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Être queer à Paris : entre insultes et agressions

Paris, ville de l’amour… Mais pas pour toustes.

Par
Elie Hervé
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Ce sont des propos homophobes, des remarques sur la manière de s’habiller, des coups ou des pièges tendus sur des applications de rencontres. Des pics et des hématomes qui rappellent que l’espace public parisien n’est pas LGBT friendly. Que les passages piétons arc-en-ciel ne régleront pas le problème et qu’il est temps que nos politiques s’engagent pour une vraie lutte contre les violences de genres (sexistes, sexuelles et LGBTphobes).

Pour moi, ça a été une pluie d’insultes pendant de très longues minutes dans le 11e arrondissement. Mon tort ? Être allé à La Poste déposer un colis pour mon neveu avec un sac aux couleurs arc-en-ciel. Cette pluie d’insultes s’est ensuite déportée sur les réseaux sociaux où les menaces de mort et de viols ont pris de plus en plus de place dans mes DM. Des messages envoyés par des trolls, des personnes homophobes mais aussi par quelques hommes cis gays. Une agression de plus, qui vient s’ajouter à une liste déjà trop longue.

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Team jean basket

Dans mon entourage, beaucoup de mes ami·es ont mis en place des stratégies pour survivre dans l’espace public parisien. Comme Emilie*, 28 ans. « Je ne me sens pas encore à l’aise dans mon identité de genre, j’essaie d’être la plus invisible possible dans la rue. Par exemple, je ne porte jamais de tenue jugée trop féminine. Je vais être en jean basket tout le temps et je me change en général quand j’arrive chez les gens ». Sam, 22 ans, lui aussi évite les couleurs trop flashy ou les vêtements qui pourraient laisser penser qu’il n’est pas une personne hétéro cis. « Je me souviens de cet homme qui m’a suivi dans la rue pour savoir si j’étais un homme ou une femme. Il m’a insulté en plein jour et personne ne réagissait », explique-t-il.

Pour Sarah, 34 ans, la violence s’est matérialisée par des propositions de plans à trois et des insultes lesbophobes. « On a eu très peur. On sortait d’un bar, on était un peu bourrées et on s’est embrassées. On avait oublié qu’on était dans la rue. » Le bar, situé un quartier chic de Paris, fermait ses portes. La rue commençait à se vider et trois hommes sont passés à ce moment-là. « Au début, ils nous ont demandé s’ils pouvaient se joindre à nous et quand on a dit non, ils nous ont traitées de tous les noms. Ils ont commencé à se rapprocher, à nous toucher. C’était horrible, on ne savait pas quoi faire. Heureusement que le VTC est arrivé parce que sinon, je ne sais pas comment ça se serait terminé. »

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Une place pour rendre hommage à un homophobe

Paris, une capitale de l’amour qui se veut LGBTQI+ friendly mais, qui peine, tout comme l’Etat français, à mettre en place de vraies mesures de lutte contre les discriminations dans l’espace public. En 2021, la maire de Paris, Anne Hidalgo avait même soutenu la proposition de la mairie du 16e arrondissement de rebaptiser une place par le nom de Claude Goasguen, un homme politique de droite ouvertement raciste, misogyne et homophobe. Un symbole fort qui souligne, une fois encore, à quel point les passages piétons arc-en-ciel sont là pour masquer l’absence de politiques en faveur de la lutte contre les LGBTQIphobies. Et ce manque a des conséquences désastreuses. Selon une étude de l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et la Dilcrah, 59% des personnes LGBTQI+ interrogées qui habitent à Paris ont déjà été victimes d’injures ou de menaces homophobes. Contre 44% pour les personnes qui vivent dans une commune rurale.

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Si ces agressions sont violentes et qu’elles peuvent avoir des conséquences sur le long terme, seules 20% des personnes LGBT+ agressées déposent plainte selon l’enquête Cadre de vie et sécurité, menée sur la période 2012 à 2018. Concernant les injures, ce taux chute à 5%. Les chiffres qui s’expliquent par la difficulté à être écouté·e, pris·e au sérieux et à obtenir un procès équitable.

Porter plainte ou ne pas porter plainte

Moi non plus je ne porterai pas plainte, même si ces insultes queerphobes sont punies par la loi. Pas parce que je trouve que cela n’est pas grave, mais parce que je sais qu’il n’y a aucune chance que ma plainte aboutisse. Je ne peux compter le nombre de violences LGBTQIphobes ou misogynes que j’ai subies depuis mes 13 ans, en revanche, je peux compter le nombre de fois où une de mes plaintes s’est terminée par une condamnation. Zéro.

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Admettons un instant que ma plainte soit prise par la police, que la police ne me rit pas au nez, comme en 2020 quand j’ai voulu porter plainte pour des menaces de mort et une tentative de violation de domicile. Admettons donc que cette plainte soit acceptée par la police et qu’elle ne finisse pas abandonnée sur un bureau parce qu’il y a plus important à traiter. Elle sera probablement classée sans suite, et je pourrais même ne jamais en être informée. Ce mauvais accueil dans les commissariats est régulièrement dénoncé. Mal ou pas formés, certain·es policier·es font passer leurs préjugés avant l’intérêt de la victime. En janvier 2022, un policier de Nice avait ainsi demandé à Lou, 19 ans, si elle avait joui lorsqu’elle a été violée. Elle avait aussi été mégenrée pendant toute la procédure.

Aussi, pour tenter d’apporter une solution, une association de policiers, Flag, a lancé un accueil en commissariat pour les personnes LGBTQIA+. Ce qui avait permis à une de mes amies de porter plainte contre un exhibitionniste à Marseille. Dans un premier temps, sa plainte avait été refusée par la police (ce qui est illégal rappelons-le). Alertée, une personne de Flag lui avait alors proposé de revenir pour prendre sa plainte. Elle a depuis été classée sans suite.

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Malgré tout, en un an, à Paris et sa proche banlieue, les plaintes pour des agressions homophobes ont progressé de 30,5 %, selon la Préfecture de police. Depuis le début de l’année, 573 plaintes à motif homophobe ou transphobe ont été déposées contre 439 l’an dernier. C’est la capitale qui concentre le plus grand nombre de plaintes avec 359 plaintes déposées depuis le début de l’année, soit une hausse de près de 27%. De son côté, SOS homophobie dénonce une explosion des violences transphobes.

Face à ce triste constat, il est grand temps que nos politiques luttent contre les violences et les discriminations. Cela devrait commencer peut-être par ne pas inviter de personnes transphobes dans les ministères voire même (rêvons un peu) d’avoir un gouvernement exemplaire.

On rappelle que Darmanin est toujours ministre de l’Intérieur. Accusé de viol, il défilait aussi fièrement avec la Manif pour tous. Que dire de l’ancienne ministre Caroline Cayeux ? Celle-là même qui sur un plateau de TV avait qualifié les personnes LGBT de “ces gens-là” tout en réaffirmant son opposition au mariage pour toustes. Est-ce aussi le moment de rappeler qu’Emmanuel Macron s’est rendu au Qatar pour la coupe du monde de foot et en a profité pour féliciter le pays pour l’organisation. Les 6500 ouvriers morts et les personnes LGBT qui risquent la peine de mort dans ce pays, apprécieront.

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Alors, pour 2023, écoutez-nous. Vous qui avez le pouvoir de faire changer les mentalités, vous les politiques, écoutez “ces gens-là”. Faites en sorte que l’on ne soit plus victime de votre inaction. Faites en sorte que Paris soit vraiment la ville de l’amour pour toustes.