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Festival OFF d’Avignon : nous bouillons de culture

Chadôôôr le théâtre (mais pas autant que la clim...)

15 juillet 2026
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Ça fait des années que je traîne ma carcasse à la Cité des Papes dans l’espoir de dormir autre part que dans une cage d’escalier (déjà fait en 2012) et sans me ruiner en mauvais choix de spectacles. Au fil des années, on commence à cultiver un certain flair mais cette année, le véritable spectacle, c’était avant tout la canicule. On connaissait les logements en bouilloire thermique, le concept est ici étendu à l’échelle d’une ville. Sans doute parce que le festival présente chaque année quelque1800 spectacles qui se joueront dans des salles pour la plupart climatisées, qui participent paradoxalement à faire grimper la chaleur intra-muros de quelques degrés rendant préférable une déambulation erratique dans les rayons du H&M à une balade au Palais des Papes.

Canicule 1 – Culture 0.

Mise au point pour les newbies

Revenons sur les bases et pourquoi dans cet article je vous parle surtout du festival OFF.

Tous les ans se déroulent en juillet à Avignon deux festivals de spectacle vivant. Le festival d’Avignon (= le IN) et le festival OFF d’Avignon (= le OFF).

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→ Le IN kézako : créé par Jean Vilar, il fête sa 80e édition et réunit une quarantaine de spectacles subventionnés dans des lieux patrimoniaux emblématiques de la cité. C’est la crème de la cream de la création du spectacle vivant, 80 % des spectacles sont représentés pour la première fois au festival.
Et en vrai ? Des spectacles longs, coûteux, souvent expérimentaux qui se jouent devant un public qui s’est fait refouler du festival de Cannes passionné. Ça, c’est pour le cliché et les mauvaises langues (que je suis). En réalité, ce sont tout simplement des grands spectacles joués dans des lieux uniques pour un prix relativement accessible.

→ Le OFF what iz this : 20 ans après Jean Vilar, André Benedetto, alors directeur du théâtre des Carmes à Avignon, décide de proposer lui aussi des spectacles en juillet sans toutefois faire partie du festival d’Avignon qu’il juge prout-prout (c’est pas comme ça qu’il l’a formulé à l’époque mais on n’est pas là pour la véracité historique). Moins institutionnel et plus contre-culturel, le OFF est devenu une industrie du spectacle vivant et concentre aujourd’hui presque 1800 spectacles, de tous les genres, de tous les budgets, parfois produits, souvent autofinancés et joués dans les 250 salles de spectacles ou lieux reconvertis pour l’occasion.
Et en vrai ? Un gouffre financier pour de nombreuses compagnies (entre la location de la salle, du logement, les frais d’affichage et de communication, et les restos chers et dégueu) qui s’évertuent à tracter dans les rues sous une chaleur de plomb pour remplir leur salle. Des spectacles aussi géniaux que moins géniaux qui cohabitent d’une salle à l’autre dans une très injuste hiérarchie des genres et des lieux (le monde des comédies fréquente peu celui du théâtre documentaire et inversement) plutôt bien illustrée par le film Avignon.

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Ceci étant dit, l’édition 2026 est plus fébrile que jamais (IN et OFF confondus : unis dans la galère) dans un contexte rude pour le secteur culturel dont le budget se voit chaque année raboté de 5 % (on rappelle que le budget de la culture c’est moins de 0,8% du budget de l’État). Des programmateurs qui ne se déplacent plus puisque de toute façon, ils n’ont plus le budget pour booker des dates (vous vous demandiez peut-être pourquoi le stand-up a envahi toutes les salles de spectacles de France, vous avez votre réponse : ça coûte pas cher). Tout ça, à quelques mois des présidentielles, quand les deux festivals se préparent au risque de subsister sous un régime d’extrême droite. YAY, QUI A HÂTE ???

Ambiance canicul-ture

Aller au théâtre est donc plus que jamais politique et comme je suis carrément engagée, j’ai pris soin de m’empiffrer d’une bonne dizaine de spectacles en 4 jours. Me voilà donc promue en guide critique pour celleux qui auront la chance de débarquer au festival d’ici le 25 juillet (en espérant que canicule se passe).

Mettez vos ceintures.

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On a attaque très fort avec From Martin du Eden, adaptation du roman culte de Jack London dans la cour extérieure du Théâtre du Roi René portée par un acteur dont l’énergie ne faiblit jamais malgré la température étouffante. Dans cette très juste adaptation, on traverse l’ascension de Martin, marin modeste propulsé au rang d’auteur à succès et sa terrible déception face à une société hypocrite où l’on n’accorde du crédit qu’à ceux qui ont du pouvoir. La mise en scène prend ses libertés pour raconter en creux de cette histoire les réalités du processus d’écriture et du travail d’auteur. De toute façon si vous n’avez pas encore lu Martin Eden, je vous prie de le faire avant même de finir cet article.

Puisqu’on en est à parler de snobisme, impossible de passer à côté de Parler Pointu. Seul-en-scène linguistique absolument génial au Théâtre des Carmes dans lequel Benjamin Tholozan nous explique comment sa formation d’acteur lui a imposé d’effacer son accent du sud. Une analyse glottopolitique de l’histoire du français, patois devenu langue officielle au détriment de la langue occitane – entre autres – qu’on a pris soin de réduire à néant. Un gouffre d’info truculentes dans lequel on apprend que “province” vient du latin “pro victis” stadjir “terre des vaincus” ; que le “patois” vient de “patte” manière méprisante de qualifier un dialecte incompréhensible nécessitant gesticulations ; et que la couleur trouble du Pastis est due à la micro-émulsion de l’anéthol.

Parler Pointu ©Blokaus808
Parler Pointu ©Blokaus808
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D’accents, il n’est pas question dans Bigre à la Scala, mélo burlesque créé en 2014 par Pierre Guillois (qui nous a offert des chefs-d’œuvre comme Les gros patinent bien) : trois locataires de chambrettes sous les toits parisiens (cc Yann B) partagent un même palier et offrent à notre vue leur quotidien ponctué de catastrophes à travers des échanges en borborygmes qui vont littéralement vous buter de rire.

Et puisqu’on parle de mort (j’ai un bac + 12 en transitions), on trouvera Ceux qui restent encore à la Scala, drame touchant sur la fin de vie, servi par une troupe flamboyante qui formule une réflexion pertinente et d’actualité sur la mort assistée. D’ailleurs, si vous aimez les morts, mais les morts rigolos, on fait un virage à 180° avec Superfreak au théâtre des Lucioles : ce spectacle délirant nous enseigne les clés d’un film d’horreur réussi (mais aussi ses grosses ficelles). Un trio de hip-hop aussi plantureux que testostéroné s’installe dans une maison où tout indique qu’ils vont se faire charcuter par un serial killer sanguinaire, quoiqu’un peu nul.

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Un spectacle qui partage quelques points communs avec la star de cette année : Fin, fin et fin au Théâtre des Béliers. Pour vous donner une idée, cette comédie a remporté autant de Molières que moi de vents avec les zhôms. Trois colocs dans une France en proie à une invasion zombie se mettent en quête d’organiser leur dernier déjeuner. Une ode à l’amitié hilarante qui prouve qu’on peut tout faire sur scène y compris des combats de zombies.

Et finalement, si la fin du monde c’était de se retrouver coincé dans un gymnase après une inondation du camping de Palavas les flots ? C’est en tout cas dans ce cadre que Tamara entreprend de raconter sa vie et son malêtre inextinguible à une inconnue entre deux annonces peu rassurantes : Le Fond de la piscine à Présence Pasteur. Un seul-en-scène sur le mal de vivre et comment composer avec les traumatismes inavoués de son enfance.

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Si toutefois vous êtes plutôt du genre à aimer la folie, l’histoire, le mystère et les îles il faudra naturellement poser vos valises au Théâtre Le Paris (alors qu’on est à Avignon MDR délire) pour y découvrir La folle histoire de l’île mystérieuse : spectacle d’aventures qui nous en met plein les mirettes avec des bastons, des crashs d’avion, des attaques de dinosaures. Un cocktail Molotov de l’univers de Jules Verne, Jurassic Park et Indiana Jones qui donne un coup de fraîcheur tout en foutant le feu à la salle (c’est une expression, détendez-vous).

Comédien en pause de tractage face à un vélociraptor desséché.
Comédien en pause de tractage face à un vélociraptor desséché.
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Pause sous les arbres au tiers-lieu du Respélid’ (parce qu’on trouvait que passer notre vie dans des théâtres c’était pas encore assez de gauche) pour y découvrir Ici et maintenant, court spectacle méta-théâtral dans lequel se joue une réflexion dialoguée sur le langage, l’acte de représentation et la diffusion du spectacle vivant.

Pas toujours besoin de langage parlé cela dit, quand on maîtrise celui du corps : bang bang au CDN – Les Hivernales ne s’encombre pas de parole. Deux danseurs se livrent à une performance hypnotisante dont la partition repose sur la répétition d’un même mouvement. On finit par rire de nervosité en scrutant la moindre défaillance et les gouttes de sueur qui coulent en cascade. La danse a ceci de précieux qu’elle offre une expérience toujours extrême de spectateurs sans ne livrer aucune clé et ça, ça émeut.

Emeu.

La guerre des émeus
La guerre des émeus
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Connaissez-vous La Guerre des émeus ? Vraie histoire d’une guerre inter-espèce qui opposa dans les années 30 l’armée australienne à 20 000 émeus (pour ceux qui jouent pas aux mots fléchés, les émeus sont des sortes de grosses autruches inaptes au vol). Cet épisode historique insolite mais bien réel illustre l’infinité de la bêtise humaine à travers deux comédiens de génie dans cette pièce du même nom à La Factory . Pépite inloupable du OFF. On reste dans le secteur de la bêtise humaine avec Climax au Théâtre du Girasole qui connaît chaque année un succès renouvelé au festival. En mêlant théâtre, danse et chanson dans un bouquet de sketchs désopilants, les quatre comédiens mettent en lumière les problématiques plus actuelles que jamais du réchauffement climatique.

Et puisqu’on aime les pépites, on finit sur le spectacle le plus chelou qu’il m’ait été donné de voir : Denise Jardinière vous invite chez elle au Théâtre Notre-Dame. Une étrange gouvernante au rouge à lèvres clownesque nous accueille dans un salon avant d’annoncer l’arrivée imminente de Denise. Mais Denise tarde à pointer le bout de son nez. Pourquoi ? Peut-être parce qu’un spectateur a toussé. D’ailleurs si l’un tousse, tout le public est sommé de tousser en chœur. Mais je m’arrête là car aucun résumé ne rendra compte de l’originalité de ce spectacle ébourrifing.

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J’ai également vu des trucs nuls qu’on va se garder de citer car c’est aussi ça la beauté du festival : accepter de voir une pièce pas terrible et s’offusquer devant des affiches horriblement laides (toujours mieux que celles générées sur IA qui commencent à être légion). On quitte la fournaise en train. 4 heures de retard. Le trajet ressemble à un safari d’incendies. Vous aussi, vous avez parfois l’impression de vivre le dernier été (le plus frais) avant la fin du monde ? Allez bisous cani-culturels.

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