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Barbara Pravi : la chanteuse qui veut « écrire des histoires qui arrivent jusqu’à vous »
Voilà, voilà, voilà, voilà qui je suis
Me voilà même si mise à nue c’est fini
C’est ma gueule c’est mon cri, me voilà tant pis
C’est avec sa chanson Voilà que Barbara Pravi conquiert l’Europe. En 2021, la chanteuse de 29 ans représente la France au concours Eurovision de la chanson et termine en deuxième position au classement final. En 2022, elle est désignée révélation féminine de l’année lors de la cérémonie des Victoires de la musique.
On a profité de son passage aux Francos de Montréal pour discuter de liberté, de création et d’engagement avec cette chanteuse qui n’a certainement pas fini de faire parler d’elle.
Voilà qui je suis
« Ostie que tu m’gosses!? »
J’entre dans la chambre d’hôtel où l’on m’a donné rendez-vous, pour mon entretien avec Barbara Pravi. La chanteuse française d’origine serbe et iranienne est là, aux côtés de Monique Giroux, animatrice d’ICI Musique. Fou rire généralisé.
« Je profite de mon passage à Montréal pour apprendre de nouvelles expressions, m ’explique la jeune femme amusée, en faisait la bise à Monique Giroux, sur son départ.
Dans la foulée, la chanteuse s’installe sur le canapé mis à notre disposition pour l’entrevue. Derrière elle, Montréal se déploie à travers une immense fenêtre qui donne sur la place des Festivals.
«ce qui est cool avec le Québec, c’est que sans être en France, je peux m’adresser au public en français.»
« Je suis déjà venue à Montréal, mais c’est la première fois que j’y donne un concert. Je suis trop, trop contente d’être là, surtout que j’adore cette ville », admet Barbara, souriante, pétillante et lumineuse. « J’ai pas mal joué en Europe, mais ce qui est cool avec le Québec, c’est que sans être en France, je peux m’adresser au public en français. Et ça, je trouve ça génial! »
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L’héritière de la chanson française
La première fois que j’ai entendu la musique de Barbara Pravi, un grand frisson a parcouru mon corps, des pieds jusqu’à la tête. Le grain de sa voix, ses intonations, ses mélodies, son intensité : la chanteuse a un style bien à elle tout en portant un héritage certain, celui de la chanson française des années 60.
«J’écoute énormément de vieilles chansons françaises, Barbara, Brel […] C’est mon socle.»
« J’écoute énormément de vieilles chansons françaises. C’est mon socle. Beaucoup de Barbara, d’Aznavour, de Bref, de Nougaro », m’explique-t-elle en ajoutant que la musique classique fait également partie de son répertoire d’inspiration. « J’écoute aussi plein de trucs actuels, mais ça n’influence pas forcément ma musique. »
Les références que me partage Barbara Pravi me sont extrêmement familières, étant moi-même une grande fan de chanson française. D’ailleurs, la première fois que j’ai écouté Voilà, j’ai tout de suite pensé à Edith Piaf, le Voilà, voilà, voilà de Pravi me renvoyant instinctivement au Padam, padam, padam de Piaf.
« C’est marrant, tu n’es pas la première personne à me le dire », lance d’emblée Barbara en expliquant que la référence n’était à la base pas du tout consciente. « Ce sont des valses et il n’y a plus grand monde qui fait des valses. C’est un peu désuet et c’est même considéré comme un peu has been, mais moi, j’adore, j’écoute que ça! »
La jeune chanteuse explique justement que Jacques Brel et Edith Piaf composaient énormément de valses, inscrivant le style dans un imaginaire très associé à la chanson française.
« J’ai une voix qui part de très bas et qui peut aller très haut, remarque Barbara. En plus, je roule mes “r”. Je pense que tout ça inscrit Voilà dans la lignée de la chanson française, en rappelant quelque chose du passé, mais qui n’a jamais totalement disparu. »
À la chaleur de tes mots, vois mon cœur qui s’enflamme
«La musique me sauve régulièrement la vie. C’est très thérapeutique et ça me permet de grandir et d’évoluer en tant qu’humaine»
Pour Barbara Pravi, qui se considère avant tout comme une autrice avant d’être compositrice, c’est le texte qui vient avant la musique. « Quand j’écris, ce ne sont pas que les mots qui me viennent d’abord, ce sont aussi leur son, leur musicalité. Pour moi, les mots induisent une mélodie, induisent une humeur. Les notes viennent dans un deuxième temps », explique celle qui aime bien travailler avec un pianiste quand elle compose.
Quand je lui demande ce qu’elle a envie de déposer dans le monde avec sa musique, Barbara est sans équivoque. « Beaucoup d’amour et beaucoup de simplicité, lance-t-elle. La musique, ça m’a sauvé la vie et me sauve régulièrement la vie. C’est très thérapeutique et ça me permet de grandir et d’évoluer en tant qu’humaine. »
Si la musique a un pouvoir de guérison pour la jeune femme, elle espère partager ses vertus avec le public, à la manière d’une catharsis.
Le malamour
J’ai le malamour, le malamour
Souvenir des coups qu’on prend pour des caresses
J’ai le malamour, le malamour
C’est un amour aveugle et sourd qui blesse
«Je cherche surtout à m’inclure dans une réflexion féministe commune.»
En plus de conquérir les âmes avec sa musique et son charisme, Barbara Pravi est également connue pour son engagement en faveur des droits des femmes, du droit à l’avortement et pour son implication dans les luttes contre les violences conjugales.
« Je cherche surtout à m’inclure dans une réflexion féministe commune. Je ne cherche pas à prendre position, mais plutôt à m’exprimer sur des choses que j’ai vécues, à travers mon regard très personnel », explique celle qui s’est récemment impliquée dans la création d’une maison pour femmes victimes de violences conjugales à Arles, en France.
« Plein de femmes vivent de la violence, physique ou psychologique, mais aucune ne le vit, ne le ressent pareil. Chaque femme a son histoire, son chemin, son parcours […] Je n’ai pas la solution. Mais si mon témoignage peut aider à prendre conscience de quelque chose, alors c’est tant mieux. »
Tout ce que j’ai, je le dépose là
C’est tout en splendeur, en poésie et en frissons que Barbara Pravi, accompagnée d’un pianiste, d’une violoncelliste et d’un contrebassiste (en décalage horaire, nous dit-on), a foulé les planches du Studio TD jeudi soir, juste après qu’une violente tempête s’est abattue sur Montréal.
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Vêtue d’une robe colorée et les pieds nus, la chanteuse s’est révélée puissante, souveraine et délicieusement théâtrale, enchaînant les chansons, les tournoiements et les adresses au public avec une aisance déconcertante.
Tantôt « deep », tantôt toute en légèreté, la révélation féminine des Victoires de la musique 2021 a tenu le public montréalais au creux de sa main, soufflant un vent de liberté et de beauté à chasser les nuages.