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Comment dire à ses proches d’arrêter d’envoyer des chaînes (à la con)

Une pratique qui explose ces derniers temps. Mais ça ne peut pas durer indéfiniment.

Par
Daisy Le Corre
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Il m’était déjà arrivé de recevoir, surtout via WhatsApp, des vidéos “humoristiques” et/ou des blagues foireuses voire carrément lourdes qui ne font rire que l’expéditeur, hélas. Sans parler des chaînes qu’il faudrait à tout prix renvoyer à notre tour, au risque de se taper “7 ans de malheur” ou autre bullshit. Depuis la crise du COVID avec le confinement et le déconfinement, cet expéditeur c’est ma soeur, mais aussi ma mère, ma tante et, depuis peu, mon beau-père. Journaliste oblige, j’ai cherché à analyser ce comportement.

J’ai d’abord cru qu’ils se trompaient de destinataire avant de recevoir un message de ma soeur: «T’as vu la vidéo que je t’ai envoyée? Trop drôle, nan?». C’est à ce moment précis que, telle une boomer accro aux conversations téléphoniques, j’ai décidé d’appeler ma soeur, à défaut de la bloquer. J’ai dû l’appeler puisqu’elle n’a ni Facebook donc pas Messenger et qu’elle ne retrouve pas le mot de passe de son compte Skype. «Je suis née en 1975, je te rappelle. J’y connais rien à ces machins». C’est ce qu’elle me lance souvent en guise d’argument pour camoufler sa phobie des nouvelles technologies. «On est traqués, Daisy! Tu t’en fous toi, t’es dans les médias, etc». Bref.

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J’ai donc profité de l’avoir au bout du fil pour l’interroger sur sa manie de m’envoyer des chaînes à la con. «Mais c’est sympa, ça détend l’atmosphère et ça fait du bien de rire un peu! Pourquoi tu me demandes ça? Ce sont mes collègues qui m’en envoient». J’ai trouvé sa réponse aussi mignonne que désarmante. C’est vrai, ce n’est pas si grave d’envoyer ce genre de contenus “marrants” dans des messages groupés familiaux et amicaux. La plupart sont d’ailleurs inoffensifs (ma culture générale doit être en train de se retourner dans sa tombe), la preuve:

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Ce n’est pas grave mais c’est lassant. Autant que ce confinement/déconfinement/reconfinement. Relire Proust, Woolf, Cahun (ou d’autres) et s’envoyer nos citations préférées, ça aurait pu être bien aussi. Trop intello, je sais bien. «Tout le monde va envoyer les mêmes blagues. Il y a juste le support qui change : Facebook pour les plus de 40 ans. Twitter et Instagram pour les trentenaires. Et TikTok pour les moins de vingt ans», expliquait aussi Frédéric Pouhier, auteur des 1.000 meilleures vannes de l’histoire de l’humanité (First), à nos confrères de 20 minutes.

De mon côté donc, c’est sur WhatsApp qu’on m’attaque et m’inonde de blagounettes pourries. «Laisse tomber, Daiz! Maman ne voit pas du tout le problème, elle comprend même pas de quoi tu parles, elle vient de me demander ce qu’était WhatsApp alors qu’elle passe son temps dessus (fou-rire)», m’a confié mon neveu de 16 ans (le fils de ma soeur pour ceux qui ne suivent pas). Mais cela ne répond pas à ma question de départ: pourquoi des chaînes de ce genre ont-elles fleuri depuis cette crise sanitaire? Et pourquoi ça continue?

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«Nous sommes dans la logique anglaise de « rions parce que c’est grave ». Face à la gravité on ne se prend pas au sérieux et ça fait aussi du bien de rire de la situation. (…) On rigole de notre situation, de notre galère», confiait encore Frédéric Pouhier à 20 minutes.

Ok, certes, le contexte s’y prête. Et ça va durer un peu.

Voici donc trois astuces pour leur faire comprendre qu’il faut que ça cesse:

1- Option radicale: «Non mais ça ne m’intéresse pas, arrête. Sinon je te bloque». Sauf que vous risquez de passer pour un.e rabat-joie, et à une époque où on manque cruellement de joie, ce n’est peut-être pas le meilleur des plans. Parce que vous devez rendre des comptes, expliquer pourquoi vous êtes rabat-joie alors qu’au fond, ce n’est pas ça le problème. Mais vous n’avez pas envie de rouvrir cette discussion sur fond de conflit générationnel et de références culturelles divergentes. Non. Surtout pas.

2- Option soft hyper faux-cul: «Je n’ai pas le temps d’ouvrir tes messages! Je bosse comme une ouf en plus en ce moment. Tu te prends la tête pour rien à m’envoyer ça… C’est dommage.». Le risque: que l’expéditeur.trice vous lance simplement: «Oh t’inquiètes, ça ne me dérange pas! Et puis tu trouves bien une ou deux minutes dans ta journée pour faire autre chose que travailler, non? ;)» Touché.e coulé.e.

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3- Option lâchez l’affaire: «De quoi? Quels messages? Ah oui, non, j’ai pas encore regardé. Plus tard peut-être. C’est gentil de penser à moi.». Parce qu’au final, c’est aussi et surtout parce qu’on pense à vous que vous recevez ces conneries qui, sûrement, adoucissent le quotidien de celles et ceux qui les envoient. Pour une fois, fermons les yeux… (Et rien ne vous empêche de bloquer momentanément votre soeur ou votre tante, sans qu’elles le sachent).

Oh et puis, arrangez-vous avec votre conscience parce que vous allez faire partie, comme moi, de ces gens qui osent casser les chaînes… C’est mal.

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