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#Cottagecore : pas qu’un trend valorisant la vie «d’antan» sur Tiktok
4,7 milliards. C’est le nombre de visionnements compilés des vidéos sur TikTok avec le hashtag (#) cottagecore au moment d’écrire ces lignes.
Bon, c’est vrai que des vidéos de chats qui font une drôle de face peuvent amasser des millions de vues en quelques heures, mais le cottagecore, un « trend » valorisant un mode de vie « d’antan » qui a pris son envol grâce aux médias sociaux, est loin d’être un vulgaire feu de paille numérique.
Le cottagecore, un « trend » valorisant un mode de vie « d’antan » qui a pris son envol grâce aux médias sociaux, est loin d’être un vulgaire feu de paille numérique.
Naomi Sérieux, la fondatrice de la page Instagram CottagecoreBlackFolk et Nadia Seraiocco, chargée de cours en communications de l’UQAM s’intéressant aux questions de cybercultures, en avaient long à dire sur le phénomène, particulièrement populaire auprès des milléniaux et des Z. On leur a volé quelques minutes de leur temps.
Cottage quoi?
«Le cottagecore met en valeur un retour vers un mode de vie plus simple et sans technologie où des activités d’une époque révolue sont glorifiées. C’est aussi une échappatoire du monde capitaliste moderne dans lequel on vit», explique d’emblée Naomi Sérieux lorsqu’on lui demande quelle est la base du mouvement, qui découlerait d’une «sous-culture d’esthétisme» sur Pinterest ayant vu le jour il y a quelques années.
Les activités des adeptes du cottagecore sont variées et difficiles à définir avec précision. Pour certains, elles consistent en la confection de nourriture «traditionnelle», comme du pain et des confitures.
Pour d’autres, ça peut aller jusqu’à avoir sa petite ferme afin d’élever des animaux, tisser ses propres robes fleuries et prendre le thé lors de pique-niques entre amis.
Bref, toute activité qui ferait partie du quotidien des personnages de la romancière Jane Austen (Orgueil et Préjugés) ou de ceux de Downton Abbey.
«C’est aussi une échappatoire du monde capitaliste moderne dans lequel on vit»
Les penchants de Naomi pour le cottagecore s’expriment surtout à travers son emploi comme pâtissière dans une institution de Brooklyn. «Confectionner des pâtisseries à longueur de journée pour en vivre, c’est très cottagecore», relève-t-elle en riant, ajoutant du même souffle qu’elle adore aussi faire des choses «DIY» dans son appartement comme de la poterie ou des coussins, mais qu’elle ne passe pas sa vie en robe fleurie avec un panier en osier à la main non plus. «Je ne rêve pas du tout de déménager dans un cottage néo-anglais en campagne. J’adore le beat de la ville et j’aime m’habiller plus “boojee” parfois. Le cottagecore est seulement un mouvement qui me permet d’explorer certaines passions que j’ai».
Une source de réconfort en pleine pandémie
Qu’est-ce qui pousse autant de jeunes nés avec la technologie au bout des doigts à se lancer, ou du moins à envier, ce genre de style de vie? «Je crois que c’est une réaction à l’accélération de notre quotidien et à l’omniprésence de la technologie autour de nous. Pour beaucoup de jeunes, tout ça est stressant et ce mouvement propose un idéal de bien-être qui est très apaisant, un monde “à part”, surtout dans un contexte aussi incertain que les derniers mois», croit la chargée de cours de l’UQAM Nadia Seraiocco, qui a suivi le phénomène de près sur les réseaux sociaux dans la dernière année.
Une théorie que vient appuyer Naomi Sérieux. «Le mouvement serait demeuré une sous-culture si ce n’avait pas été de la pandémie. Avec TikTok et les autres plateformes de diffusion de contenu, les gens ont propulsé le cottagecore dans le mainstream très rapidement», estime la fondatrice de la page Instagram CottagecoreBlackFolk qui a vu son nombre d’abonnés «exploser» depuis les derniers mois.
Parmi ses nouveaux followers, on retrouve d’ailleurs Alexandria Ocasio-Cortez, la jeune et populaire représentante au Congrès américain du Bronx et de Queens, une «fierté» pour la pâtissière originaire de l’État insulaire de Sainte-Lucie dans les Caraïbes.
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Si plusieurs tendances sur le web s’essoufflent rapidement, Nadia Seraiocco croit que certains aspects du cottagecore sont là pour rester. «Il y a tout un côté “retour à la terre” et “environnementaliste” en fond de plan de ce mouvement. Donc peut-être que les personnes qui ont découvert le cottagecore vont continuer de valoriser certains aspects reliés à ça ».
«Il y a tout un côté “retour à la terre” et “environnementaliste” en fond de plan de ce mouvement. Donc peut-être que les personnes qui ont découvert le cottagecore vont continuer de valoriser certains aspects reliés à ça».
De son côté, Naomi estime que la pandémie a révélé des besoins enfouis depuis très longtemps pour beaucoup de personnes et que le cottagecore restera une bonne façon de les combler. «Une fois qu’on apprend à faire son pain maison ou qu’on expérimente l’effet calmant de la poterie, on ne peut plus s’en passer».