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Du street art plein la campagne: le fabuleux destin du château de La Valette
À Villemoutiers, il n’y a plus d’école, plus de tabac, plus de supérette, plus de bureau de poste… Loin d’être un cas isolé, ce bourg est devenu, comme tant d’autres, un village-dortoir. C’est là que Sébastien Lis a grandi, non loin de Montargis, la Venise du Gâtinais. C’est dans cette région qu’il rencontre aussi son meilleur ami Mathieu Desbourdes, lors des années lycée. Permis en poche, ils sillonnent leur petit coin de paradis et découvrent le domaine de La Valette, totalement à l’abandon depuis les années 1980. « On venait souvent faire les cons mais sans dégradation. On aimait se faire peur ! », se souvient Sébastien. 10 ans plus tard, ils créent l’association Urban Art Paris, sont complètement dopés au street art, passionnés de patrimoine et bien décidés à ne pas laisser mourir leurs villages.
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« Amener l’art ici, cela signifie amener plusieurs manières de penser et d’appréhender le monde. L’art urbain permet cette liberté créative. »
« Nos villages meurent petit à petit et nous refusons cette fatalité. C’est la raison principale pour laquelle nous avons décidé d’amener l’art jusqu’à Pressigny-les-Pins », argumente Sébastien Lis. Un soir d’automne 2016, la renaissance du Château est entérinée avec l’accord de son nouveau propriétaire – depuis 2012 – qui accepte la mise en place d’un projet artistique. Son nom ? Label Valette. Cette aventure, qui est une formidable utopie collective, a une saveur toute particulière pour Sébastien qui n’ignore pas l’histoire mouvementée de ce patrimoine ayant appartenu aux républicains espagnols avant de tomber aux mains du régime franquiste. « Je suis d’origine espagnole par mon père, qui vient d’une famille de réfugiés politiques. J’ai un lien émotionnel avec ce site qui symbolise la pensée unique des régimes totalitaires. Amener l’art ici, cela signifie amener plusieurs manières de penser et d’appréhender le monde. L’art urbain permet cette liberté créative. ».
Edifié en 1864 pour le général Marie-Joseph le Bouëdec et sa femme Marie Raymonde Antoinette de Lavalette, rien ne prédestinait ce lieu à devenir un repaire pour exilés espagnols, un collège sous Franco, une colonie de vacances, un immense terrain de jeu artistique et une toile géante à laquelle se sont déjà frotté des grands noms du street art : Okuda, 3ttman et l’Atlas.
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Ou comment deux enfants du pays ont embarqué leurs amis et des bénévoles dans une révolution urbaine en rase campagne. Mais non sans difficulté avec la maire. Celle-ci s’était opposée à la tenue de la première édition en 2017, alors même que le Label Valette avait tout le soutien de la région, du département, de la communauté de communes, des institutions qui remerciaient tous ces bénévoles de faire vivre leur campagne quand la maire s’inquiètait de la tranquillité de ses administrés. « Même du côté des habitants, il y a d’abord eu beaucoup de méfiance et d’hostilité. Heureusement que la médiation permet d’expliquer notre démarche. Nous recevons des témoignages d’anciens collégiens qui voient le domaine de leur enfance évoluer. Le plus marquant, c’était l’année dernière, un opposant au projet est venu avec sa famille. Il était contre à la base car pour lui on lui volait son enfance et ses souvenirs. Et quand il est venu, il a compris que l’objectif était justement de continuer à le faire vivre ; il a même pleuré. »
« Nous ne voulons pas que le passé soit effacé, nous voulons que ces souvenirs vivent et que cela puisse même vivre après nous. »
Nombreux sont ceux qui défendent l’idée d’un patrimoine statique. Or à la lueur du succès rencontré par les deux premières éditions qui a accueilli 3500 festivaliers – la commune ne compte que 498 habitants –, il apparaît très clairement que le patrimoine doit au contraire vivre et que l’on peut amener de nouveaux usages, comme cela avait d’ailleurs était le cas par le passé pour ce domaine reconverti à plusieurs reprises. « Qu’est-ce qu’on fait de ces monuments en danger qui n’ont pas de spécificité nationale ou régionale, mais locale ? », s’enflamme l’enfant du pays. « On les laisse à la nature et ils tombent en ruine ? Nous ne voulons pas que le passé soit effacé, nous voulons que ces souvenirs vivent et que cela puisse même vivre après nous. Pour nous, ce domaine est un magnifique livre et nous ne sommes qu’un chapitre. Un tel événement permet de rendre aussi de la fierté aux habitants du village, qui étaient en grande majorité hostiles au projet au début. Label Valette est même référencé dans des guides touristiques tels que le Guide du Routard, le Petit Futé et dans des magazines de référence comme le National Geographic ; même sans y être venus, les gens connaissent désormais l’existence de Pressigny-les-Pins ! ».
Au total ce ne sont pas moins de 10 000 mètres carrés de murs qui reçoivent chaque année les bombes et les coups de pinceaux d’artistes émergents et reconnus. Si la masterpiece demeure le château confié cette année à l’Atlas, six autres bâtiments sont également reliftés depuis 2018 : la chapelle, les écuries, les deux dortoirs, la chaufferie et la laverie.
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Titre prophétique d’une chanson d’IAM qui date de 1997, « Demain c’est loin », donne le « la » de l’édition 2020. Un thème prémonitoire choisi bien avant la pandémie du coronavirus et qui se nourrit tout de même des différents mouvements pour l’environnement. « Nous voulions interroger les artistes sur les craintes et les espoirs en l’avenir que ce soit positif ou négatif. » La fresque de Perrine Honoré est à ce titre ambivalente, le trait naïf et les couleurs contrastent avec son message très sombre : une arche qui prend feu sous l’œil d’un homme qui regarde au loin et compte ses billets.
Unies par ce fil rouge, l’ensemble des œuvres se répondent et une grande majorité dialogue avec la nature, omniprésente dans cet écrin boisé. Si le festival qui se tient les 28 et 29 août avec une affiche musicale hautement rappeuse (Arsenik, Neg’Marrons, Nemir…), du live painting et des battles de graffiti, les fresques et installations seront visibles pendant un an, dont la chapelle transformée en boule à facette par Le Diamantaire et les murs des dortoirs pimpés par Sherio, Katre, Seth One ou encore Mondé.
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« On ne sait pour combien de temps nous disposons du château car son propriétaire a un projet de chalets vacances. Le projet hors les murs à Montargis c’est aussi une manière de se dire que si jamais cela s’arrête on a une base de repli. Mais on a envie de trouver un lieu qui a une spécificité similaire, nous faisons des repérages et nous avons déjà des idées. On veut développer le Loiret car c’est un territoire qui a beaucoup morflé, avec de nombreuses fermetures d’usines, de la précarité sociale et finalement peu d’espoir. On veut que les habitants parlent de leur territoire avec fierté. »
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