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Dis moi ton animal de compagnie, je te dirais pour qui tu votes
“Tel maître, tel chien”. Une expression pas si anecdotique que ça. Derrière le choix d’un canidé adopté en refuge, d’un chat de race hors de prix ou d’un rat de compagnie anti-mainstream se cachent des visions du monde bien différentes. Décryptage mi-sociologique, mi-de mauvaise foi sur ces animaux qui ne votent pas, mais racontent un peu qui nous sommes.
Au cœur de Montmartre, dans le square Nadar, labellisé “espace canin”, deux golden retrievers glapissent avec la sérénité des CSP+ pendant que leurs maîtres échangent leurs “meilleures adresses de brunch”. Un quadra barbu en casquette Carhartt explique à un inconnu que son bâtard est un “croisé improbable” avec la même fierté qu’un caviste présentant un vin nature. Tandis qu’une retraitée chic distribue des friandises à son cavalier king charles.
Le square Nadar n’est pas seulement un lieu de promenade, c’est une mini-république urbaine où les chiens servent de vitrine à leur propriétaire. Des chevaux lipizzan de la noblesse européenne, aux chiens pékinois de la cour impériale chinoise, “les animaux de compagnie ont toujours eu une fonction symbolique” assure Eric Barathay, historien des relations entre hommes et animaux, et d’ajouter : “les propriétaires y projettent leurs imaginaires socio-culturels”.
Eh oui, élire un animal de compagnie n’est jamais neutre. Lamia, 26 ans, franco-tunisienne, n’a pas adopté Sam, son chien croisé, par hasard : “J’avais envie d’un chien qui me ressemble, j’ai donc pris un ‘métis’ comme son passeport canin l’indique” précise-t-elle tout en caressant le canidé sur un banc du square Nadar.
Le chat, un gaucho invétéré ?
Les chats, eux aussi, ont leur lot de clichés. Icône libertaire des romantiques du XIXe siècle puis des anarchistes du XXe, le félin se situerait à gauche de l’échiquier politique… “L’imaginaire chrétien a longtemps diabolisé cet animal. Dès le Moyen Âge, le peuple associe le chat des rues, souvent un chat sombre, à un agent de satan” explique Éric Barathay. Face au conformisme du chien, ami le plus fidèle de l’homme, les propriétaires de félins, dont « on maîtrise moins la domestication », continuent fin XXe siècle et début XXIe à nourrir toute une symbolique de gauche autour de l’animal.
Le chat serait-il véritablement un mélenchoniste incurable face au chien, retailliste (partisans de Bruneau Retailleau) jusqu’au bout des pattes ? Pour Eric Barathay, la réponse est non : “le chat est aujourd’hui beaucoup trop majoritaire pour être de droite ou de gauche”. Il a même détrôné le chien au rang d’animal de compagnie préféré des Français. Parmi les amateurs de boules de poils de l’Hexagone, 38% étaient propriétaires de chats en 2020, contre 27% de chiens.
Certains sondages valident encore le cliché du minou gaucho. Une étude commandée par le Point confirme qu’au cours de la présidentielle 2022, le chat était le favori des électeurs de gauche, 72% des LFistes déclaraient en avoir un, contre 17% pour un chien. Idem pour les écolos, qui étaient 64% à détenir un félin contre 31% pour un chien.
Mais attention ! Les chats lepenistes feulent dans l’Hexagone. Car c’est bien le félin qui domine chez les patriotes, avec 47% d’électeurs d’extrême droite détenteurs d’un moustachu, contre 44% pour un chien.
La cheffe de file du RN elle-même les collectionne ! Avec une demi-douzaine de bengals à la maison, Marine Le Pen se présente comme “la mère à chats”, rien de tel pour adoucir son image politique et caresser ses électeurs dans le sens du poil. “Ils me consolent, me donnent énormément de douceur dans ce monde de brutes”, minaudait-elle auprès des journalistes de Paris Match à l’été 2018.
Chenil à l’Elysée
Grand favori des Français, le chat incarne désormais aussi pour les politiques ce que le chien a longtemps figuré tout seul dans la tradition élyséenne : “le symbole démagogique du ‘je suis comme vous’” analyse Eric Barathay. Gabriel Attal se réfère encore à cette coutume en attendrissant tout le monde – tant les internautes que l’Assemblée nationale – avec son chow-chow, le gros chien nounours par excellence, au capital sympathie incontestable. A tel point qu’il lui est arrivé de déconcentrer ses voisins dans l’hémicycle en 2024 en leur montrant des photos de Volta, sa fameuse peluche irrésistible, ce qui lui a valu les reproches de son opposant socialiste Boris Vallaud qui s’exprimait au micro à ce moment-là. Une posture casual et décontracté que le candidat à la présidentielle entretient sur son compte Instagram, s’affichant, casquette sur la tête, toujours avec la belle Volta.
C’est sans doute le labrador qui a le plus la côte auprès des présidents de la Ve République. “Le chien emblématique du Français normal, du modèle familial stable” précise l’historien. Qui se souvient de Baltique, le labrador noir dont Mitterand ne se séparait jamais, devenu tellement célèbre qu’il est resté sur le parvis de l’église lors des obsèques du président ? Ou encore de Philea, la chienne de Hollande, connue pour réclamer des caresses à quiconque rencontre son chemin, jusqu’à en faire tomber une lectrice du Parisien invitée à l’Elysée ou à effrayer les collaborateurs d’un ministre étranger ? Encore aujourd’hui, Macron s’est construit un capital sympathie grâce à Nemo, son croisé labrador-griffon adopté dans un refuge lors de son premier mandat.
Mais chassez le naturel, il revient au galop. Le président jupitérien a beau s’afficher avec Nemo, symbole de la proximité populaire, il se promène aussi avec ses deux lévriers, Jeanne et Jules, un cadeau du président kazakh pour renforcer les liens diplomatiques. Une race qui n’a rien d’anodin : “historiquement, le lévrier est le chien de la noblesse européenne, le canidé de chasse des élites” explique Eric Barathay. Ne peut-on pas y voir un minuscule clin d’œil au pouvoir solitaire et vertical cher au chef de l’Etat ?
Bestiaire politique des célébrités
Compliqué de décoller au flanc du lévrier sa grosse étiquette monarchiste. Idem pour le label sécuritaire du malinois, chien des forces de l’ordre par excellence. Pas étonnant qu’un Alain Delon, réac décomplexé, nostalgique du service militaire et de la peine de mort, ait fait connaître son amour pour cette race, avec son lévrier Loubo, qu’il a voulu faire euthanasier au moment de son propre décès … car personne n’a le droit à une vie après Delon. Quand on sait qu’il a demandé à être enterré avec son chat congelé, une patte de son chien empaillé et un pistolet, on comprend que même mort, Delon n’avait pas l’intention de lâcher la laisse.
Les clichés canins vont et viennent au gré des modes et les célébrités les entretiennent comme il se doit. Du chihuahua de Paris Hilton, incarnant le rapport assumé à la mise en scène de soi, l’accessoire de mode vivant d’une féminité performative, au bulldog français de Lady Gaga, le chien “moche mignon” des hipsters urbains à l’esthétique ironique. Ou encore le pitbull de Tom Hardy, le chien populaire, dangereux voire viriliste par excellence. Mais il ne faut pas oublier que les deux siècles passés, le pitbull était le chien présidentiel attitré aux US. “Ce sont des représentations sociales qui sont tout sauf immuables, évoluant avec le temps et en fonction des régions du monde” rappelle Eric Barathay.
Distinction sociale
Face aux chiens et chats un peu trop mainstream, certains cherchent à se démarquer, revendiquant une forme d’esthétique subculturelle. Rats albinos qui courent dans les manches, mygales venimeuses qui s’agitent dans leur terrarium, escargots géants qui ne font pas grand-chose d’autre que d’exister… Ces NAC (nouveaux animaux de compagnie) que nombreux trouveront inutiles voire repoussants, ont la cote ces dernières années, notamment auprès des jeunes urbains qui “vivent dans de petits espaces et ont un goût prononcé pour la distinction sociale” selon Eric Barathay.
Pour Marie, étudiante à Paris, c’est le cliché du rongeur nuisible qui l’a poussée à adopter Raymond, un rat dumbo noir et blanc : “Ça me plait de lutter contre les stéréotypes, je peux vous assurer que le rat est très propre, il se lave plusieurs fois par jour et surtout, il est très proche de l’homme, très câlin”.
Alors, à votre avis, le rat, plutôt PS, LFI, LR ou Jacques Cheminade ?
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