J’ai plutôt été confortée dans le fait que les géants du numérique contrôlent encore et toujours plus nos vies numériques. En s’arrogeant le droit de valider et d’encoder les emojis que l’on retrouve dans les claviers de nos téléphones intelligents, le Consortium Unicode, cet organisme américain de la Silicon Valley, à but non lucratif, chargé de la standardisation des écritures, s’arroge le droit de contrôler nos moyens d’interactions finalement. Le Consortium est extrêmement lié aux GAFAM. Les emojis constituent en cela un énième symbole de l’influence des géants du web sur nos vies. Plus j’avançais dans la réalisation de la série et plus je trouvais pertinent de se poser vraiment la question de l’influence de ces entreprises privées sur notre langage des années 2010-2021.
Car on voit à quel point le langage, la langue, et on le sait bien au Québec, peut parfois servir d’instrument de domination culturelle. En regardant la série, j’ai envie que le gens se posent des questions, que cela fasse réfléchir. Il n’y a rien de mal à utiliser des émojis, juste ne pas oublier que derrière ces symboles, même si n’importe quel citoyen peut proposer un emoji, au final, ce sont des experts des plus grandes entreprises privées de la Silicon Valley qui tranchent et qui ont le contrôle de nos émotions.
Il y a un côté positif, c’est l’inclusion. Mais il a fallu attendre 2015 pour avoir des emojis avec des différentes couleurs de peau, en 2019 toute une flopée d’émojis de genre neutre. En 2022, on devrait avoir un emoji « homme enceint », et « personne de genre neutre enceinte », c’est une avancée.
Le rappeur queer Lil Nas X a fait récemment la promo de son album « Montero » en postant des emojis d’homme enceint. Mais il reste encore du chemin à parcourir pour arriver à encore plus de représentativité et de diversité.
Leur pouvoir caché, je dirai, c’est qu’on peut leur faire dire ce qu’on veut. Envoyer une part de pizza 🍕 à quelqu’un qui a les mêmes codes « émojis » que nous ne veut pas forcément dire : « J’ai super faim je mangerai bien une part de pizza », mais plutôt : « je t’aime » ! Comme l’explique Jennifer Daniel, la cheffe du sous-comité Emoji du Consortium Unicode dans la série.
Cette réinvention, cette réappropiration, je trouve ça super. On peut essayer d’imposer ce qu’on veut, mais l’être humain a quand même la capacité de fabriquer du sens de façon assez libre et assez sauvage, en fait.
Ce qui n’empêche, parfois le choix de tel ou tel émoji peut porter un coup à notre réputation digitale. Par exemple, l’émoji mort de rire est considéré ringard par la génération Z, il est estampillé « boomers ». Je n’ai pas encore de boule de cristal, mais je pense qu’on va aller de plus en plus vers une hybridation des moyens d’interactions digitaux, des mélanges de gifs, d’emojis, d’avatars, de contenus audio… mais en aucun cas vers un appauvrissement du langage.
Avec Shigetaka Kurita, l’inventeur des 176 émojis japonais chez NTT DoCoMo, j’ai passé une bonne partie de la nuit à URBANIA car les Japonais ont 14h d’avance sur nous et il comme il ne parlait pas anglais, il fallait laisser le temps à l’interprète de pouvoir tout traduire. Ça a été une super rencontre !
Je peux parfois signer des messages d’un coeur rouge avec une femme en tuxedo, et je pense que dès que le Hamsa d’O’plérou sera disponible en 2022, je l’utiliserai pas mal.
Si je devais proposer un emoji, je proposerais un emoji « churros ». Ce sont des pâtisseries espagnoles. J’adore, c’est un peu ma madeleine de Proust (en plus gras !). Dans la famille des desserts, on retrouve entre autres, un flan, un donut, un cupcake, un cookie… et pourquoi pas des churros !??
L’émoji qui me fait le plus d’effet, c’est pas original, mais j’adore… la pêche 🍑
Une prochaine collaboration avec URBANIA ?
❤️ à toute l’équipe de la série en France et au Canada.