Ce que Terry Jones des Monty Python m’a appris sur l’humour

Hommage à un monument de l'humour britannique.

C’est qui qui s’est mise à pleurer dans le métro en voyant un article annonçant le décès d’un vieux monsieur anglais de 77 ans qu’elle n’a jamais rencontré? It is I.

Son aisance à explorer de nouvelles frontières d’humour absurde qui co-habitait harmonieusement avec son côté cartésien et analytique (qui lui a permis de devenir un réalisateur hors pair) m’inspirait énormément.

Terry Jones, ce n’était pourtant pas n’importe quel monsieur anglais de 77 ans. C’était (et c’est toujours) un monument de l’humour britannique. Avec cinq autres gamins universitaires, il a co-fondé les Monty Python, les Beatles de l’humour anglais et le groupe à l’origine de ma passion pour l’étude de la comédie. J’ai passé deux ans de mon bac à étudier les Pythons, à essayer de comprendre comment ce merveilleux ovni a réussi à exister dans une société relativement conservatrice. J’ai même brièvement songé à faire une maîtrise sur le sujet; devenir une experte ès Monty Python. J’ai fini par orienter mes études vers un autre champ, mais même à défaut d’avoir le diplôme, je me considère quand même comme une bona fide spécialiste du groupe.

Terry Jones, c’était mon Python préféré. Son aisance à explorer de nouvelles frontières d’humour absurde qui co-habitait harmonieusement avec son côté cartésien et analytique (qui lui a permis de devenir un réalisateur hors pair) m’inspirait énormément. Sa carrière post-Python m’a aussi également beaucoup poussé à me créer un parcours professionnel éclectique, à l’image de ma curiosité pour des milliers de sujets.

Bien entendu, il faut reconnaître que ce n’est pas tout le matériel Python qui a bien vieilli, particulièrement quand on le passe dans le filtre «woke» actuel. J’ai cringe jusqu’aux organes en voyant les médias souligner son personnage de Mr Kreosote (un homme si obèse qu’il explose de vomi dans un restaurant).  Et les propos récents de Terry Gilliam (autre ancien membre des MP) sur le mouvement Me Too m’ont rendue furieuse et déçue à la fois, de voir des esprits autrefois si libres et innovateurs agir exactement comme les vieux buckés dont ils se moquaient jadis.

Cependant, Terry Jones me laisse tout de même un solide héritage de leçons d’humour, de rires et d’admiration et c’est ce que j’aimerais honorer aujourd’hui. Ce n’est pas «séparer l’oeuvre de l’homme», c’est simplement reconnaître la complexité et l’évolution de notre relation avec la culture.

Alors je cesse de m’épancher et voici 5 leçons que m’aura laissées Terry Jones:

1- Si tu souhaites t’attaquer à la religion chrétienne, attaque par le côté, t’auras plus de liberté créative et le message va passer pareil. Traduction:  au lieu de faire une comédie sur la vie de Jésus, fais une comédie sur la vie du VOISIN de Jésus.

2- La nudité c’est drôle quand c’est une surprise.

3- Des fois, tu vas participer à des projets super cool, mais presque personne ne va se souvenir de ta contribution, comme la fois où il a écrit le premier scénario du film Labyrinth, mais qu’il a été complètement réécrit par la suite. À 2:10.

4- J’ignore sincèrement pourquoi, mais les personnages de madames de Terry Jones (appelés Pepperpots par les fans des Pythons) me font pleurer de rire. 

5- Cette leçon est reliée à l’ensemble des Monty Python. Quand les six compères ont rencontré les cadres de la BBC pour présenter leur projet d’émission à sketches, ils n’avaient AUCUNE idée de ce à quoi ça ressemblerait. John Cleese le raconte ici dans cette entrevue, à partir de 3:57.

Je ne pourrai jamais assez remercier Terry Jones et ses Pythons d’avoir développé chez moi cet idéalisme fondamental pour tous les créatrices et créateurs.

La BBC leur a pourtant donné le feu vert. Et l’émission a connu non seulement le succès qu’on lui connaît, elle a aussi repoussé les barrières de l’humour. Et aujourd’hui, je rêve d’un diffuseur qui aurait le courage d’essayer des affaires malgré les risques de flops, un diffuseur qui offrirait à des créateurs un terrain de jeu créatif pour faire évoluer leur art. 

En ce sens, je ne pourrai jamais assez remercier Terry Jones et ses Pythons d’avoir développé chez moi cet idéalisme fondamental pour tous les créatrices et créateurs. Merci de m’avoir transmis l’importance de rester curieuse et de chérir la capacité d’émerveillement de notre enfant intérieur.
And now, for something completely different…

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