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La fabuleuse histoire du papier toilette

Scoop: un jour, le PQ va disparaître, et on se satisfera tous du jet d’eau.

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Depuis le début du confinement, il est le produit star, celui qu’on s’arrache dans les rayons du supermarché et que l’on stocke triomphalement chez soi, espérant s’en servir pour contrer la menace de la fin du monde. Un vaccin miracle ? Une trousse de survie ? Non, il s’agit d’un rouleau de PQ. Alors que tournent des images de caddies remplis de lots de 24, des rayons dévalisés et même des bagarres devant les caisses, on en oublierait presque que cet indispensable de notre hygiène est finalement assez récent.

Petit retour en arrière.

Le PQ, un marqueur social

Ce qui est fascinant lorsqu’on se penche sur les ancêtres du PQ, c’est que cette histoire dit beaucoup de choses sur la différence entre les riches et les pauvres. Eh oui, la lutte des classes s’est aussi jouée aux toilettes !

Dans l’Antiquité déjà, les citoyens lambda se contentent d’une petite pierre – de préférence un caillou poli sans trop de relief pour éviter les accidents – alors que les riches privilégient la feuille de poireau, douce et délicate.

Les choses s’améliorent au XVIème siècle : les nobles arrêtent de se torcher avec leur chemise et utilisent des feuilles de velours, qu’ils abandonnent une fois leur mission accomplie.

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Durant le Moyen-Âge, l’inégalité sanitaire se poursuit. Les paysans se promènent avec un bâton pour gratter les gros morceaux, et peaufinent le travail avec du foin. Ça gratte un peu, mais ça ne laisse pas de trace !

Les nobles, eux, n’hésitent pas à se servir de leurs propres vêtements. Comme le décrit le Comte de Caylus : « Nous voyons des gens élevés avec soin et versés dans les sciences et répandus dans le monde, en qui néanmoins la nature laisse encore éclater un goût décidé pour la merde. » Oui, les riches de l’époque puent la bouse !

Dans les régions côtières, certains innovent avec le recours au coquillage. Prenez une coquille de moule entre vos doigts, servez-vous-en comme d’un attrape-merde, et jetez l’outil le plus loin possible.

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Les choses s’améliorent au XVIème siècle : les nobles arrêtent de se torcher avec leur chemise et utilisent des feuilles de velours, qu’ils abandonnent une fois leur mission accomplie.

Pour les roturiers, on en est toujours au bâton et au foin. Dans les régions côtières, certains innovent avec le recours au coquillage. Prenez une coquille de moule entre vos doigts, servez-vous-en comme d’un attrape-merde, et jetez l’outil le plus loin possible.

C’est en Chine qu’on relève la première trace de feuilles de papiers dédiées au popo. Mais attention, même si elles sont produites en milliers d’exemplaires, elles sont réservées à l’Empereur. Le peuple, lui, se transmet de père en fils et de mère en fille un bâton d’une vingtaine de centimètres que l’on conserve tel un objet sacré.

Hygiène et plaisir

Au XIXème siècle en Europe, l’hygiène est à la mode, on part à la chasse aux bactéries et aux infections. Il est donc bien vu de se soulager avec une feuille à usage unique. C’est le papier journal qui remporte un grand succès. Peu chères et disponibles en abondance, les pages des quotidiens connaissent une seconde vie après la lecture.

il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que le papier-cul s’impose dans les foyers des pays occidentaux.

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En 1879, aux USA, la société Scott Paper Company lance la production de masse du premier rouleau de PQ officiel. Un produit innovant, avec des feuilles pré-humidifiées et parfumées à l’aloe. Ça fait rêver, mais peu de familles sont prêtes à investir et c’est toujours le papier journal qui triomphe près du trône.

Finalement, il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que le papier-cul s’impose dans les foyers des pays occidentaux. Le produit ne cesse de s’améliorer : des marques comme Lotus popularisent le papier double épaisseur, pour plus de confort, puis triple épaisseur, puis la couleur, puis les parfums, puis les motifs de personnages Disney…

Aujourd’hui, le PQ, c’est :

– 13kg / an utilisés par chaque Européen

– 27 000 arbres coupés chaque jour pour le produire

– Un marché mondial estimé à 45 milliards de dollars

Mais ce succès doit être relativisé : n’oublions pas que 70 % des terriens n’utilisent toujours pas de papier toilette, et privilégient le rinçage à l’eau. Plus sain, le lavement à l’eau est d‘ailleurs recommandé pour éviter les hémorroïdes, les rectorragies ou les irritations de la muqueuse anale.

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Alors on n’a pas peur de vous l’annoncer : un jour, le PQ va disparaître, et on se satisfera tous du jet d’eau.

On espère que vous n’avez pas fait trop de stocks…