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Comment gérer l’inceste quand on est une victime racisée ?
Le mouvement #metooinceste a mobilisé de nombreux témoignages, suite à la publication du livre La Familia grande par Camille Kouchner. Beaucoup de personnes se sont livrées sur les réseaux sociaux pour raconter leur histoire, parfois pour la première fois. Le hashtag a mené Louz, du collectif de féminisme décolonial Nta Rajel, a posté sur Instagram une réflexion au sujet de l’inceste et les spécificités pour les victimes racisées. Nous l’avons longuement interviewée pour en savoir plus sur les enjeux impliqués.
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Quelle a été ta réaction quand tu as vu les témoignages affluer autour du hashtag #metooinceste ? Est-ce que tu t’y attendais ?
Je n’ai pas vraiment eu de réaction puisque j’avais déjà entendu parler de l’affaire Duhamel. Mon réflexe a été de ne pas lire les tweets sur le hashtag car je ne voulais pas me plonger dans une masse de témoignages. Je trouve cela assez problématique dans le sens où ça ouvre pas mal de questions complexes et violentes et à la fois, ce ne sont que des témoignages. Lire une suite de récits de relations incestueuses, ça ne m’intéresse pas forcément – parce que ça fait écho à des traumas que je n’ai pas envie de bousculer. Sur le plan politique, c’est utile pour un début mais ce n’est pas suffisant. C’est bien que la parole se libère surtout au sujet de l’inceste, tabou par excellence ; mais il y a comme une uniformisation du récit qui est assez malaisante. Cela implique aussi une forme de dépolitisation : recevoir tous ces témoignages d’un coup est déjà compliqué, quand on n’apprécie pas le sens politique qu’ils prennent, encore plus. Mon réflexe a été de ne pas trop lire, mais plutôt de scroller rapidement sans rentrer dans les détails.
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Qu’est-ce que ça suscite/réveille comme émotions chez toi ?
J’ai été très mitigée. D’une part, j’étais contente et soulagée que les violences sexuelles soient enfin abordées sous l’angle de l’inceste. C’est une question qui est très peu abordée, y compris dans les espaces féministes : même quand on parle du fait que les violences ont majoritairement lieu dans les espaces familiaux, on ne peut pas aller dans le détail de ce que l’inceste implique comme difficultés spécifiques. Il y a donc eu ce soulagement d’avoir l’impression d’une prise de conscience de l’ampleur de ces violences.
D’autre part, j’étais en colère car la réception qui en a été faite m’a parfois réellement dégoûtée. Il y a eu une condamnation collective : tout le monde a été choqué et a condamné, mais dans la théorie tout le monde condamne déjà, alors que dans la pratique, c’est loin d’être le cas. On a continué à condamner dans la théorie sans démarche politique qui ne se soit créée ni même vraiment prononcée. Quand je dis cela, je pense à un vrai débat de société qui irait dans le fond de ce qu’est l’inceste et comment notre système politique le rend possible et protège les pédocriminels. Qui sont ces pédocriminels ? Ce sont des hommes, alors il faut ouvrir la question du patriarcat dans sa globalité, la question de la famille hétérosexuelle intouchable, les violences masculinistes. Il faut poser des questions de fond et politiques puis apporter des réponses qui soient aussi politiques.
Tourner autour de l’émotivité que suscitent les témoignages et proposer de faire des lois pour un crime qui est déjà un crime avec une circonstance aggravante, ça n’est pas régler le problème, c’est faire du populisme pénal. Et si l’on entre dans la réalité, les condamnations sont de fait très peu nombreuses ; les études de criminologie ne démontrent pas que punir les agresseurs permettent de faire baisser le nombre d’agressions, bien au contraire et surtout : il s’agirait de se concentrer sur la réparation des victimes de l’inceste et sur la protection des enfants.
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Crois-tu que cela va changer quelque chose ?
Doit-on en faire un crime à part ? Enlever la prescription ? Pour moi, ce sont des débats hors sol qui n’apportent pas de solution. Le débat a été trop juridique si je puis dire, tandis qu’il s’agit d’une question politique. Je ne sais pas si ça va changer quelque chose. Mais j’espère que ce moment aura permis à des personnes de comprendre les spécificités des violences sexuelles incestueuses. Peut-être que cela changera quelque chose au sein des mouvements féministes qui ont pu se rendre compte de l’importance de la question. Peut-être que davantage de personnes vont s’engager et que les associations qui luttent déjà pour les victimes de l’inceste vont avoir plus de voix et de forces pour continuer le combat. Mais nous sommes sur une petite échelle. A l’échelle globale, je ne pense pas que cette avalanche de témoignages puisse changer les choses.
Beaucoup de militantes l’ont dit, les témoignages d’inceste ne sont pas neufs : il y en avait déjà avant, mis en avant par certaines associations. La nouveauté, c’est qu’il y a eu le mouvement #MeToo avant et l’affaire Duhamel très médiatisée. Si on pense avec optimisme, disons qu’il y aura peut-être davantage de mobilisations sur ce sujet par la suite et qu’elles pourront aboutir à des changements politiques. Mais il ne faut vraiment pas s’arrêter aux témoignages ni s’enfermer dans un débat juridique qui nous évite d’avoir des revendications politiques.
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L’inceste est encore un sujet tabou dans notre société. Qu’en est-il de l’inceste vécu par les victimes racisées ? Quels sont les enjeux reliés ?
Pour les victimes racisées, il y a une véritable difficulté à parler et par extension à agir pour se protéger de son agresseur vu l’importance que prend la famille dans un contexte de domination blanche. La famille constitue – avec ses défauts et ses défaillances, je ne l’idéalise pas – un premier rempart contre le racisme. Quand on est victime d’inceste, parler revient à remettre en question toute l’organisation d’une famille, il ne s’agit pas uniquement de dénoncer telle ou telle personne mais d’interroger sa place dans le groupe. À côté de cela, il y a des personnes qui auront été au courant et qui n’auront rien dit, qui auront été victimes aussi et qui seront donc impliquées d’une autre façon. Cela va forcément engendrer énormément de complexité et de conflits, de séparations, de violences. Il est normal d’appréhender ce genre de situations et de ne pas vouloir s’y confronter, les victimes d’inceste le savent mieux que quiconque. Ajoute à cela les chiffres de l’association AIVI : dans 9 cas sur 10, la victime se retrouve exclue au profit de la cohésion familiale. Donc la dénonciation va engendrer un tel désordre que pour préserver ladite cohésion familiale, on va préférer écarter la victime de façon consciente ou inconsciente. Tout est établi pour ne pas remettre en question la cohésion familiale et garder l’équilibre tel qu’il existe avec les rôles genrés, classique d’une famille hétéropatriarcale. L’exclusion qui arrive dans la majorité des cas est un luxe que ne peuvent souvent pas se permettre les personnes racisées qui par définition sont exposées au racisme et pour lesquelles la famille constitue une ressource vitale.
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Quelle est la raison de cette complexité ?
Là je vais me concentrer sur les communautés nord-africaines/musulmanes parce que ce sont celles que je côtoie et que je réfléchis. Je rappelle que nous sommes dans un contexte postcolonial et post migratoire, un contexte de domination blanche aussi. La famille devient non seulement un premier rempart contre le racisme mais également le premier lien avec nos origines, nos langues, nos religions et nos cultures. C’est notre premier espace de vie, de vraie vie, où nous ne sommes pas dans la constante survie et la justification de notre humanité. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’être écarté de sa famille mais de perdre le lien avec son héritage culturel, religieux et linguistique, avec son héritage familial.
Par ailleurs, il y a aussi la question de la classe sociale. Quand on est victime d’inceste et d’un milieu populaire, qu’on ne dispose pas d’un capital assez important pour pouvoir se passer de sa famille, la marge de manœuvre est très restreinte. Beaucoup de victimes ne peuvent pas se permettre d’être en rupture familiale quand bien même elles en auraient besoin pour leur survie psychique parce qu’elles ont besoin de la solidarité matérielle au sein de la famille. C’est quelque chose d’assez commun mais qu’on oublie. Parler ne demande pas simplement de trouver le courage de dénoncer : il s’agit d’assumer des conséquences qui peuvent chambouler une vie à jamais, et pas forcément dans le bon sens du terme.
Avant que l’affaire Duhamel ne fasse la Une, une autre agression incestueuse a été révélée par le média SaphirNews. Celle d’un imam à Montpellier qui agressait sexuellement sa belle-fille. Il y a-t-il une spécificité autour de cette révélation ?
Cet imam n’avait pas été dénoncé à l’origine car la victime avait peur que cette affaire soit instrumentalisée à des fins islamophobes (c’est ce que la victime explique dans son témoignage). L’imam se servait de son statut de figure religieuse et de victime de racisme pour ne pas être dénoncé et continuer à agresser la victime dans l’impunité la plus totale. Il y a un truc qui est réel, profondément puissant : la peur que les violences soient instrumentalisées à des fins racistes. On parle toujours de ces violences en dénonçant le fémonationalisme. Dans le cadre de la loi contre lesdits séparatismes, il y a une dimension fémonationaliste difficile à nier avec notamment l’article sur les actes de virginité. Dans les espaces antiracistes et même parfois féministes, on oublie souvent que les femmes racisées sont davantage dans la peur de dénoncer les violences subies parce qu’elles ont peur de les voir instrumentalisées. Ce qu’a fait la victime anonyme de l’imam de Montpellier, c’est parler à un média communautaire et de façon extrêmement nuancée, prévenant d’emblée les éventuelles récupérations.
Toute cette charge repose sur les femmes racisées avec une double violence à gérer : tu es agressée et si tu parles tu risques de voir les violences que tu as subies venir justifier d’autres violences (racistes, cette fois) que tu subis aussi. T’es toujours perdante.
Il y a un courant dans les mouvements décoloniaux qui invite littéralement les femmes, notamment nord-africaines, au sacrifice : c’est-à-dire à ne pas dénoncer les hommes agresseurs et lutter contre le patriarcat communautaire. C’est d’une irresponsabilité sans nom. Il s’agit pas uniquement de faire le constat de la double peine qui vise les femmes racisées, il s’agit de la dépasser en trouvant des alternatives pour permettre aux femmes et plus largement aux victimes de nos communautés de trouver un semblant de réparation et de justice.
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Sur Instagram, tu évoquais « la pression à la virginité » présente dans certaines communautés. Peux-tu nous en dire plus ?
J’ai évoqué la pression de la virginité car je sais d’expérience qu’elle existe derrière les violences sexuelles dans les communautés nord-africaines et musulmanes. On définit la valeur et l’honneur d’une femme selon sa sexualité, on sacralise la virginité féminine et cela impacte forcément sur le rapport que l’on entretient avec les violences sexuelles.
Dans les espaces religieux, on met beaucoup en garde contre le sexe hors mariage, la chasteté et la préservation de cette dernière, notamment auprès des femmes. Et c’est bien sur le système patriarcal qui génère ces logiques religieuses et culturelles. De ce fait, les victimes de violences sexuelles – et notamment les femmes victimes d’inceste – ont tendance à ne pas parler car ce n’est pas facile d’être catégorisée comme une femme « pas vierge ». Dénoncer un violeur, c’est aussi une forme d’aveu de sa non-chasteté. C’est comme cela que c’est perçu. Forcément, ce n’est pas facile d’assumer cette sortie de la “pureté”. Beaucoup de victimes sont bloquées par la réception que cela peut impliquer.
Dans le cadre du viol, on pourrait se dire que la chasteté est toujours là. D’un point de vue religieux, un viol n’est pas une atteinte à la chasteté pour la victime. Mais dans le réel, c’est beaucoup plus complexe. Ma mère m’a toujours raconté des récits de femmes qui ont dû fuir ou qui ont été tuées car elles ont subi des violences sexuelles. Elles ont été obligées de fuir pour avoir perdu leur virginité alors qu’elles sont victimes de viol et que les violences sont connues. La diaspora nord-africaine en France n’est pas coupée de cette histoire de violences masculines dans nos pays d’origine.
La première fois que j’ai parlé de violences sexuelles dans un cadre communautaire, on m’a rétorqué : « Du coup, tu n’es plus vierge ? ». Je pensais avoir été la seule à recevoir ce genre de questions mais en échangeant avec d’autres femmes je me suis rendue compte que c’est quelque chose qui obsède encore. Par ailleurs, entre moi et moi-même, je suis passée par un stade où je me suis posée la question de la virginité comme si elle avait une importance, notamment en lien avec des violences subies.
C’est extrêmement grave et humiliant de se dire que la préoccupation principale après une telle violence qu’est le viol, c’est ladite virginité de la victime, c’est l’état de son hymen. Cela participe à culpabiliser la victime. Le fait même de demander « Tu n’es plus vierge ? », c’est induire que la victime a une forme d’agentivité dans les violences subies. C’est être à côté du problème mais aussi créer un sentiment de honte et de culpabilité plus grand qu’il n’est déjà. Il y a absolument tout à repenser et déconstruire autour de la virginité.
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Tu as évoqué le fait de « créer une troisième voie centrée sur la réparation des victimes et la fin des violences sexuelles ». Comment passer à l’action concrètement et rapidement ?
Je vais d’abord expliquer ce que j’entends par là. Quand on parle de réparation des victimes, il s’agit d’apporter des moyens pour les victimes afin de les aider à se reconstruire, afin de répondre au préjudice subi. Pour le cas de l’inceste, je pense par exemple à une prise en charge de la santé mentale des victimes mais aussi à une prise en charge matérielle quand elle est nécessaire. Des étudiantes m’ont confié qu’elles ne pouvaient pas affronter leurs familles car elles n’auraient plus de quoi financer leurs études, ce n’est pas normal de devoir choisir entre parler et étudier. C’est à ces problèmes qu’il faut répondre avec des moyens à disposition des victimes.
Lorsque j’évoque la fin des violences sexuelles en tant que problème politique, c’est de la fin du patriarcat dont il s’agit. En attendant, on peut exiger que les professeurs soient davantage formés sur le sujet car les enfants victimes d’inceste pourraient être repérés par des adultes autour d’eux, si ces derniers ont les outils et les conditions qui le permettent – ce qui est loin d’être le cas. Je pense également à la sensibilisation des enfants eux-mêmes, il y a beaucoup de choses à faire.
Or, les réponses politiques apportées se foutent complètement de la réparation des victimes ou de la prévention : un texte de loi ne protège pas, ne répare pas. C’est une erreur fondamentale quand on parle de violences sexuelles que de se concentrer uniquement sur la punition qui devrait viser les agresseurs. Les politiques arrivent à nous balader de cette manière. Ce que nous revendiquons, ce n’est pas davantage de punition ou de répression, ce n’est pas une police formée aux violences sexuelles, mais une véritable politique de prévention qui permette de faire baisser concrètement et considérablement le nombre de violences sexuelles. Ce n’est pas l’après qui nous intéresse, mais surtout l’avant. Je ne veux pas que mon agresseur soit puni : je ne veux pas être agressée.
Ce qui fera bouger les lignes, ce sera la création d’un rapport de force. Il faut que les féministes prennent conscience de l’importance de l’inceste et que la société comprenne l’importance des dégâts causés par ce type de violences. Il faut créer un rapport de force pour imposer un certain nombre de revendications. La lutte contre l’inceste se mène dans le même temps que la lutte contre les violences sexuelles. La question est celle du patriarcat. Il faut que les groupes féministes et les femmes s’organisent. L’appel que je peux passer c’est celui de rejoindre ces groupes ou d’en créer pour qu’on s’organise de manière efficace contre les politiques patriarcales : sortir du féminisme carcéral collectivement, continuer la lutte, occuper le champ politique, se mobiliser.
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Qu’aimerais-tu dire aux victimes qui ont la force de témoigner actuellement grâce à #metooinceste ? Et à celles qui n’oseront jamais par peur ou par honte ?
Je tiens à saluer le courage des victimes qui ont la force de témoigner. Mais au-delà de saluer leur courage, j’ai surtout envie de dire que l’inceste est une question collective. Nous sommes extrêmement nombreux.ses et il faudra une réponse politique. Après le témoignage, il faudra avoir la force de s’organiser collectivement.
Pour celles qui ne témoignent pas par peur ou par honte, il faut tout d’abord normaliser la peur. La peur est saine dans le sens où elle est complètement réaliste. Les victimes sont les mieux placées pour savoir ce qu’elles peuvent se permettre de dire ou non, quels risques elles peuvent prendre ou non. Parfois inconsciemment, on est menées à faire des calculs. On fait comme on peut et pas forcément comme on veut.
La honte, il faut l’accompagner, il faut la comprendre et l’accueillir. Il ne faut pas hésiter à consulter des psys quand on le peut et qu’on peut se le permettre. Cette honte, elle est naturelle et il ne faut pas avoir honte d’avoir honte. Elle est partagée et nous renvoie à la société, pas à ce que nous valons vraiment.
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Que réponds-tu aux injonctions à porter plainte et à dénoncer les agresseurs ?
- Je sais qu’une certaine pression repose sur les victimes d’inceste et de violences sexuelles en général avec la question de la plainte : faut-il dénoncer son agresseur ou non ? Sinon, on pourrait partager la responsabilité des futures agressions qu’il pourrait commettre. C’est quelque chose d’extrêmement présent qu’on entend souvent. C’est très grave parce que l’auteur de l’agression sexuelle est seul responsable de ce qu’il commet. On ne peut pas apposer la responsabilité d’une agression sexuelle commise par un bourreau à une personne qui a été victime de ce même bourreau.
En vérité, cette culpabilité n’a pas de sens : dénoncer un agresseur ça n’est pas du tout garantir son exclusion de la société ou d’un quelconque espace, ça n’est pas garantir la protection de potentielles victimes non plus. Il faut revenir à la réalité matérielle des choses et regarder comment les accusations de viols ne détruisent absolument pas les vies de ceux qu’elles visent.
Une victime ne peut pas endosser la responsabilité de ne pas changer le monde puisqu’elle n’a pas – seule – le pouvoir de le faire. Aussi, pour les rares cas où il y a incarcération, on oublie qu’un agresseur en prison reste un agresseur et qu’il peut potentiellement agresser des prisonniers. Je ne pense pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises victimes de violences sexuelles. Toutes les violences sexuelles sont condamnables, quelle que soit la victime. A partir de là, la prison n’est qu’un déplacement temporaire du problème.
Évidemment, sur le plan collectif les choses sont à fait différentes et il est important de dénoncer les agresseurs sexuels dans une lutte politique contre le patriarcat. Mais je suis fondamentalement contre les injonctions qui viennent culpabiliser des victimes sur leur histoire individuelle et leur façon d’avoir survécu.
As-tu un message à faire passer ? Quelque chose à ajouter ?
Je veux préciser que si je suis très critique à l’égard de choix politiques et de directions collectives que peut prendre la lutte contre les violences sexuelles incestueuses, je ne pense pas qu’il y ait de mauvaise décision à ce sujet à l’échelle individuelle. Les personnes qui ont décidé de rompre leurs liens familiaux ont très bien fait pour leur survie psychique et celles qui ont préservé ces liens l’ont aussi bien fait par survie psychique. De même pour celles qui ont décidé de porter plainte, celles qui y ont renoncé, celles qui n’y ont jamais songé. Les choix et les chemins des tentatives de réparation sont divers. C’est important de le dire et comprendre collectivement que les victimes font souvent comme elles peuvent et non comme elles veulent.
Enfin, j’aimerais ajouter une note positive : on présente souvent l’inceste comme étant une mort psychique, quelque chose d’irréparable et destructeur. Je ne nie pas les douleurs qui peuvent être ressenties suite à ces violences. En revanche, j’ai beaucoup de mal avec le discours très fatalistes et misérabilistes. Nous sommes capables d’aller mieux. Je veux envoyer un message d’espoir parce qu’il est possible d’apprendre à gérer et vivre après avoir subi ces violences, il est possible de dépasser ses traumatismes, de vivre relativement en paix. Il ne faut pas hésiter à se faire accompagner par des psychologues pour surmonter cela. Il est possible de travailler dessus. Les choses ne sont pas faciles voire extrêmement difficiles mais nous sommes plus grandes et plus grands que ces violences et nous méritons de vivre.