Logo

Destination l’Espérantie

Bonvenon !

Par
Pauline Allione
Publicité

Créé de toutes pièces par un certain Ludwik Lejzer Zamenhof en 1887, l’espéranto est aujourd’hui parlé dans quelque 120 pays à travers le monde, par plus de deux millions de personnes. À l’origine, cet ophtalmologiste polonais avait un projet simple : inventer une langue internationale, et simple d’apprentissage.

« L’espéranto repose en principe sur une parfaite régularité des paradigmes, des déclinaisons et des conjugaisons pour en faire une langue facile à apprendre avec un minimum de règles [seulement 16 règles de grammaire, ndlr] », explique Romain Filstroff, aka Linguisticae sur Youtube. « Après, pour le parler au quotidien, c’est autre chose », ajoute le linguiste, qui a consacré cinq vidéos au sujet sur sa chaîne.

Mais ce qui fait l’unicité de l’espéranto, ce n’est pas que ce soit une langue inventée : des langues construites ou reconstruites et encore parlées aujourd’hui, il y en a d’autres, comme le norvégien du nord ou l’hébreu, qui était initialement une langue liturgique. La différence, c’est que l’espéranto n’a pas de racine, et n’est rattaché à aucun peuple, ni aucun pays.

Publicité

Enfin, en théorie : « C’est une langue très eurocentrée, avec un lexique d’inspiration essentiellement latine et germanique, mais aussi slave, latine et grecque… Son créateur était un juif polonais installé près de la frontière russe, et l’espéranto est très lié à ce contexte linguistique », retrace Romain Filstroff. Des racines européennes donc, qui font qu’un Européen peut comprendre quelques mots d’espéranto, même sans l’avoir jamais appris.

TCHATCHER AVEC DES GENS DU MONDE ENTIER

À la fin de ses études, Alex se décide à apprendre une nouvelle langue. Il hésite entre le chinois et l’arabe, mais étant donné leurs systèmes d’écriture complexes, il opte finalement pour l’espéranto. « Peu importe le nombre de locuteurs, c’est le nombre de lieux où l’on peut se rendre, le nombre de cultures que l’on peut rencontrer qui importe », pense-t-il, en découvrant que la langue est parlée à travers une centaine de pays. Après dix cours en ligne, il attaque son premier roman en espéranto, Gerda Malaperis.

Publicité

Pour Benoît aussi, ce fut un apprentissage express .« Très rapidement, j’arrivais à comprendre des phrases et à en former, puis à échanger avec d’autres personnes à travers le monde ». S’il s’est au départ lancé dans l’espéranto par curiosité, il parle désormais la langue quotidiennement ou presque. « J’ai créé un compte Twitter pour parler espéranto, et j’utilise quotidiennement Telegram où il y a une quantité de groupes thématiques en espéranto pour apprendre la langue, discuter cuisine, exploration spatiale, et bien d’autres sujets ! », s’enthousiasme le Parisien. En attendant de retrouver la chaleur des rencontres IRL, Benoît discute avec des espérantophones sur Zoom et Discord.

UNE LANGUE PORTEUSE D’IDÉAUX

Parce que l’espéranto, ce n’est pas seulement un lexique et des règles grammaticales : c’est aussi une culture, qui porte des idéaux et prône l’ouverture, la tolérance et la bienveillance (même si la langue est perçue différemment selon les endroits du globe). « En 1880, il existait une autre langue inventée, le volapük, mais c’était trop chiant, compliqué et élitiste. Quand l’espéranto est né, les bourgeois qui apprenaient le volapük s’en sont détournés pour apprendre cette langue. L’espéranto était différent, c’était une langue ouverte destinée à tous les peuples, et qui s’inscrivait donc potentiellement dans la révolution communiste et les idéaux de l’époque » , raconte Romain Filstroff.

Publicité

Alex, qui a eu l’occasion d’effectuer un road trip en Asie avec sa compagne et de rencontrer des espérantophones sur tout le continent, se souvient d’une atmosphère familiale. « C’est un peu comme si on arrivait chez un oncle et qu’il décidait de venir avec nous dans le labyrinthe du métro à Chengdu en Chine, ou qu’une cousine éloignée nous faisait visiter l’école où elle travaille à Téhéran. Les espérantophones que nous avons rencontrés nous ont permis de découvrir leurs cultures, traditions et gastronomie, d’échanger sur des sujets de société et de visiter des lieux moins connus du tourisme de masse ». Pour prouver que l’espéranto n’est pas mort, le couple a décidé de raconter son voyage à travers des courtes vidéos sur Youtube.

ESPÉRANTO LV2

Plus d’un siècle après sa création, la langue du Dr. Zamenhof a dépassé son heure de gloire (l’anglais s’est très largement imposé comme langue internationale), mais continue d’être parlée un peu partout à travers le globe, dans des pays qui forment une zone linguistique appelée Espérantie. « C’est un projet qui a vraiment fédéré, mais j’imagine qu’il y a aussi une part de chance, pose Romain Filstroff. Une des plus grandes communautés espérantophones actuelles se situe en Chine, or rien ne présageait que la Chine soit particulièrement sujette à adopter l’espéranto ».

Publicité

Alex, devenu fervent défenseur de la langue et de la culture qu’elle véhicule, milite pour qu’elle continue à vivre à travers ses locuteurs. Depuis ses premières leçons et son premier bouquin il y a une dizaine d’années, ce prof de maths est passé pro en la matière, et enseigne l’espéranto aux jeunes générations.