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À 18 ans, Margarita tente de survivre à l’homophobie et à la guerre
À la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, Margarita, une jeune femme bisexuelle de 18 ans, se bat pour aider les Ukrainien.ne.s, mais aussi pour tenter d’avancer malgré la violence qu’elle a subie ces derniers mois.
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Au sol, des jouets s’entassent. Des dessins du monde entier recouvrent les murs de leur solidarité. Un chat en cage regarde l’agitation qui se fait autour de lui.
Dans cet ancien centre commercial transformé en centre d’hébergement provisoire, un air de violon résonne. Le silence se fait. Quelques notes de piano viennent compléter la mélodie et finissent de faire taire les dernières voix.
« Je n’ai pas dormi de la nuit », commence Margarita. Originaire de Kherson, une ville proche de Mykolaiv, cette jeune femme occupe son temps entre traductions pour aider les Ukrainien.ne.s et cauchemars. Des souvenirs de guerre, mais aussi de sa vie d’avant.
« En Ukraine, c’est vraiment très compliqué d’exister comme femme bi. Les gens nous voient comme des animaux fantastiques, des sortes de choses un peu perdues qui n’ont pas leur place ici. Être out est tout simplement impossible. »
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Si sa mère habite en Pologne depuis plusieurs années, son père, lui, est resté dans un petit village ukrainien. « On ne se parle pas vraiment depuis que mes parents ont divorcé. Il était violent et frappait ma mère. Un peu moi aussi, mais surtout ma mère. »
« Continuer à se battre »
En février, la guerre explose. Une nouvelle violence qu’elle n’arrive pas à encaisser. « J’ai pris mon chat et je suis partie dès que j’ai pu. »
Pendant plusieurs jours de mars, elle va errer de ville en ville à la recherche d’un peu de paix. « L’Ukraine c’est mon pays, mais là, il fallait que je survive non seulement aux Russes, mais aussi à l’homophobie de mes compatriotes. »
Dans une ville proche de la frontière, elle se retrouve coincée plusieurs heures à attendre un bus qu’elle ne prendra pas.
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« Un homme profitait de la situation pour demander de l’argent, sinon, il ne nous faisait pas monter dans le bus. J’ai payé ma place, mais il l’a aussi vendue à une autre personne et je n’ai pas pu monter. »
Ce soir-là, cette artiste de stand-up se loge dans la gare et s’effondre. En larmes, elle se demande comment elle va pouvoir survivre une journée de plus dans ce chaos. Son chat lové contre elle tente de la réchauffer et lui donne des petits coups de tête.
« C’est con je sais, mais je pense que sa présence ce soir-là m’a sauvé la vie. Elle m’a donné l’énergie de me relever et de continuer à me battre un jour de plus. »
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La Pologne, un pays d’accueil temporaire
Quelques jours plus tard, elle finit par trouver un moyen de rejoindre la frontière, de reprendre son souffle et d’arriver en Pologne.
« Je ne sais pas encore ce que je vais faire maintenant. Je veux rentrer chez moi, mais pour l’instant, c’est trop tôt. » Ici non plus, elle ne peut pas être out, « mais c’est moins grave, c’est transitoire. Je suis là pour aider, on verra plus tard, quand je pourrais reprendre ma vie. Et puis la Pologne est un pays d’accueil qui me permet de souffler, mais ce n’est pas mon pays ».
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D’un œil, elle regarde une liste de noms. Ce matin, un bus doit partir pour les Pays-Bas et Margarita doit vérifier que toutes les personnes sont bien présentes. Sur son bras gauche, des scarifications en cercle s’entassent. « C’est moi qui ai fait ça, lâche-t-elle. C’est pour ne pas oublier la douleur de ces derniers mois. Je serai marqué à vie par ce que j’ai vu et je voulais que cette douleur soit aussi visible. »
Dehors, le soleil embrase le ciel. Le bus pour les Pays-Bas s’apprête à démarrer. Margarita charge les repas, les pains et des jeux pour les enfants. « Les Pays-Bas sont un pays plutôt accueillant et tellement LGBT friendly. J’espère qu’un jour, on dira la même chose de l’Ukraine. »
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