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Bas-Rhin Aléatoire, le gars qui arpentait TOUTE l’Alsace
Colombages, zones industrielles, fresques, églises et chats de garde...
Aujourd’hui on prend le large vers le Grand Est pour aller taper la causette avec Mr. Bas-Rhin Aléatoire. Jean-Yves Bart de son vrai nom. Photographe amateur qui s’est donné pour mission d’égayer notre quotidien en livrant ses prises de vue du Bas-Rhin. Et il sait de quoi il parle puisque durant plusieurs mois, il a arpenté l’intégralité des 526 communes du Bas-Rhin et partagé ses déambulations dans un compte insta devenu une référence incontournable pour tout amateur de colombages, d’histoire et de chats.
Ses photos s’accompagnent de textes savoureusement riches et renseignés faisant de @BasRhinAleatoire une petite encyclopédie urbanistique de la région alsacienne. Faut dire que le gars était déjà rongé d’obsessions insolites et avait recensé dans un autre compte toutes les villes “Strasbourg” du monde mondial. On a donc décidé de prendre le taureau de la photographie par les cornes de l’interview et de l’inquisitionner sur son activité pleine de clichés sans cliché (j’adore la polysémie). Un type dont la drôlerie n’a d’égal que la qualité de ses prises de vue.
Tu viens d’Aix-en-Provence, comment as-tu atterri à Strasbourg saperlipopette ?
On a pu entre temps m’apercevoir au fil d’une longue dérive dans les environs de Bordeaux, en Irlande et en Autriche. Je suis venu il y a vingt ans pour terminer mes études, même si je ne suis pas très germanophile, ça me plaisait bien d’habiter au bord du pays, je suis quelqu’un qui aime bien être près de la porte au cas où il faut partir en vitesse. Je suis resté d’abord parce que je vivais avec quelqu’un ici, et ensuite parce que j’ai accumulé trop d’affaires pour ne pas avoir une immense flemme de déménager. On voit où tout cela a mené.
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Tu évoques tes recherches archéologiques sur Google street view dans cette photo mystérieuse qui nous montre un camion enseveli sous la brousse depuis vingt ans…
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Comment fais-tu tes recherches et repères-tu tes spots ?
Je n’ai en général pas de « spots » à repérer à proprement parler, puisque je vais partout, ou pratiquement partout. L’idée est de porter le même intérêt de principe à un lotissement ou une zone industrielle qu’à une église avec ses fresques classées. Je ne suis pas là pour faire l’office du tourisme, ça existe déjà. Je fais souvent des recherches après coup, en général parce que quelque chose m’a intrigué, pour répondre à des questions que je me suis posé en marchant. Avant je regarde la carte sur Maps pour voir notamment à quelle heure la boulangerie ferme, s’il y a un restaurant, les trucs qui demandent une organisation, quoi, et la page Wikipédia de la commune. Je fais aussi une recherche dans les actualités et souvent je vais voir les sites des mairies. De plus en plus souvent on peut y trouver les comptes-rendus de conseils municipaux, qui sont des documents d’un intérêt parfois relatif, mais récemment par exemple en allant sur le site de la mairie de Wolschwiller je suis tombé sur un inventaire des papillons de nuit observés chez elle par une habitante de la commune. C’est une liste très belle. Je n’en ai moi-même croisé hélas aucun.
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Quelle a été ta rencontre bas-rhinoise la plus cheloue ?
Dans une rue résidentielle d’un village vosgien j’ai été menacé d’un taser par un type qui me reprochait d’avoir joué avec son chiot qui m’avait accosté gaiement dans la rue. C’est comme ça que j’ai appris qu’un taser ça ressemble à une sorte de télécommande. J’ai joué la carte du dialogue, le monsieur m’a expliqué qu’il avait été traîné devant le tribunal par une passante qu’un de ses chiens avait mordu, ce qui lui avait coûté, je cite « 1 million 4 » (mes demandes de clarification sur l’unité monétaire concernée sont restées sans suite) et que de nombreux « écolos » traînaient dans sa rue déserte, dont l’un, m’a-t-il-dit, lui avait collé un procès parce que les pneus avant de sa voiture empiétaient sur la pelouse. « Mais vous passez votre temps au tribunal, dites-donc ! », me suis-je exclamé, ce à quoi il m’a répondu « Oui, et ça me fait BIEN CHIER ! ». Une autre fois le fils de l’inventeur de la palette à la diable (*) m’a offert un café.
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Ton village préféré ? Le lieu qui t’a le plus marqué ?
Je n’en ai pas, je n’ai pas d’enfants mais je crois que c’est comme quand on demande à un parent de dire lequel de ses 520 enfants il préfère, c’est impossible (ou alors il ne répond pas par diplomatie). Allez, je vais quand même citer, mettons, Altwiller, Oberbronn et Weiterswiller.
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Il y a peu d’humains dans tes photos, t’aimes pas les gens C’EST ÇA ?
La réponse courte c’est oui, la réponse longue c’est que d’une part on croise généralement très très peu de gens en marchant dans une commune alsacienne, il n’y a vraiment pas de culture de la promenade ou de l’appropriation de l’espace public comme il peut y en avoir par exemple dans certaines zones du pourtour méditerranéen (et puis six mois de l’année il fait soit beaucoup trop froid soit beaucoup trop chaud pour être dehors) – les gens sortent le chien et c’est tout, et en général ils font la gueule et me regardent d’un œil torve parce que je suis clairement en train de faire des repérages pour des cambriolages ; d’autre part, pour ce projet, j’ai fait le choix de ne pas contacter des gens en amont, parce que cela demanderait trop de temps et de logistique. Mais ça donne une certaine importance aux rares rencontres qui se font fortuitement et par ailleurs je m’intéresse beaucoup aux traces, notamment écrites ou artistiques, que laissent les gens dans le paysage, ce qui revient je crois à s’intéresser aux humains, même si c’est d’une manière un peu détournée.
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Est-ce que tu préfères utiliser un objectif RF 70-200mm F2.8L IS USM Z ou plutôt un RF 28-70mm F2L USM ? (nos lecteurs attendent beaucoup de cette réponse)
J’adore parler matos. Parler matos, de préférence avec des hommes d’un certain âge, c’est ce qui fait le sel de la vie. Je n’ai pas du tout envie de me jeter par la fenêtre quand on me pose des questions sur mon « matos ». Du tout. Mais non.
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Est-ce que l’office du tourisme du Bas-Rhin t’a filé un max de pognon pour la qualité de ton travail ?
Non. Je tiens mon RIB à disposition de toute personne qui souhaiterait me rendre riche, surtout vu les dépenses auto que j’ai en ce moment.
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Depuis quelques mois tu te consacres (ENFIN) au Haut-Rhin, jusqu’où vas-tu aller comme ça ? Sous-entendu : quel métier génial exerces-tu pour avoir la possibilité de sillonner un département dans son intégralité ?
Je suis traducteur. Je travaille à 80 %, j’explore le mercredi, les weekends et pendant les congés. Je suis avec un intérêt prononcé les débats actuels sur la possibilité d’avancer l’âge de la retraite à 43 ans, je crois que c’est une très bonne mesure et j’ai confiance en les génies qui nous dirigent pour la mettre en œuvre. En attendant, il me faudra 4 à 5 ans pour avoir fini le tour du Haut-Rhin ; si d’ici là je n’ai pas été conscrit pour participer à l’effort de guerre au Groenland (j’ai des problèmes psychiques, ne me prenez pas), la suite logique serait de s’attaquer à la Moselle. Enfin d’attaquer la Moselle. Enfin euh… vous me comprenez, quoi.
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• Y-a-t-il d’autres comptes de photographes ou des artistes qui t’inspirent et que tu aimerais recommander ?
Je suis assidûment la réalisation de l’Atlas des Régions Naturelles d’Eric Tabuchi et Nelly Monnier, j’aimerais écrire et être calé en ornithologie comme Jean Rolin, et je suis un admirateur des installations urbaines de Deana Kolencikova ou encore des portraits d’Alicia Gardès.

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