avec des copains. Bien sûr, j’avais emmené mon argentique avec moi – je ne m’en sépare jamais bien longtemps. Et alors qu’on rentrait de la plage, aux alentours de 14h, sous la pluie, j’ai décidé de les photographier pendant qu’ils remettaient leurs chaussures. Je faisais beaucoup d’essais avec eux, je documentais un peu notre vie quotidienne. Bref, j’ai pris cette photo. Naïvement. Sans aucune attente particulière. Je suis ensuite rentré chez moi. Rien à signaler. Jusqu’à ce que je développe ma pellicule et que j’ai l’agréable surprise de découvrir ce cliché plastiquement parfait : à la fois net, cadré et équilibré. Il est le résultat de ce que j’appelle un « heureux hasard ». J’étais juste au bon endroit au bon moment et j’ai shooté au bon instant. Et c’est en ça que je trouve que cette photo à un truc en plus, que je la regarde avec plus de tendresse que les autres. Surtout qu’avec l’expérience, les « heureux hasard », comme celui-ci, les photos prises dans une marge d’erreur se font de plus en plus rares. Avec l’expérience, j’ai de moins en moins de naïveté. Je connais les images, j’ai l’habitude de mon matériel et mon sens de la composition est de plus en plus affûté.
« On est très peu à faire du portrait en argentique dans le milieu queer »
Côté post-production, je numérise mes photos (je tourne à environ 20 pellicules par mois, toutes les tirer sur papier me prendrait trop d’espace). Numérisation, donc. Ensuite, sur l’ordinateur, je nettoie les poussières puis je bouge les niveaux d’entrée et de sortie de la lumière pour me permettre de changer les contrastes. C’est à peu près tout. C’est aussi ça, le parti pris de la photo argentique.
Et avant ça ? Je suis photographe depuis déjà plusieurs années. Je suis auteur aussi. En fait, mon père était photographe de mode, donc j’ai toujours consommé beaucoup d’images. Et en même temps, j’ai toujours été un littéraire, j’ai fait une prépa khâgne hypokhâgne et des études de philo, avant de me tourner vers les Beaux-Arts.
J’ai d’abord commencé à travailler sur des collages photos. Et puis en 2020, après un shooting, plusieurs personnes m’ont suggéré de me lancer à 100 % (de faire payer mes séances photos) et c’est comme ça que je me suis lancé. J’en ai vivoté un peu au début et puis petit à petit, j’ai réussi à me faire une place. En même temps, on est très peu à faire du portrait en argentique dans le milieu queer. Et puis à côté, je continue à écrire des textes, des livres… C’est tout ça, qui fait que j’en vis désormais.
*Au fait, petite info à destination des photographes avertis : Nanténé Traoré a travaillé avec un Nikon FM2, un objectif 50mm 1:1.8 avec une tri-X, développée dans du rodinal.