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La collapsologie ou comment réagir face à l’effondrement du monde
Vous avez l’impression que tout s’effondre en ce moment ? Malheureusement, ce ne serait que le début selon l’étude de la collapsologie.
Des morts, une pénurie de produits de première nécessité, la fin de la libre circulation des personnes… La pandémie actuelle est-elle le début de la fin du monde ? « C’est une étape d’un éventuel effondrement de notre société » répond le scientifique français Pablo Servigne. « Ce qui est en cause, ce n’est pas le virus, mais la manière dont les sociétés réagissent », poursuit-il. Et cet ingénieur agronome et docteur en sciences sait de quoi il parle: en 2015, il a publié un premier ouvrage sur l’étude de la collapsologie avec le chercheur Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Une sorte « de best-of des mauvaises nouvelles du siècle afin de comprendre et mettre des mots sur les effondrements qui sont en train d’avoir lieu ».
Cette idée ne date pas d’hier, elle apparaît pour la première fois en 1972 dans une publication du Club de Rome, un groupe de réflexion qui réunit scientifiques et économistes !
La collapsologie prévoit plusieurs « collapses » du capitalisme et de la biodiversité qui amèneraient à la fin de la société telle qu’on la connaît aujourd’hui. Cela veut dire que les services de base comme l’habitat, la santé et la distribution de l’eau ne seront plus garantis à l’ensemble de la population. Les conséquences directes ne sont pas compliquées à deviner… Des millions de morts seraient à prévoir avec des guerres, des migrations en plus des catastrophes naturelles. Cette idée ne date pas d’hier, elle apparaît pour la première fois en 1972 dans une publication du Club de Rome, un groupe de réflexion qui réunit scientifiques et économistes ! Cela dit, les chercheurs voient dans ce revirement de situation une occasion de se solidariser, de renforcer nos liens comme humains. Bref, tout n’est pas noir, s’y on réagit dans ce sens, bien entendu. Le chercheur a même co-fondé un magazine sur le sujet, Yggdrasil, étonnamment… lumineux, positif et qui célèbre la vie.
D’ailleurs, « à qui la faute ? » ces effondrements. La réponse n’est pas si simple, les deux collapsologues sont en train d’y réfléchir pour un prochain ouvrage. Mais on peut déjà vous dire que le capitalisme, le patriarcat, le colonialisme, la modernité, la séparation nature/culture en seraient les principales causes. Comme ces collapses commencent déjà à attaquer les années 2020, on a posé quelques questions à Pablo Servigne.
Ces effondrements, ils sont déjà là. On le voit avec l’épidémie de la COVID-19. Quelles sont les solutions pour éviter le pire ?
Pablo Servigne : Il faut presque tout changer, rapidement et massivement. C’est compliqué, déroutant, et je suis aussi perdu que tout le monde. J’invite juste à réfléchir dans cette perspective. J’invite à créer des alliances et à favoriser un climat d’entraide. Sinon on risque gros en termes de chaos social.
De quoi aura l’air notre mode de vie après ces effondrements ?
Chaque région, chaque peuple, chaque culture vivra des effondrements différents (ouragan, sécheresse, guerres, montée des eaux, etc.), et je ne sais pas comment ils vivront ces événements. Il ne faut pas voir dans l’effondrement un événement ponctuel et lointain, comme une sorte d’apocalypse rapide, homogène et brutale. Par contre, il faut déjà se préparer à vivre des choses assez dures… tout en favorisant les postures démocratiques, d’entraide, de résilience, de luttes (résistance), locales et globales, et surtout de joie. Ce n’est pas facile !
On peut dire adieu aux téléphones intelligents et aux technologies de pointe ?
Ce serait absurde ! Mais plutôt aller vers les techniques compatibles avec la biosphère et avec une conception de l’humain qui place les communs au centre. On pourrait aussi parler de « low techs » ou « technologies douces ». Ce qui est à éviter, c’est l’industrialisme, la grande échelle, et par conséquent la perte d’autonomie des gens… ça c’est vraiment la barbarie.
Est-ce qu’il faut le voir comme une chance de se reconnecter à la nature ?
Tout ce qui nous arrive depuis 50 ans, en termes de catastrophes écologiques, est une occasion de se reconnecter aux non-humains… et je dirai aussi à l’humain ! C’est facile à dire, mais il faut aussi arriver à le vivre et le pratiquer, car les modernes et surtout les citadins ont perdu ces liens, ce qui nous rend malades, comme vous le savez.
Sommes dans le déni face à cette possibilité d’effondrement?
C’est une question qui nous parle de notre finitude, de notre mort. Et ce n’est pas agréable, surtout pour nous les Occidentaux qui avons une phobie de ces questions, comme si nous étions d’éternels adolescents (ou enfants !) incapables d’accepter la souffrance, la finitude, la mort, et même l’humilité. Cet aveuglement est pathologique, et à mon avis c’est ce qui provoque les destructions et les catastrophes que nous subissons aujourd’hui.