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Entrevue : Paul Lasne – Une plume sous les crampons
Le joueur de football professionnel portant le numéro 8 du Stade Brestois 29 ne va pas là où on l’attend. Le 2 février, il sortira son premier livre MurMures aux éditions Le Tiers Livre. Paul Lasne, milieu défensif de 31 ans, a profité du premier confinement pour se découvrir davantage en se lançant dans un nouveau défi : l’écriture. Comptant plus de 300 matchs de haut niveau à son actif, les pelouses de Ligue 1 ne sont plus son seul terrain de jeu. Désormais, dans sa boîte à outils il y a des crampons en cuir mais aussi un stylo plume.
Chez URBANIA, on a toujours eu un faible pour les personnes qui vont dans le zig lorsque la forte majorité préfère aller dans le zag. Nous avons donc pris rendez-vous avec Paul pour en savoir plus sur lui, ses inspirations et les 36 chroniques de MurMures. De Romain Gary à Rolland Courbis, de Jean Giono à ses coéquipiers de vestiaire, Paul nous raconte tout. La preuve ci-dessous.
MurMures est né pendant le premier confinement, quel a été le déclic qui t’as poussé à t’installer face à une feuille blanche pour démarrer ce livre ?
Je suis allé faire les courses le jour de l’annonce du confinement. C’était une situation inédite, nouvelle pour tous. J’ai senti un climat anxiogène. En rentrant chez moi, instinctivement, j’ai voulu décrire ce moment, en posant des mots sur papier. Mon épouse a lu le texte, m’a encouragé à continuer. C’est parti de là. L’idée d’en faire un livre est venue plus tard.
Dans quel état d’esprit as-tu écrit ce livre ?
Au début, c’était une distraction, un jeu, les mots avaient remplacé le ballon. C’était un moment d’évasion dans un quotidien qui pouvait devenir très routinier et difficile à vivre. De part l’écriture, chaque jour était une nouvelle histoire. Puis l’ambition d’en faire un livre est arrivée, j’étais lancé et devais aller au bout de l’aventure.
Pourquoi le livre s’appelle MurMures ?
Je souhaitais trouver un titre en rapport avec ce contexte de confinement. Les murs symbolisaient bien cette idée « d’enfermement ». Je réfléchissais autour de ce mot et très vite « MurMures » est apparu. Il y a cet écho, comme pour appuyer cette notion. Le M majuscule au milieu du mot en est un clin d’œil. Et puis toutes ces chroniques racontent l’intimité d’une vie, elles sont comme des confidences, des murmures…
Si tu as juste le temps d’un voyage en ascenseur pour le présenter à quelqu’un, que lui dirais-tu ?
Tu montes au 4ème ? Trêve de bavardages. Tu as tout le temps pour lire une chronique…
Quelles émotions doit-on s’attendre à ressentir en découvrant ces 36 chroniques ?
Des émotions familières, car chacun peut se reconnaître dans ces instants de vie.
Est-ce que c’est de la fiction ou il y a une part de réalité dans tes écrits ?
Le livre est intégralement tiré de faits réels! Certains textes cependant offrent une part d’échappée plus fictive, plus imagée, que chacun pourra s’approprier selon sa propre sensibilité.
Quelle est la chronique qui te tient le plus à cœur ?
Choix difficile, chacune raconte un moment particulier, je suis attaché à toutes. Je dirais « Forêt », car elle était mon évasion physique, le moyen de respirer la nature, d’échapper aux murs de la maison et aussi une source de réflexion pour mes textes. Je peux vous dire que j’en connais les moindres recoins, j’y ai parcouru des bornes !!
Pourquoi avoir choisi d’écrire des chroniques plutôt qu’une autobiographie comme tout le monde ?
Le contexte s’y prêtait bien. Je n’avais qu’une heure et demi par jour pour écrire, le temps de la sieste de mes jeunes enfants, d’où le format des chroniques, très court et qui me convenait très bien. Je me suis adapté au temps dont je disposais. Ça ne m’intéressait pas d’écrire une autobiographie.
Est-ce que c’est le temps breton qui t’a poussé à écrire ? Aurais-tu eu la même démarche sous le soleil de Montpellier ?
L’envie d’écrire était là, imperméable au climat pourtant instable (pour ne pas dire plus) de Brest. Et finalement nous avons eu du bleu dans le ciel, tous les jours ou presque. Un comble! La 3ème ville française la plus ensoleillée pendant le confinement…
Pourquoi écrire rend un moment ordinaire extraordinaire ?
A l’instant où l’on se retrouve face à la feuille blanche, une liberté infinie s’offre à nous. Le pouvoir de l’imagination et la manière dont on peut assembler les mots n’ont aucune limite. C’est un départ pour un voyage vers une inconnue, quelque chose qui n’existe pas encore et qui prend vie grâce aux mots. C’est vertigineux et excitant.
Les performances, les chiffres et les statistiques font partie intégrante de la vie quotidienne d’un footballeur, quel est l’objectif que tu t’es fixé avec MurMures ?
Justement, écrire était un moyen d’explorer autre chose, sans faire de parallèle avec mon métier de footballeur. Le fait de tenir mon livre entre les mains était ma seule préoccupation. Si les gens sont curieux de le découvrir, c’est génial, mais l’aboutissement est ailleurs.
Est-ce que tes coéquipiers au Stade Brestois ont pu avoir le livre en exclu ? Et ton coach Olivier Dall’Oglio ? Quels sont leurs retours jusqu’à maintenant ? Ça doit un peu chambrer dans le vestiaire, non ?
Certains sont curieux, posent des questions, d’autres moins. Nous n’avons pas tous les mêmes centres d’intérêt. Pour l’instant ça n’a pas chambré ! Le coach a eu un exemplaire il y a quelques jours et les joueurs intéressés en auront un rapidement bien entendu.
Que réponds-tu aux gens qui disent que les footballeurs n’ont rien dans le cerveau et tout dans les pieds ?
Qu’il vaut mieux avoir tout quelque part que rien partout !
Quel écrivain ferait un bon milieu défensif ? (ndlr Paul Lasne évoluant à ce poste sur le terrain)
Il faudrait que cet écrivain soit au service de son équipe, mette en lumière d’abord l’œuvre collective plutôt que sa propre personne. Donc un auteur qui ne met pas son nom trop en avant, ni sa photo sur chaque couverture.
Un milieu défensif doit être simple, efficace, gagné beaucoup de duels ( la fameuse bataille du milieu de terrain), donc un auteur qui écrit simplement, mais de manière très efficace et percutante dans le choix des mots.
Un joueur à ce poste doit être endurant, donc l’auteur ne doit pas s’essouffler et tenir la distance dans son roman.
Je suis en train de lire « Le hussard sur le toit » de Jean Giono. Il remplit toutes les cases. Il peut endosser le maillot.
Tu as évolué sous les ordres du légendaire entraîneur Rolland Courbis qui est très connu aussi pour son talent a joué avec les mots, quelle est la phrase ou la punchline sortant de sa bouche qui t’as le plus marqué ?
Il y en a beaucoup! Quand on re-visionnait nos matchs, il analysait nos actions et très souvent disait : « Il ne manque pas grand chose, mais il manque toujours quelque chose!! » C’est sa manière à lui d’être exigeant. Mais avec sa voix et son accent si singuliers, ça devenait théâtral ! De tous les coachs que j’ai pu croiser, les causeries de Rolland Courbis sont les plus mémorables!
Si tu ne peux garder qu’un seul livre dans ta bibliothèque, ça serait lequel ?
La promesse de l’aube de Romain Gary. Une autobiographie romancée de l’auteur qui eut une vie très riche et contrastée. Ce livre prouve que malgré beaucoup de revers, de drames parfois, il faut toujours garder une flamme en soi.
Si tu dois choisir qu’une seule de ces deux récompenses : le Prix Goncourt ou un titre de champion de France de football ?
Champion de France ! Le football m’accompagne depuis l’enfance. Et puis il est une récompense collective, partager un titre, une victoire, est beaucoup plus puissant. Ça soude un groupe de mecs à vie ! Pour le Goncourt on verra plus tard !
Quels conseils donnerais-tu aux jeunes et moins jeunes qui ne croient plus en grand chose ? On leur dit de faire du foot ? De la littérature ? Les deux ?
Les deux ! Tout du moins d’être curieux, d’explorer tout ce qui les touche, tout ce qui leur procure de l’émotion. Quand on ressent de l’émotion pour quelque chose, on s’y engage et c’est déjà une première victoire.