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Du bistrot fermé à l’absence de médecins en passant par le menu de la cantine… Toutépolitik
Au fil d'une flânerie nocturne, on peut parfois prendre conscience des conséquences de nos choix d'électeurs
Pourquoi ton bus est gratuit… ou pas ?
1h45, rideau, le bar ferme ses portes.T’as plus qu’à … attendre le bus. Sauf que … oups. Ton dernier €, tu l’as dépensé pour une partie de flipper. Et il se trouve que tu as un poquito trop bebido pour faire du vélo. Y a plus qu’à marcher.
Si seulement tu habitais dans une de ces villes comme Dunkerque, dirigée depuis 2014 par une majorité divers gauche, où les transports en commun sont gratuits pour TOUT LE MONDE depuis 2018 !
C’est toujours mieux que de vivre à Calais où l’aspirant maire (RN of course) veut que la gratuité ne concerne que les “””ayant-droits””” ou à Nice où Estrosi réserve cette gratuité à ses électeurs (enfin aux retraités, mais c’est pareil).
Pourquoi ton centre-ville est piéton… ou saturé de voitures
Ce soir, tu rentres à pattes.
Pour le sociologue Michel de Certeau, c’est le meilleur moyen d’habiter la ville et de se la réapproprier. Walter Benjamin pensait que les flâneurs étaient des résistants à l’accélération moderne, prêts à marcher sans but juste pour ralentir le capitalisme…. Poète que tu es, tu viens de manquer de te faire écraser par un énorme SUV.
Flâner est pourtant un luxe, pas donné à toutes les villes ! Piétonisation, largeur des trottoirs, zones 30, mobilier urbain, place accordée aux parkings à l’orée du centre-ville sont relèvent de décisions municipales concrètes.
À Strasbourg, dirigée par une majorité écologiste depuis 2020 jdisçajdisrien, la piétonisation et les mobilités douces ont été renforcées et commeparazar, elle est aujourd’hui une des 5 villes françaises les plus avancées en termes de transition écologique.
Pourquoi ton loyer explose… ou pas ?
Au grès de ta flânerie (ivresse) tu te laisses dériver jusqu’au quartier dans lequel tu as grandi. Avant, les immeubles étaient moins propres mais les bistrots n’étaient pas chers. Pas de doute : ce quartier a été… gentrifié. C’est d’ailleurs pour ça que tes parents ont dû se barrer : les loyers en hausse, c’est politchique.
C’est le conseil municipal qui vote le Plan Local d’Urbanisme. C’est à dire qu’il décide où l’on construit, quelle hauteur d’immeuble est autorisée, quelle densité est permise et combien de logements sociaux doivent être intégrés aux nouveaux programmes…
La loi SRU impose aux communes 20 à 25 % de logements sociaux. Certaines municipalités utilisent pleinement ce levier pour maintenir de la mixité quand d’autres construisent peu et préfèrent payer des pénalités. À Paris, la majorité municipale a dépassé les 25 % de logements sociaux, quant à Neuilly-sur-Seine, la commune reste sous le seuil légal et préfère verser des amendes que d’accueillir des…. pauv’.
La gentrification n’est pas une évolution naturelle. Elle est choisie. Comme l’explique Pierre Bourdieu, la place que l’on occupe dans la société se retrouve dans la ville : qui habite où reflète et renforce les inégalités de classe.
Pourquoi y’a plus de petits commerces ?
C’est quoi ce petit bout de papier dans ta poche ??? 5 balles !! Oublie le dernier noctibus, tu pars à la recherche de la Tour de Pizz’ qui a sauvé tant de fins de soirées. Local à louer ? OK. Ah et la boulangerie affreusement vieille et mignonne ? Devenue un subway ? Dernier espoir : la petite épicerie où tout au fond du frigo se cache ton graal, du cacolac. A moins que… non plus ???
Ce cacolac, il est politique : les municipalités peuvent utiliser le droit de préemption commerciale pour racheter des locaux et maintenir du commerce de proximité ! À Rennes, la mairie (de gauche) a utilisé ce dispositif pour préserver des commerces indépendants.
Dans d’autres villes, les équipes municipales ont favorisé les grandes zones commerciales en périphérie au nom de l’emploi et de l’attractivité. Mais ce choix change la manière dont on vit la ville. L’urbaniste David Mangin parle de “ville franchisée” pour décrire ces espaces remplis des mêmes enseignes, pensés surtout pour la voiture. Le géographe Jacques Lévy explique qu’un centre-ville dense favorise les rencontres et la mixité.
Quand on vide un centre ville de ses commerces, que l’on déplace souvent vers l’extérieur, on rend la voiture presque obligatoire. Ce qui exclut celles et ceux qui n’en ont pas.
Pourquoi ton asso de quartier dépend aussi des municipales?
La MJC, l’Assoc’ Qui Pique et l’Assoc’ Algérienne aussi ont fermé leurs portes ? En fait si tu réfléchis bien (c’est utile de faire 10 bornes à pied parfois), ça fait des années que tu vois toutes les associations qui t’ont aidé à grandir, fermer la boutique.
C’est dommage parce que pour l’aide aux devoirs, le sport, la culture, la vie sociale ou l’hébergement d’urgence… la France a la chance d’être un pays qui compte près d’1 million et demi d’associations qui vivent souvent grâce à des bénévoles et qui rendent des comptes aux élus municipaux. Or, on vote pour une liste qui va voter le budget, attribuer les subventions aux associations, décider quels projets de quartier seront soutenus… et élire le maire parmi eux.
Pourquoi ta cantine coûte 1€… ou beaucoup plus ?
Porté par un vent de nostalgie, tu décides de pousser la balade jusqu’au centre de loisir. Bim : tous les souvenirs d’enfance remontent d’un coup, les parties de petit pont massacreur avec Nathalie et Aziz qui avaient droit au mercredi hot dog alors toi c’était endives jambon.
Pour le sociologue Maurice Halbwachs nos expériences ordinaires d’enfance structurent notre mémoire collective et notre rapport au monde social.
Ce sont les municipalités qui fixent le prix de la cantine (et le contenu des plats). Certaines ont eu la géniale idée d’appliquer une tarification sociale pour adapter le prix au revenu des parents ! À Montpellier, la mairie (de gauche oui, oui) a mis en place la cantine à 1€ pour les familles modestes.
Pourquoi certaines villes n’ont plus de médecin ?
Ah put**** au gré de ta flânerie (ivresse), tu t’es pris un trottoir. Tu saignes. Est-ce grave ? Pas trop. Est-ce que tu vas aller voir le docteur pour ça ? Pas du tout, puisqu’il n’y a plus de médecin dans le coin.
Dans certaines régions de France, trouver un médecin est devenu mission absolument impossible. Introuvables aussi les maternités, les urgences, les ORL, les dermato, les gynéco, les infirmiers, les kiné, les dentistes. Partout se forment des nouveaux déserts médicaux et particulièrement dans les territoires ruraux et les petites villes.
Mais ce n’est pas une fatalité. On peut voter pour une liste municipale qui pense à ouvrir et financer des maisons de santé. À Guéret par exemple, la ville a développé un centre de santé municipal pour répondre au manque de médecins.
Pourquoi les pesticides sont aussi une affaire municipale ?
Voilà maintenant 7h que tu marches et tu meurs tellement de faim que tu pourrais manger n’importe quoi. Enfin pas tout tout non plus, genre.. pas du caca non plus quoi. C’est dommage parce que de la Martinique à la Guadeloupe, en passant par la Charente, le Finistère, le Vaucluse, l’Hérault, la Réunion, c’est à peu près le menu. On trouve du chlordécone, du glyphosate, du métolachlore ou du captane dans nos verres et dans nos assiettes.
Dans les territoires ruraux comme dans les territoires ultramarins la manière dont on cultive et ce que l’on mange est un enjeu politique local : gestion de l’agriculture locale, politiques alimentaires dans les cantines, soutien à l’agriculture biologique ou protection des terres agricoles.
À Fort-de-France, la municipalité a notamment lancé des programmes d’agriculture urbaine et d’approvisionnement local pour les cantines afin de réduire l’exposition alimentaire liée au chlordécone.
Pourquoi ta ville devient un four à 40°C l’été ?
Ah ba tiens – c’est le soleil qui se lève ou j’hallustring ? tu pourrais faire un tout petit stop.. de quelques minutes à peine quoi… Midi, tu es réveillé par un soleil de plomb. Canicule totale, pas un seul arbre pour s’abriter sur la place. Pourtant t’en as fait des siestes matinales sur cette place… alors, effet du réchauffement climatique ou de l’inaction politique ?
Planter des arbres, enlever du bitume, végétaliser les places ou les cours d’école, ça ne tombe pas du ciel. Ce sont des décisions municipales : comme désimperméabiliser les sols, créer des îlots de fraîcheur, transformer des parkings en espaces verts…
À Bordeaux par exemple, la municipalité écologiste a lancé un programme de renaturation pour réduire les “îlots de chaleur urbains”, en gros pour lutter là où il fait gavé chaud !
Evidemment : ce sont les classes les plus modestes qui sont les plus impactées ! Par exemple à Lyon, l’écart d’exposition entre les quartiers les plus pauvres et les plus riches atteint 0,41 °C pendant l’été.
Alors les municipales, on pense que c’est pas grave que c’est pas important mais c’est sans doute la pire des erreurs. La politique ultra locale c’est la base pour dessiner la société que l’on souhaite.
Article conçu en collaboration avec le média Anecdate.
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