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“C’était mieux avant” : faux. On vous le prouve avec Stefan Sagmeister.
On ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure. Si Stefan Sagmeister n’est pas contrôleur de la SNCF, il a clairement tout compris au sens de cet adage. 13 ans après son expo sur le bonheur The Happy Show, la star du design pose à nouveau ses valises à la Gaîté Lyrique pour une exposition d’ampleur inédite “Finally, Something Good.” Comme je suis archi privilégiée, j’ai eu la chance inestimable d’y traîner mes guêtres en avant-première et de causer joie de vivre et ponctuation avec l’artiste : récit, enquête, reportage, analyse (et tout un tas d’autres mots qui prônent le sérieux journalistique).

Saviez-vous que la sidération désigne originellement une maladie attribuée à l’influence des astres ? La sidération, c’est un truc qui nous dépasse et nous immobilise, comme une voiture de police lors d’un contrôle routier (mais là n’est pas le sujet). C’est en restant sidérés face à la violence du monde actuel qu’on en demeure simples spectateurs. Or, pour lutter contre ce marasme ambiant et sortir de cet état paralysant, je vous le donne en mille : il nous faut juste une dose de positivité. Ça tombe bien car de bonnes nouvelles, il est pleinement question dans cette nouvelle expo “Finally, Something Good.” Un parcours ludique et plein de fantaisie pour lutter contre la morosité en s’informant.
Première question qui me brûle les lèvres : “Pourquoi ne pas avoir mis un point d’exclamation au titre ?” C’est vrai quoi. Ce point final, ça fait sentencieux (car apparemment j’ai décidé d’être spécialiste du sujet). Stefan Sagmeister ne se démonte pas devant mes questions polémiques : “Je n’aime pas les points d’exclamation, je trouve ça trop agressif et criard.” Voilà une réponse de typographe : ça tombe bien, c’est aussi son métier. La visite peut enfin commencer sereinement.
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Look dandy, coiffure de chevalier romantique, cartable en bout de bras et sourire en coin : Stefan Sagmeister porte la malice de bout en bout de son grand être. Du haut de sa carrière internationale et de ses collab avec des légendes de la musique – The Rolling Stones, Brian Eno, Lou Reed – cette star du design a fait des datas son fer de lance et de la quête du bonheur sa philosophie.
Et le verre d’eau, vous le voyez comment vous : moitié vide ou moitié plein ?
À peine a-t-on franchi l’expo qu’un choix s’impose : vous sentez-vous pessimistes ou optimistes ? Une porte pour chaque option et chacun trace sa route. Un compteur numérique mis en place recense en direct le nombre de visiteurs de chaque catégorie et, selon que les pessimistes “gagnent” ou non, influe sur la projection vidéo qui suit. Sans vous spoiler (mais aussi en vous spoilant totalement), le même dispositif vous sera à nouveau proposé à la fin du parcours histoire de voir si le pari de vous mettre un peu de baume au cœur est remporté ou non.
Cette binarité provocante n’empêche pas les nuances ; elle nous invite néanmoins à nous interroger tout au long de notre trajet en questionnant l’impact de chaque œuvre sur notre moral.
Pour Stefan Sagmeister, nous sommes englués dans un marasme de mauvaises nouvelles qui nous empêchent d’avancer. Tout l’enjeu de ces 12 chapitres répartis dans la Gaîté Lyrique – choisis selon les grandes thématiques qui animent notre monde actuel (alimentation, fin du monde, violence, bonheur, finances etc.) – c’est justement de prendre du recul et d’édulcorer pondérer notre pessimisme naturel.
À data sur mon bidet
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Avec notre fâcheuse habitude de ne pas regarder plus loin que le bout de notre nez, on a du mal à appréhender les améliorations bien réelles de nos sociétés. C’est ce rapport au temps long qui nous manque. Sagmeister utilise donc des œuvres du XIXe et XVIIIe siècle auxquelles il appose des touches et matières contemporaines, mêlant ainsi deux époques artistiques éloignées avec les datas d’antan et d’aujourd’hui. Un simple comparatif de données censé nous montrer que non “tout n’était pas mieux avant” comme on se plaît trop facilement à croire.
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L’œuvre tient aussi à son explication : le travail de Stefan Sagmeister ne se limite pas aux compositions exposées, l’expérience se poursuit partout sur les murs (jusque dans les toilettes) où sont écrits des mots, des pensées positives, des ratures, des chiffres… Oh tiens, une odeur de fraise ? Normal, on est face à une frise chronologique où figure toutes les démocraties en place sur le globe représentées chacune par une fraise artificielle. Quelques vraies fraises se sont toutefois cachées dans l’installation parfumant la salle de leur fraîcheur sucrée (un plaisir de courte durée puisqu’on les laissera tranquillement pourrir : symbole des démocraties en péril qui jalonnent la planète).
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Et la colère, tu l’aimes pas ma colère ?
Sortir de la sidération et de la dépression pour passer à l’action, oui d’accord. Mais la colère, on en fait quoi ? Pour Sagmeister, elle est bonne tant que l’accumulation de négativité ne nous condamne pas au renoncement.
“La colère décuple ta puissance mais si tu la laisses te dominer elle va te détruire”
Stefan Sagmeister Batman Begins (Christopher Nolan)
Pourtant en 2026, tout indique que nous ayons développé une petite allergie aux bonnes nouvelles. C’est en effet une des émotions que suscite l’exposition : comment se réjouir de toutes ces belles datas quand notre tuyauterie de la positivité est rouillée ? Les évolutions positives du monde ont beau nous sauter aux yeux, on résiste ! La positivité serait-elle devenue une provocation ? Autant de questions qui s’entrechoquent dans nos cerveaux sous anxiolytiques et prouvent que le travail de Stefan Sagmeister ne laisse personne indifférent. Le pari de l’optimisme est-il gagné pour autant ? D’une certaine façon oui, puisqu’en le questionnant on sort de la sidération !
