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COVID-19: cri du coeur d’un ancien aide-soignant qui a repris du service

« Nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en pandémie »

Par
Emmanuel Thomas
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Emmanuel Thomas est directeur de casting cinéma et ancien aide-soignant en réanimation, une profession qu’il a exercée de 2003 à 2013. Il est en couple avec un infirmier libéral depuis 12 ans. Ils se sont rencontrés dans un service de réanimation à Paris et vivent actuellement dans la Loire.

Suite au déclenchement du Plan Blanc dans leur ville, située en Rhônes-Alpes, il a décidé de retourner travailler comme aide-soignant dans un service de réanimation de l’hôpital de sa ville, et se démène pour trouver du matériel auprès d’amis et connaissances pour son compagnon infirmier libéral. Face à la situation, il lui a semblé évident de retourner travailler comme aide-soignant après 7 ans d’arrêt. On lui a laissé la parole.

Le 23 mars 2020, H+1 – 8h03.

J’ai peu dormi, je n’ai pas rêvé. Cela fait une heure que je l’ai embrassé. Cela fait une heure que je lui ai souri, en lui souhaitant « bon courage » et en l’incitant à « faire attention ». En 12 ans, c’est la première fois que je lui dis de « faire attention » en allant travailler.

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Cela fait une heure que je tourne dans cette maison vide en ayant la boule au ventre. Cela fait une heure que je regarde cette horloge en me disant qu’il a 18 masques pour la semaine. Et après ? Se laver les mains, ne pas toucher les poignées de portes, nettoyer le volant de la voiture… Dans son coffre : 10 blouses. Je suis allé les chercher, hier, dimanche (J6) chez une amie garagiste.

Se protéger, nous protéger, soigner, c’est sa mission. Il est infirmier depuis 20 ans.

Cela fait une heure que je me demande si, comme tous les matins, cette patiente – une habituée qu’il apprécie- lui toussera dessus quand il lui donnera ses médicaments, penché sur son lit. Cela fait une heure que je me dis : « Il va peut être ramener ce virus à la maison. »

Cela fait une heure que je rumine, des idées plein la tête : « Nous n’emporterons pas notre compte en banque dans la tombe ; pourquoi ont-ils laissé ce premier tour des élections avoir lieu ? Cette histoire de pénurie de masques, c’est hallucinant… »

Cela fait une heure que je commence à vraiment détester Emmanuel Macron et cette politique anti-hôpital, antisociale.

Je n’ai pas manifesté cette année, je le regrette.

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Cela fait une heure que je me dis : « Après Covid, je veux organiser une manifestation ici, pour demander des aides financières pour l’hôpital public, qui crève doucement depuis quelques années. » Le 14 juillet 2020 serait une date idéale, une date symbolique.

Jusqu’à nouvel ordre, nous allons vivre loin de nos proches. Ça fait mal, ça fait peur. Je me suis inscrit à la réserve sanitaire. Comme une évidence. Pour qui ? Pourquoi ? Pour nous, « pauvres » gens qui nageons en eaux troubles sans jamais être entendus.

Déjà deux semaines de confinement.

Je me connais un peu plus. Je suis fait pour être sur le terrain, proche des gens : c’est ma seule certitude à ce jour… J+7.

Et puis une voiture passe… et je pense encore H+1 et quelques minutes.

Cela fait une heure que je l’ai embrassé. Il est parti au travail, comme tous les jours, soigner, écouter ses patients.

Cela fait une heure que je m’énerve après ces politiques qui parlent de ce métier d’infirmier qu’au féminin. Si vous avez le souci d’égalité et de parité, dites, Mesdames, Messieurs les politiques : « Infirmières, infirmiers… ».

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Cela fait une heure que je me dis que je devrais l’épouser. Etre confiner, s’aimer encore un peu plus fort. H+1, ne pas oublier de rester positif.

Mesdames, Messieurs les politiques, nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en pandémie

Nous prenons le temps de vivre chez nous, confinés pour continuer de vivre.

Mais nous continuons de penser à l’avenir !

Mesdames, Messieurs les politiques, nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en pandémie.

Donnez-nous des masques pour sauver des vies !

Accrochons des messages sur nos façades, sur nos maisons, écrivons…

Aidons-nous !

Cela fait une heure que je me dis que je suis en couple avec un soldat – infirmier.

Quand nous sortirons, nous manifesterons. Toutes et tous.

Képis bleus, blouses blanches, enfin unis ?

Le 14 juillet 2020 serait une date idéale, une date symbolique.

H+1, enfin je m’autorise à rêver.