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10 ans du mariage pour tous : voici la liste des réacs qui ont retourné leur veste

« Les personnalités conservatrices n’ont d’autre choix que de faire croire à leur progressisme ».

Par
Bettina Zourli
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Le 23 avril 2013, la loi n°2013-404 est promulguée, puis adoptée définitivement par le Conseil Constitutionnel en mai 2013. Cela fait 10 ans que le mariage pour tous et toutes existe en France. Depuis, quelque 70 000 unions ont déjà été célébrées. Et à l’heure où certains parlent encore de “propagande” LGBT, beaucoup de nos chers politiciens tentent de se mettre à la page …

Je retourne ma veste toujours du bon côté

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur depuis juillet 2020 et accessoirement accusé de viol, a fait partie des premiers à revenir sur son avis. Il s’était exprimé contre le gouvernement Hollande, en bon homme de droite, et contre le projet de loi en 2013, sur Twitter. Or, le 20 avril dernier, il reconnaît, sur le plateau de France Inter, s’être trompé :

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Il admet même que les craintes portées par son parti à l’époque étaient en fait infondées (bravo Captain Obvious).

Doux souvenir de 2013.
Doux souvenir de 2013.

Jean-François Copé va plus loin et nous abreuve de son pathos. On aurait presque envie de verser une larme quand il avoue que voter “contre le mariage pour tous est le seul grand regret de [sa] vie politique.” Même Christian Estrosi, pourtant connu pour ses idées très rétrogrades (il s’est récemment illustré pour avoir souhaité voir Marlène Schiappa, qui avait fait la couverture de PlayBoy, dans le Journal du Hard), a indiqué que le mariage pour tous est bel et bien “une avancée”.

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Aurore Bergé, députée des Yvelines et Renaissance, martelait elle aussi fin 2012 être “contre le mariage et l’adoption par les couples homo” sur son compte Twitter.

Or, voilà le superbe tweet qu’elle nous offrait le 23 avril 2023 :

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Valérie Pécresse, quant à elle, voulait même démarier les couples ayant pu bénéficier de cette loi. Elle assure avoir changé d’avis dès 2014 grâce à un acte fort, selon ses mots : elle a “réfléchi.” Ça paraît plutôt utile, oui.

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On parie combien que ces personnalités-là vont vouloir se placer quelque part dans le prochain gouvernement élu en 2027 ? Il y a fort à parier que nos chers politicien·nes cités n’aient pas vraiment changé d’avis, mais qu’ils soient simplement en pleine récupération politique.

Le discours de ces politiciens paraît quand même très étonnant. Comme l’explique le sociologue Arnaud Alessandrin, qui a publié le livre Mariage pour tous : la violence d’une conquête : « Il n’y a jamais eu de majorité contre », tout en émettant l’hypothèse que « si l’état de l’opinion avait été différent, peut-être qu’ils auraient continué à soutenir l’abrogation de la loi ».

On rappelle que 4999 amendements avaient été déposés pour remanier la loi : celle-ci n’est absolument pas passée sans lutte !

Les personnalités conservatrices n’ont d’autre choix que de faire croire à leur progressisme.

Aujourd’hui, autoriser les personnes homosexuelles à se marier ne semble plus être un sujet de clivage politique, et donc plus un enjeu. Les personnalités conservatrices n’ont d’autre choix que de faire croire à leur progressisme.

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Néanmoins, le problème reste entier : quand une partie de la population gagne en droit, le problème se déplace. Aujourd’hui, si les personnes homosexuelles subissent encore une certaine stigmatisation et énormément de violences homophobes, un nouveau débat a surgi : la “question trans”. Les personnes transgenre subissent une violence inouïe et décomplexée en France, en premier lieu de la part des partis politiques. Ainsi, des manifestantes TERF (transphobes) sont allègrement invitées par Marlène Schiappa ; la France a même été condamnée en 2017 par la Cour européenne des droits de l’Homme pour forcer les personnes transgenre à se faire stériliser. On est loin d’un pays accueillant.

Et la société civile alors ?

En 2013, on se souvient aussi évidemment de La Manif pour tous. Il est toujours difficile de rendre réellement compte du nombre de participant.es d’une manifestation. Dans ce cas précis, l’écart entre l’organisme et la préfecture est quand même saisissant : en mars 2013, La Manif pour tous expliquait avoir réuni en manif 1,4 million de personnes, là où la préfecture parle plutôt de 300 000 participant.es maximum. Il s’agit néanmoins d’un mouvement d’ampleur, qui a placé le droit des personnes homosexuelles à se marier au centre des débats pendant plusieurs mois.

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Pourtant, déjà à l’époque, plus de la moitié des Français.es s’exprimaient pour ce projet de loi. Iels étaient favorables à 53% en 2013 (source CSA 2013). En 2021, selon un sondage Statista, les Français.es sont 59% à s’exprimer en faveur du mariage pour tous et toutes. Est-ce que les 41% restants sont nécessairement contre ? Pas dit, il est fort probable que beaucoup n’aient simplement pas d’opinion sur le sujet, quand on voit que les rangs de La Manif pour tous ne semblent plus effrayer personne.

D’ailleurs, selon Christiane Taubira, porteuse du texte sur le mariage pour tous en 2013, « la société a vraiment absorbé cette réforme ».

Et si on gardait un peu d’espoir ?

Jusqu’en 1992, l’homosexualité était considérée comme une pathologie, depuis que le psychiatre Richard von Krafft-Ebing qualifia cette orientation de déviante, dans son célèbre ouvrage Psychopathia Sexualis, en 1886.

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Rappelons-nous que notre monde change, et qu’il change vite. Et qu’aujourd’hui, même les personnalités de droite ou du FN se doivent d’être ouvertes d’esprit quant aux questions LGTBQIA+ : ce qui était tolérable de leur part en 2013 ne l’est plus en 2023, car la société civile envoie certainement le bon message.