Logo

La lactation induite, ou allaiter un enfant qu’on n’a pas porté

Avec un peu d’hormones et de stimulations physiques, c’est possible.

Par
Pauline Allione
Publicité

« Les premières gouttes de lait, c’était une victoire phénoménale. C’était complètement fou de me dire que ça fonctionnait, mes seins fonctionnaient ! » À l’âge de 16 ans, Marie a appris qu’elle était atteinte d’une anomalie génétique qui l’empêcherait de tomber enceinte. Alors quand elle a fait appel à une mère porteuse pour avoir son premier enfant, elle a décidé de se lancer dans un protocole de lactation induite. Pour pouvoir allaiter son bébé, quand bien même il avait grandi dans le ventre d’une autre. « Au-delà des bénéfices pour l’enfant, c’était la seule possibilité que j’avais pour lui donner un tout petit peu de moi », retrace-t-elle.

RECRÉER LE CLIMAT HORMONAL DE LA GROSSESSE

La lactation induite permet à une femme, transgenre y compris, de donner son lait à un enfant qu’elle n’a pas porté. La technique est surtout répandue en cas d’adoption, de gestation pour autrui ou dans les couples de femmes. Quelques mois avant la naissance, la maman prend une pilule oestroprogestative afin de préparer la glande mammaire et d’entraîner la lactogenèse, ou la montée de lait. Un médicament contre les nausées, la dompéridone, permet également d’augmenter le taux de prolactine, l’hormone de la lactation.
« Les hormones vont recréer le climat hormonal de la grossesse. Quand la femme en est bien imprégnée, elle arrête la pilule du jour au lendemain comme si elle accouchait, et commence à tirer son lait », détaille Suzanne Grasswill, pédiatre et consultante en lactation. En simulant la tétée d’un bébé, le tirage régulier du lait (environ toutes les 3 heures, même la nuit en théorie) stimule sa production. « Au début elle n’aura rien, mais au fil des jours et des semaines elle aura quelques gouttes, puis quelques millilitres ».

Publicité

« Je n’y croyais pas du tout mais j’ai très vite eu du lait, c’était assez fou. J’ai même pu constituer des stocks au congélateur qui me sont hyper utiles, maintenant que ma fille va à la crèche », raconte Pauline Delabroy-Allard. Après une première expérience de l’allaitement peu concluante il y a dix ans, la romancière a voulu retenter le coup avec son deuxième enfant, porté par sa compagne.

Et ça a fonctionné : six mois après la naissance de leur fille, Pauline continue de l’allaiter, et n’a jamais eu besoin de lait artificiel. « Bizarrement, quand elle est née, je l’ai tout de suite considérée comme mon bébé, contrairement à ma première fille que j’avais un peu dû apprivoiser. On a passé énormément de temps l’une contre l’autre, ça a tout de suite créé un lien très fort entre nous ».

APRÈS LE CORDON OMBILICAL, LE CORDON LACTÉ

Comme l’explique Suzanne Grasswill, donner le sein permet de créer un « cordon lacté »: « Dans la continuité du cordon ombilical, il y a le cordon de lait, qui crée un lien charnel. Ces femmes n’ont pas eu la grossesse, mais le lait leur permet de se sentir plus maman, d’un point de vue physiologique ». D’autant que ce lait est aussi bon que celui d’une grossesse naturelle puisqu’il contient tous les nutriments et cellules vivantes dont l’enfant a besoin. « Pour le bébé, c’est le top du top », assure la consultante en lactation.

Publicité

De son côté, Marie n’a pas eu autant de chance que Pauline dans sa démarche : elle a pu allaiter sa fille, exclusivement puis en partie, jusqu’à ses trois mois. « Je savais que mon profil était assez particulier et que je prendrais ce que je parvenais à avoir, mais il y a eu un moment où il fallait arrêter de se battre pour profiter de l’instant présent. » Comme elle n’arrivait pas à augmenter sa production de lait pour suivre les besoins nutritionnels de son bébé, elle s’est contentée de ces premiers mois d’allaitement.

Mais elle conserve précieusement le souvenir de la première tétée de sa fille : « C’était complètement irréel, j’avais fourni tant d’efforts pour ce moment. Mais quand je l’ai mise au sein, c’était la chose la plus naturelle du monde. J’étais simplement une maman qui allaitait son enfant pour la première fois, et qui s’inscrivait dans une tradition naturelle et spontanée ».